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HARICOT en semis direct sous couvert. expérimentation à Ponta Grossa (Brésil). © INRA, Stéphane de Tourdonnet

L’agriculture de conservation : faut-il labourer le sol?

Un point critique : la gestion des adventices

La gestion des adventices est reconnue comme un problème critique dans les systèmes sans labour. La présence de plantes de couverture peut apporter des solutions, à condition de pouvoir les gérer finement, afin qu’elles soient suffisamment couvrantes pour contenir les adventices, sans pour autant étouffer la culture principale.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 05/02/2014
Publié le 08/11/2013
Chardons communs des champs dans des parcelles de céréales. © SIMONIN Gérard
Chardons communs des champs dans des parcelles de céréales. © SIMONIN Gérard
 

Les systèmes en non labour sont fortement consommateurs d’herbicides

Dans les systèmes en semis directs pratiqués en Amérique du Nord et du Sud, l’emploi de variétés de soja, coton, maïs tolérantes au glyphosate, un herbicide total, a rendu ces systèmes dépendants de cet herbicide, dont il faut progressivement augmenter les doses (voir partie 10, expertise sur les variétés tolérantes aux herbicides).

En France, les systèmes en techniques culturales simplifiées (TCS) tendent aussi à utiliser plus d’herbicides que les systèmes avec labour : +0,2 passage d’herbicides pour le blé tendre, +0,3 pour le blé dur, +0,6 pour l’orge (chiffres Pratiques culturales 2011). Plusieurs études ont montré que l’absence de labour modifie le stock semencier d’adventices, qui se trouve concentré dans les cinq premiers cm du sol, favorisant les plantes à germination rapide, en particulier les graminées, ainsi que les vivaces qui se propagent via des organes végétatifs tels que les stolons ou les rhizomes (cas du Chiendent).

Des marges de progrès possibles

Des expérimentations menées par l’Inra de Dijon depuis 2000 (1) montrent que l’application des principes de protection intégrée aux systèmes TCS permet de réduire de près de moitié l’IFT herbicides (2). Cependant, les performances économiques peuvent être affectées, du fait de l’allongement et de la diversification des rotations, des travaux du sol superficiels répétés pour bénéficier de l’effet « faux-semis » (3) et du choix de variétés plus adaptées à la lutte contre les adventices mais peut-être moins productives.

« Les systèmes en semis direct sous couvert peuvent pallier certains inconvénients des TCS : l’absence de travail du sol peut augmenter le taux de prédation des graines par des organismes granivores, et réduire la germination des semences ; le couvert végétal peut concurrencer la croissance des adventices qui auraient pu germer. Cependant, ces systèmes sont peu développés en France et nous manquons de références pour les évaluer (4) », note Nicolas Munier-Jolain. « C’est pourquoi nous allons lancer un programme d’évaluation multicritères en 2014 de systèmes en semis direct sous couverts, en collaboration avec la chambre d’agriculture de la Côte d’or ». Fabrice Martin-Laurent, spécialiste de la biodégradation des pesticides, mènera conjointement une étude pour déterminer si la plus forte activité microbienne qui caractérise ces sols non labourés permet une meilleure dégradation du glyphosate (voir encadré).

Les agriculteurs expérimentent également de nombreuses innovations pour limiter l’emploi du glyphosate, entre autres optimiser les applications en diminuant la dureté de l’eau et les volumes d’eau, optimiser le choix et la qualité des couverts, détruire les couverts par le scalpage ou le roulage etc. (5)

(1) Chauvel B. et al. 2011. Gestion intégrée de la flore adventice. Cah Agric, vol. 20- 3,194-203.

(2) IFT : indice de fréquence de traitements.

(3) La technique de faux-semis consiste à effectuer un léger travail du sol pour favoriser la levée des adventices qui sont éliminées ensuite.

(4) Les promoteurs du semis direct en France font valoir plusieurs atouts : (i) l’absence de travail du sol inhibe la germination des graines d’adventices, (ii) on peut utiliser des plantes de couvertures gélives, comme le niger, qui sont détruites par le froid et ne nécessitent donc pas d’utilisation d’herbicides, (iii) le mulch constitué par les résidus du couvert favorise un équilibre favorable de la faune (développement de carabes qui se nourrissent de limaces et de graines d’adventices). 

(5) Voir le dossier sur le glyphosate, TCS n°62, mars-mai 2011.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Environnement et agronomie, Santé des plantes et environnement, Biologie et amélioration des plantes
Centre(s) associé(s) :
Dijon Bourgogne Franche-Comté

Du glyphosate dans les eaux

Le glyphosate est retrouvé dans plus de 30% des analyses d’eau, eaux de surface et souterraines. Un de ses métabolites, l’AMPA, l’est dans plus de 60% des échantillons analysés (1). Outre son action sur les plantes, certaines études pointent des effets négatifs du glyphosate sur les microorganismes du sol, la faune, la flore et la santé humaine. « Nous voulons utiliser la biodégradation du  glyphosate comme un indicateur de la fonction de « filtre » rendu par la microflore du sol, indique Fabrice Martin-Laurent. En mesurant la dégradation potentielle du glyphosate dans des microcosmes de sol incubés au laboratoire, on aura un reflet assez juste du pouvoir épurateur du sol et on pourra le comparer dans des systèmes SCV et des systèmes avec labour.

(1) Source : Commissariat général au développement durable - Service de l’observation et des statistiques, Chiffres & statistiques, n° 436, Juillet 2013.

Référence : Martin-Laurent et al. 2013. Environ. Sci. Pollut. Res. 20 : 1203–1205