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HARICOT en semis direct sous couvert. expérimentation à Ponta Grossa (Brésil). © INRA, Stéphane de Tourdonnet

L’agriculture de conservation : faut-il labourer le sol?

L’accompagnement de l’innovation en agriculture de conservation

Dans le cadre du projet PEPITES, plusieurs dispositifs de développement de l’agriculture de conservation ont été analysés en France et dans des pays du Sud. Il ressort de cet examen que, derrière une innovation revendiquée « de la base », on découvre divers acteurs qui accompagnent les producteurs agricoles, selon des modalités différentes au Nord et au Sud.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 10/02/2014
Publié le 12/11/2013
Echanges entre agriculteurs. Journée sur le non-labour organisée par l'Association française d'agronomie dans le sud-ouest (Vénerque) en mars 2012.. © Inra
Echanges entre agriculteurs. Journée sur le non-labour organisée par l'Association française d'agronomie dans le sud-ouest (Vénerque) en mars 2012. © Inra
 

Parce que la transition vers des pratiques de conservation des sols présente des risques agronomiques et financiers importants, l’accompagnement des agriculteurs constitue un enjeu essentiel.

En France, des styles de conseil contrastés

La façon dont les conseillers qui accompagnent les agriculteurs appréhendent la gestion du risque et des incertitudes liées à une transition vers l’agriculture de conservation définit deux postures de conseil très contrastées:

- Un dispositif de « conseil assuranciel » dans lequel le conseiller endosse le risque. Il est l’expert délivrant une prescription sous forme d’un « paquet de conseil » relatif à l’ensemble des intrants pour maîtriser de manière globale la gestion des cultures. L’expertise du conseiller se base sur des connaissances bien stabilisées et ne doit pas être questionnée sinon le conseiller ne sera plus en mesure d’assurer le succès de sa prescription. Les essais des agriculteurs, susceptibles de susciter des controverses, ne sont pas les bienvenus, pas plus que les pratiques agronomiques aux résultats jugés encore trop incertains. Ce modèle s’inscrit dans la continuité du modèle de conseiller technico-commercial, fournisseur d’intrants, même si la prescription intègre une réflexion sur une baisse de la consommation d’intrants.

- Un dispositif de « conseil de recherche » qui positionne le conseiller aussi bien que l’agriculteur dans une posture de chercheur. Les agriculteurs décident et sont tenus pour responsables des risques qu’ils prennent. Le conseiller encourage les agriculteurs à faire des essais et à aller chercher des connaissances au sein d’autres collectifs pour venir les partager au sein du groupe. Conseiller et agriculteurs sont embarqués ensemble dans un processus d’apprentissage. La dynamique des apprentissages est pensée comme un processus d’essai / erreur. Les débordements liés aux comportements agronomiques incertains d’objets tels que des essais de couverts en mélanges originaux constituent des lieux de production de nouvelles connaissances et de formulation de nouvelles questions. Le travail du conseiller est de repérer ou d’inciter à la création de ces moments de débordement afin de pouvoir organiser et accompagner leur exploration collective, moteur de la dynamique collective.

A Madagascar, l’agriculture de conservation dans des projets de développement internationaux

Depuis plus de 20 ans des chercheurs du Cirad promeuvent les Systèmes sous couverts végétaux (SCV) à Madagascar. Ces techniques sans labour permettraient de limiter les problèmes d’érosion  liés à la mise en culture de collines. Les projets de développement se sont succédé, installant un dispositif pyramidal de diffusion des SCV : des chercheurs concevant les systèmes de culture jusqu’aux producteurs agricoles via une série d’ONG dédiées et d’opérateurs techniques (associations ou bureaux d’étude) employant des techniciens qui parcourent la campagne pour convaincre les agriculteurs de mettre en place des SCV. Des formations et des démonstrations sont organisées. L’accès des producteurs aux intrants a pu être facilité (par des dons ou des crédits) mais les surfaces en SCV n’ont pas survécu lorsque de telles opérations ont été arrêtées.

Aujourd’hui, les chercheurs tentent d’aborder la question autrement. Un travail de fond est mené pour comprendre comment les SVC peuvent s’insérer dans des logiques économiques des exploitations agricoles au-delà d’un intérêt agronomique à l’échelle de la parcelle. Cependant, la volonté de mettre en place des approches participatives plus attentives aux attentes des producteurs se heurte, d’une part aux habitudes et savoir-faire des techniciens sur le terrain, et d’autre part aux difficultés d’intéressement des producteurs. La mobilisation de quelques-uns pour mettre en place des essais est-elle la marque d’un réel intérêt pour ces techniques ou bien un effet du clientélisme qui s’est organisé autour des projets ? Plus encore, comment interpréter ces incitations à la participation de chacun au sein de collectifs dont nous connaissons très mal les règles et les formes d’organisations sociales.

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Nouricia, laboratoire et vitrine pour l’agriculture de conservation

La coopérative Nouricia, dans l’Est de la France, a créé en 2004 un club d’agriculteurs intéressés par l’agriculture de conservation et fonctionnant comme un dispositif de « conseil de recherche ». Pour la coopérative, ce club constitue à la fois une vitrine et un laboratoire, où s’invente la possibilité de vendre demain un conseil spécialisé en agriculture de conservation. Bien que déconnecté de la vente d’intrants, le conseil en agriculture de conservation est ainsi partie intégrante de la stratégie commerciale de la coopérative.

Références :

- Brives, H., Riousset, P., de Tourdonnet, S. (à paraître). Quelles modalités de conseil pour l’accompagnement vers des pratiques agricoles plus écologiques ? Le cas de l’agriculture de conservation. In Opérateurs du conseil privé en agriculture, C. Compagnone, F. Goulet, P. Labarthe eds, Educagri.

- Villemaine, R. 2011. " Eléments d'analyse du dispositif d'innovation autour des SCV dans la région du lac Alaotra, Madagascar." AgroParisTech. 77 p.