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HARICOT en semis direct sous couvert. expérimentation à Ponta Grossa (Brésil). © INRA, Stéphane de Tourdonnet

L’agriculture de conservation : faut-il labourer le sol?

Le tripode de l’agriculture de conservation

Pratiquée depuis près d’un siècle, l’agriculture de conservation n’a reçu une définition officielle qu’en 2001. Malgré cet effort de normalisation, cette appellation recouvre des systèmes de culture très divers, qui ont comme point commun l’absence du retournement du sol par le labour.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 04/02/2014
Publié le 06/11/2013

Maïs en semis direct sur Cajanus. Expérimentations chez un agriculteur près de Unai (brésil, Cerrados).. © Cirad, Eric Scopel
Maïs en semis direct sur Cajanus. Expérimentations chez un agriculteur près de Unai (brésil, Cerrados). © Cirad, Eric Scopel

Le terme d’ « agriculture de conservation » a été créé par la FAO en 2001 lors du « First World Congress on Conservation Agriculture », à Madrid.

Que cherche-t-’on à conserver ? Essentiellement la fertilité des sols agricoles, en les préservant contre les processus de dégradation qui peuvent les affecter, en particulier en luttant contre l’érosion.

La définition de la FAO comporte trois grands principes devant être appliqués simultanément :

- Couverture maximale des sols, par les résidus des cultures précédentes (appelés mulch) ou par des plantes de couverture implantées en intercultures ou en couverts vivants permanents

- Absence de retournement du sol par le labour et forte réduction, voire suppression, du travail du sol

- Allongement et diversification des successions culturales, à travers l’alternance de familles de plantes (légumineuses, céréales, crucifères) et recours aux cultures intermédiaires et aux associations de cultures.

 Dans un souci de normalisation et parce que ces techniques peuvent se décliner à différents degrés, la FAO a fixé un seuil minimum de couverture  des sols par les résidus du précédent cultural de 30 % après semis, ce taux de couverture correspondant, d’après l’USDA (1), au minimum indispensable pour limiter les phénomènes d’érosion.

Une raison d’être différente suivant les pays

Historiquement, c’est la composante de couverture du sol qui s’est développée en premier, pour protéger les sols contre l’érosion. Aux Etats-Unis, les désastres causés dans les années 1930 par l’érosion éolienne (Dust Bowl, voir partie 3) sont à l’origine de l’émergence des techniques d’implantation en semis direct, selon lesquelles le semis est réalisé en laissant le sol couvert par les résidus de la culture précédente. Elles ont ensuite pris de l’ampleur dans les années 60 grâce aux incitations de l’Etat américain, et surtout grâce à la généralisation de l’utilisation dans les années 90 d’herbicides totaux (dont le glyphosate) qui permettent de détruire les adventices avant le semis sans recourir au labour.

Au Brésil, l’agriculture de conservation s’est développée pour contrôler l’érosion hydrique, en Australie et au Kazakhstan à cause de problèmes de sécheresse.

En Afrique, l’agriculture de conservation progresse lentement dans une quinzaine de pays, sur des surfaces assez faibles et avec une application partielle du tripode. La couverture permanente par le mucuna, une légumineuse, est pratiquée depuis 1920 au Nigeria et a été reprise plus récemment avec succès au Bénin. Au Ghana, se développent des systèmes sans labour, mais sans couverture permanente du sol et avec utilisation d’herbicides, de même pour le coton au Nord Cameroun.

Enfin, en Europe, les motivations économiques - gain de temps et économie de carburant - priment souvent sur la lutte contre l’érosion. Le véritable semis direct reste rare. Les pratiques en agriculture de conservation concernent des techniques culturales simplifiées (TCS), avec abandon du labour mais travail du sol superficiel, ou bien des labours occasionnels, essentiellement dans les grandes exploitations spécialisées dans les cultures annuelles (céréales à paille et colza).

 Une définition diversement interprétée

Dans la logique de protection des sols contre l’érosion, la couverture maximale des terres est le levier principal. La réduction drastique du travail du sol vient en corollaire, car tout travail du sol tend à détruire et à enfouir le couvert végétal.

 Cependant, dans les contextes où l’érosion n’est pas un facteur critique, la logique peut s’inverser : le levier « suppression du travail du sol » devient prépondérant, tant pour des raisons de gain de temps et d’économie d’énergie, que dans une optique de préservation de la ressource sol.

Dans les deux cas se pose le problème de la maîtrise des adventices qui ne sont plus contrôlées par le labour. Les solutions apportées diffèrent selon les systèmes : techniques de travail superficiel du sol et de faux semis (2), utilisation accrue d’herbicides, modification des rotations (avec alternance de semis d’automne et de printemps par exemple), utilisation des plantes de couverture qui étouffent les adventices. Dans ce dernier cas, les systèmes sont plus délicats à mettre en place, car les couverts implantés doivent être suffisamment développés pour maîtriser les adventices sans pour autant entrer en compétition avec la culture principale.

Il convient de rappeler cependant que seuls les systèmes en semis direct sous couvert avec rotations diversifiées répondent strictement à la définition de la FAO.

 Un concept porteur de valeurs

Les agriculteurs engagés dans une démarche d’agriculture de conservation évoquent le respect du fonctionnement naturel du sol et plus généralement le respect de la « nature » et une moindre artificialisation du milieu. Motivée à l’origine par le besoin de protection des sols contre l’érosion, l’agriculture de conservation se définit de plus en plus par un abandon du labour, à l’instar de l’agriculture biologique qui s’interdit l’usage des engrais et phytosanitaires de synthèse. Comme l’ont montré des chercheurs de l’Isara (3) dans le cadre du projet PEPITES (4), des passerelles commencent d’ailleurs à se créer entre ces deux communautés de pratiques : les tenants de l’agriculture de conservation cherchent à s’inspirer des systèmes pratiqués en agriculture biologique pour diminuer leurs intrants (herbicides surtout) et réciproquement, certains agriculteurs pratiquant l’agriculture biologique s’intéressent à la réduction du travail du sol et au semis sous couvert dans une logique de préservation de leurs sols.

(1) USDA : United states department of agriculture, département de l’administration fédérale américaine chargé de la politique en matière d’agriculture et d’alimentation.

(2) La technique de faux-semis consiste à effectuer un léger travail du sol pour favoriser la levée des adventices qui sont éliminées ensuite.

(3) Philippe Fleury et al. Agriculture biologique et agriculture de conservation : ruptures et transversalités entre deux communautés de pratiques. Colloque SFER/RMT DevAB/Laboratoire Cultures et sociétés en Europe. Strasbourg, 23-24 juin 2011

(4) Projet PEPITES : projet ANR (2009-2013) consacré à l’agriculture de conservation. Partenaires : Inra, Cirad, IRD, Supagro Montpellier, Isara Lyon, AgroParisTech, BASE, Nourricia, Embrapa, Fofifa. Voir dans ce dossier partie 4.

En chiffres

Surfaces en agriculture de conservation (au sens large) en 2011 : 117 millions d’ha dans le monde, soit environ  8% des terres cultivées mondiales.

En % de la SAU : Etats-Unis : 50% en TCS et 25% en semis direct, pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay) : 70%, Canada : 50%, Australie : 90%, France : 17%.

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