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HARICOT en semis direct sous couvert. expérimentation à Ponta Grossa (Brésil). © INRA, Stéphane de Tourdonnet

L’agriculture de conservation : faut-il labourer le sol?

Besoins de recherche

L'absence de labour et l’implantation de couverts modifient de nombreux paramètres dans le système de culture. Certains points, dont par exemple la gestion des adventices, la pression des ravageurs, la disponibilité de l’azote, nécessitent encore des recherches, à la fois dans des essais analytiques et dans des essais systémiques.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 20/11/2013
Publié le 13/11/2013

Avantages et inconvénients du non-labour

(d’après le rapport rendu par l’Inra en 2013 au Commissariat général à la stratégie et à la prospective (1))

Avantages Inconvénients
Diminution des risques d’érosion Utilisation accrue de produits phytosanitaires (si pas de maîtrise des adventices par la couverture des sols et les rotations)
Moindre utilisation des ressources naturelles (énergie, eau) Emissions de phosphore (dès lors qu’il n’y a plus labour), de N2O et d’ammoniac
Protection de la biodiversité (moindre perturbation de l’écosystème) Moindre maîtrise de l’implantation des cultures
Maintien du taux de matière organique et du stock de carbone (en surface) Résultats économiques plus aléatoires, sauf au niveau de l’endettement qui diminue
Réduction du temps de traction Bilan GES incertain

Explorer le potentiel de la couverture du sol

 D’après le rapport rendu en 2013 par l’Inra au CGSP (1), la couverture du sol « apparaît comme une pratique qu’il est possible de recommander au titre de ses bénéfices environnementaux, à l’exception possible mais notable de l’utilisation de produits phytosanitaires et localement de la ressource en eau si la couverture du sol est assurée par un couvert vivant ». Cependant, cette pratique est encore peu répandue en France : en 2006, 7,8 % des parcelles seulement ont été implantées avec une Cipan (2) et 20 % portent des repousses du précédent cultural (selon l’enquête Pratiques culturales la plus récente disponible). Les freins principaux identifiés sont l’augmentation du temps de travail et les incertitudes en termes de résultats économiques. Le rapport préconise des aides de type MAE, octroyées a posteriori une fois les bénéfices environnementaux démontrés.

 Dans le prolongement de l’étude sur les Cipan (3), des recherches sont en cours à l’Inra pour optimiser ces cultures intermédiaires (4) : divers mélanges de légumineuses et non-légumineuses sont testés pour leurs capacités à réduire les fuites de nitrates, à servir d’engrais vert azoté et à limiter l’érosion.

 Plus généralement, le suivi pluriannuel d’indicateurs physiques (taux de matière organique, granulométrie), chimiques (dosage d’azote) et biologiques (taux de mycorhization et activité biologique) devrait permettre de suivre l’effet du non-labour sur la fertilité des sols.

 Incertitude sur le bilan GES du non-labour

Un point d’incertitude subsiste également quant au bilan GES de la simplification du travail du sol, avec des effets contrastés : augmentation de la séquestration de carbone dans les trente premiers centimètres du sol, diminution des émissions de CO2 du fait de la suppression du labour, mais émissions de N2O potentiellement favorisées par l’humidité et le degré de tassement des sols et fortement variables dans le temps et l’espace.

Au final, les résultats actuels ne permettent pas de conclure à un effet positif ou négatif du non-labour sur le bilan GES. Des études supplémentaires sont nécessaires mieux évaluer les flux de N2O dans le sol, en comprenant mieux les interactions sol-eau-cycle de l’azote- température etc.

 

(1) Rapport pour le  Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP, anciennement CAS) : « Vers des agricultures à hautes performances », volume 3.

(2) Cipan : cultures intermédiaires pièges à nitrates.

(3) Etude conduite par l’Inra à la demande des ministères chargés de l’Agriculture et de l’Ecologie, dans le cadre de la directive européenne « Nitrate ». Elle a montré que les Cipan sont efficaces dans la plupart des situations expérimentées, pour réduire la lixiviation de nitrate et donc sa concentration dans l’eau de drainage. A partir de 2012, couvrir le sol avant une culture de printemps est devenu obligatoire dans les zones vulnérables répertoriées par la directive nitrates.

(4) UMR AGIR « AGrosystèmes et développement terrItoRial », contact : Eric Justes.