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Une aventure humaine

Michel Bozec

un expérimentateur à la recherche de la pomme de terre parfaite.

08/11/2006


© Michel Bozec

Rendre nos pommes de terre plus résistantes, plus faciles à cuisiner et meilleures au goût est une tâche complexe et de longue haleine à laquelle s’attache Michel Bozec dans le cadre du programme d’amélioration génétique de la pomme de terre à Ploudaniel. Son activité, extrêmement variée, va de la plantation aux champs, à la dégustation en passant par la sélection et la gestion des ressources génétiques de pommes de terre…

Amoureux de la terre par nature, Michel Bozec grandit dans un environnement où l’agriculture est une tradition autant qu’une vocation. Un grand nombre de membres de sa famille sont agriculteurs ; chaque année, le jeune Michel participe aux saisons des récoltes pour se faire de l’argent de poche et "prend de la graine" en observant ses parents s’occuper de leur grand potager. Après une troisième généraliste, il passe un BEP "Parcs et Jardins", puis un brevet de technicien agricole et un BTS de paysagiste. En 1983, il répond à une annonce de recrutement de l’Inra et la commission d’embauche locale retient sa candidature. Aujourd’hui, il est responsable technique de l’expérimentation aux champs des programmes de recherche sur l’amélioration génétique de la pomme de terre et expert auprès du Comité technique permanent de la sélection (CTPS) à Ploudaniel, dans le Finistère. Un travail réalisé en grande partie "sur le terrain" qui correspond bien à sa personnalité : "Travailler à l’extérieur une bonne part de mon temps est indispensable à mon équilibre. Je ne pourrais pas rester enfermé constamment : j’ai besoin d’être en plein air, près de la nature et de la terre".

De la plantation aux champs à la caractérisation des génotypes

Michel Bozec nous explique en quoi consiste l’expérimentation qu’il supervise : "Chaque année, elle commence par la conservation des tubercules dans de grands frigos pendant l’hiver. Ensuite arrivent les périodes de plantation aux champs, précédées par une étape de pré-germination. Cela représente des milliers de génotypes et donc une variabilité très vaste qu’il faut ramener par la germination à un stade physiologique à peu près identique avant de les planter aux champs. Nous mettons dans un même milieu un échantillon de ces milliers de génotypes pour les caractériser en termes de productivité, de vigueur des végétations, de durée des cycles végétatifs, etc. Nous déterminons également si ces génotypes peuvent produire du pollen qui puisse être utilisé comme géniteurs pour réaliser des hybridations". Au terme du cycle végétatif des plantes, arrive l’époque de leur récolte. L’équipe de Michel Bozec procède ensuite à toute une panoplie de tests : les tubercules sont-ils sensibles aux chocs ? Quelles sont leurs teneurs en matière sèche et en fécule ? Sont-ils aptes à la transformation industrielle ? Tiennent-ils à la cuisson ? "Un génotype intéressant trouvera naturellement une place dans nos collections, on va les proposer à l’Association de créateurs de variétés nouvelles de pomme de terre français afin qu’ils les intègrent dans leurs sélections" , précise Michel Bozec. "À l’Inra, nous entretenons des collections de près de 6 500 individus dont un conservatoire d’une trentaine espèces apparentées à la pomme de terre européenne. Ce dernier réunit 3 200 individus plus ou moins directement issus d’espèces américaines. L’une de nos tâches est d’introduire des espèces venues d’Amérique du Sud qui ont des caractères intéressants, comme la résistance naturelle à tel ou tel bio-agresseur et de les adapter à nos conditions climatiques européennes. Il faut aussi vaincre les barrières génétiques puisque les pommes de terres européennes et sud-américaines n’ont pas le même nombre de chromosomes. Selon leur "degré" d’adaptation, leur intérêt, leur état sanitaire, ces individus sont replantés chaque années aux champs, ou sont cultivés sous serre, enfin, d’autres sont cultivés in vitro grâce aux biotechnologies".

Quand les pommes de terre passent leur examen officiel…

Michel Bozec fait également partie du CTPS. Toute semence ou plant de plante de grande culture devant passer un examen officiel pour être commercialisé, ce comité mesure la valeur de l’innovation variétale par rapport ce qui existe déjà sur le marché. "Pour la pomme de terre, l’examen dure deux ans. La variété nouvelle subit deux épreuves : l’une doit prouver qu’elle est distincte, stable et homogène. Elle est réalisée par les Pays-Bas, dans le cadre d’accords européens bilatéraux. L’autre étude, dont je m’occupe plus particulièrement, évalue sa valeur technologique et agronomique". En fonction des résultats de sa cotation, les commissions d’expert feront une proposition pour que la variété nouvelle soit acceptée ou refusée à l’inscription sur le catalogue national. Une fiche descriptive est alors élaborée par Michel Bozec et publiée par le Groupe d’études et de contrôle des variétés et des semences (Geves).

Les temps changent, les objectifs d’amélioration aussi

Pourquoi chercher à améliorer les pommes de terre ? Les connaissances de ce spécialiste permettent de nous éclairer sur les raisons de ce challenge qui a commencé dès la fin de la deuxième guerre mondiale : "À cette époque, l’objectif premier était la création de variétés françaises pour que la France soit indépendante vis-à-vis des producteurs de plants tels que les Pays-Bas ou les États- Unis. Il était alors également essentiel d’améliorer la productivité pour nourrir un maximum de monde au sortir de la guerre". Ces buts ont été atteints, maintenant nous avons des préoccupations de pays riches : "Le goût et la présentation des tubercules, qui doivent être de plus en plus ‘propres’. La prise de conscience des enjeux en matière d'écologie a aussi fait pression sur le milieu agricole pour qu’il soit plus vigilant en matière d’utilisations des engrais et produits phytosanitaires, et plus soucieux de la sécurité alimentaire, donc une faible teneur en résidus".

Qui songerait à nier, malgré une multitudes de préparations culinaires, la suprématie inébranlable de la pomme de terre dans nos recettes, qu’elles soient traditionnelles, diététiques ou avant-gardistes ? Certainement pas Michel Bozec, qui malgré deux décennies de pratique quotidienne assidue, ne s’en lasse pas : "Il n’y aura pas une semaine sans pommes de terre dans notre repas familial", plaisante-t-il.




Bref CV

  • 47 ans
  • marié, 4 enfants
  • technicien de recherche
  • responsable technique
  • formation : BTS de paysagiste


Rédacteur :  Mission communication
Date de création : 20 Février 2005
Date de dernière mise à jour : 22 Avril 2007
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