• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer
HARICOT en semis direct sous couvert. expérimentation à Ponta Grossa (Brésil). © INRA, Stéphane de Tourdonnet

L’agriculture de conservation : faut-il labourer le sol?

A l’origine, le problème de l’érosion

L’agriculture de conservation est née dans des régions de forte érosion hydrique ou éolienne et avait pour but initial de protéger les sols contre cette érosion, essentiellement par la couverture des sols.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 07/02/2014
Publié le 08/11/2013
Dust Bowl. Nuages de poussières liés à l'érosion du sol. Dallas, Dakota du Sud, 1936. © United States Department of Agriculture
Dust Bowl. Nuages de poussières liés à l'érosion du sol. Dallas, Dakota du Sud, 1936. © United States Department of Agriculture

Aux Etats-Unis, le sol partait en poussière…

Adopter un point de vue historique sur l’apparition de l’agriculture de conservation s’avère essentiel pour comprendre les motivations qui poussent les agriculteurs à adopter ces pratiques.

La première des trois composantes de l’agriculture de conservation (1) qui s’est développée est la couverture des sols, en réponse à de graves phénomènes d’érosion des sols, apparus en particulier aux Etats-Unis dans les années 1930. L’alternance de sécheresse et de pluie, conjuguée à des vents violents, a provoqué le désastreux phénomène connu sous le nom de « Dust Bowl » (bassin de poussière), admirablement décrit par Steinbeck dans «  Les raisins de la colère » (voir encadré).

Cette expérience traumatisante a conduit les agriculteurs américains à faire évoluer leurs pratiques de manière très rapide, encouragés par des programmes gouvernementaux. Les techniques d’implantation des cultures en semis direct sous couvert ont commencé à apparaître dans les années 50 : les agriculteurs enfoncent directement les semences dans le sol à travers les couverts sans labourer et contrôlent les adventices par des herbicides. Cela a nécessité la mise au point de semoirs adaptés. La mise en œuvre de ces pratiques de protection des sols sur 37% des terres cultivées a permis de réduire drastiquement l’érosion des sols aux Etats-Unis.

D’autres avantages de ces systèmes de culture sont vite apparus aux agriculteurs, particulièrement dans les grandes exploitations : économie de carburant, simplification du travail et gain de temps. Le développement des plantes OGM résistantes aux herbicides (soja, maïs, coton) dans les années 90 a favorisé l’adoption du semis direct dans les grandes exploitations spécialisées en grandes cultures : ces plantes sont résistantes au glyphosate, un herbicide total très efficace qui permet d’éliminer en un seul passage toutes les adventices juste avant le semis sans avoir besoin de labourer.

Le semis direct sans labour est aujourd’hui largement utilisé pour le maïs et le soja aux Etats-Unis, mais aussi au Brésil, en Argentine, au Canada, en Australie, principalement au travers du tripode « semis direct/rotation simplifiée + variétés OGM/herbicides totaux », bien éloigné du concept prôné par la FAO…

En Europe aussi, l’érosion est un problème sérieux

Les risques d’érosion sont particulièrement marqués dans le Sud-Ouest, la région Rhône-Alpes, le centre et l’Ouest de la Bretagne ainsi que dans les plaines limoneuses du Nord.. © Inra, GIS Sol
Les risques d’érosion sont particulièrement marqués dans le Sud-Ouest, la région Rhône-Alpes, le centre et l’Ouest de la Bretagne ainsi que dans les plaines limoneuses du Nord. © Inra, GIS Sol

Sans être confrontée à des conditions climatiques aussi drastiques qu’elles l’ont été aux Etats-Unis, l’Europe prend très au sérieux le problème de l’érosion des sols. Dans la stratégie thématique pour la protection des sols en Europe (COM (2006) 231), l’érosion a été identifiée comme l’une des huit menaces pesant sur les sols. En France, un décret d’application (2) prévoit depuis 2005 des mesures de lutte contre l’érosion des sols et la nécessité de réaliser, sous la responsabilité des préfets, un zonage des risques d’érosion. Des facteurs défavorables ont joué en France : lors du remembrement des années 60, les haies, talus et fossés ont été supprimés pour agrandir les parcelles. Les cultures de printemps (tournesol, maïs, betterave) qui laissent la terre nue en hiver, et encore peu couverte lors des orages printaniers, ont augmenté en surface.

Le GIS Sol (3), groupement scientifique, créé en 2001 et piloté par l’Inra, a publié en 2011 le premier bilan exhaustif de l’état des sols en France : près de 18 % des sols présentent un risque d’érosion (hydrique essentiellement) moyen à fort en France métropolitaine. Le rapport souligne qu’il existe plusieurs stratégies pour gérer ces risques d’érosion. La couverture du sol en est une, mais il existe aussi une panoplie de  techniques dites « d’hydraulique douce » que les agriculteurs peuvent mettre en place localement : haies, taillis, bandes enherbées, fossés, pour endiguer le ruissellement et empêcher l’érosion. Sur les terrains en pente, les agriculteurs peuvent également travailler le sol le long des courbes de niveaux pour éviter de créer des sillons dans le sens de la pente, ou encore générer des rugosités sur les parties planes pour créer des microflaques et éviter le ruissellement.

(1)    Les trois composantes de l’agriculture de conservation sont : couverture des sols, travail minimum du sol, rotations diversifiées, définition de la FAO en 2001 (voir partie 2).

(2)    Décret n°2005-117 de la loi du 30 juillet 2003 (n°2003-699).

(3)    Le GIS Sol regroupe les ministères en charge de l’Agriculture et de l’Environnement, l’Inra, l’Ifen et l’Ademe. http://www.gissol.fr/index.php

Voir le rapport sur l'état des sols de France, 2011 :

Synthèse sur l état des sols de France

Voir la présentation résumée du rapport :

Présentation du rapport sur l état des sols e

Le Dust Bowl vu par Steinbeck

Dès le premier chapitre des « Raisins de la colère » (1939), John Steinbeck dresse un tableau saisissant du phénomène de Dust Bowl :

 « Dans les ornières creusées par l’eau, la terre s’éboulait en poussière et coulait en petits ruisseaux secs (). C’est alors que le vent se fit dur et violent et qu’il attaqua la croûte formée par la pluie dans les champs de maïs. () La croûte se brisa et la poussière monta au-dessus des champs…() maintenant la poussière la plus fine ne se déposait plus sur la terre, mais disparaissait dans le ciel assombri. () Une nuit, le vent accéléra sa course à travers la campagne, creusa sournoisement autour des petites racines de maïs et le maïs résista au vent avec ses feuilles affaiblies jusqu’au moment où, libérées par le vent coulis, les racines lâchèrent prise. () Hommes et femmes se réfugièrent chez eux, et quand ils sortaient ils se nouaient un mouchoir sur le nez et portaient des lunettes hermétiques pour se protéger les yeux ».

La suite du roman décrit le calvaire d’une famille en route vers la Californie à la recherche de terres à travailler. Ce sont près de trois millions de personnes, originaires des grandes plaines de  l’Oklahoma et de l’Arkansas, qui ont été ainsi jetées sur les routes.

"Grapes of Wrath", Copyright 1939, renewed 1967 by John Steinbeck.

"Les raisins de la colère" de John Steinbeck. Traduction  : Maurice Edgar Coindreau et Marcel Duhamel. © Éditions Gallimard.

En chiffres

- En Europe : 12 % des sols (115 millions ha) sont soumis à l’érosion hydrique et 42 millions ha subissent une érosion éolienne. source : Agence européenne pour l’environnement.

- En France : l’érosion hydrique des sols affecte environ 18 % du territoire métropolitain. Plus de 40 % du territoire présenterait une susceptibilité forte et 30 % une susceptibilité modérée aux glissements de terrain et aux écoulements. Pratiquement toutes les communes bretonnes ont été touchées par des coulées de boues au cours des trente dernières années.