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HARICOT en semis direct sous couvert. expérimentation à Ponta Grossa (Brésil). © INRA, Stéphane de Tourdonnet

L’agriculture de conservation : faut-il labourer le sol?

Se passer de labour : pas si facile

La suppression du labour favorise l’accumulation de matière organique en surface mais peut avoir un effet négatif sur la structure du sol.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 04/02/2014
Publié le 08/11/2013
Semoir adapté au semis direct.. © Inra, Stéphane de Tourdonnet
Semoir adapté au semis direct. © Inra, Stéphane de Tourdonnet

Se passer de labour implique de suppléer à ses fonctionnalités qui sont multiples :

- enfouissement et mélange de la matière organique provenant des résidus de la culture précédente

- enfouissement et mélange des matières fertilisantes et amendement

- aération et restructuration du sol, facilitant la création d’un lit de semences favorable et permettant le bon enracinement des cultures  et la circulation de l’eau et de l’air

- gestion des adventices (enfouissement des graines et des plantes) et gestion des maladies cryptogamiques.

La gestion des adventices fera l’objet d’un traitement à part (partie 5).

Le travail du sol conditionne la dynamique des matières organiques. Des essais menés sur le site de Boigneville par l’ITCF (1) et l’Inra pendant près de trente ans (2) ont montré que les systèmes sans labour (travail superficiel et semis direct) favorisent une plus forte accumulation de matière organique dans la couche superficielle du sol (+14% et +13% du stock initial respectivement) que les systèmes avec labour (+7%). Des mesures à l’aide de Carbone13 ont également mis en évidence sur ces essais que la décomposition de la matière organique est environ deux fois plus lente en semis direct qu’en système avec labour. De plus, un enrichissement du sol en matière organique peut être obtenu grâce aux cultures intermédiaires, comme l’a montré en particulier l’étude sur les CIPAN de 2013 (voir partie 11).

Les problèmes de tassement du sol

Suivant les climats et les types de sol, la suppression du travail du sol peut s’accompagner d’une dégradation physique des sols. Si le problème se pose peu dans le sud du Bassin parisien, où les récoltes se font en été et les semis au cours de l’automne pour les cultures d’hiver, il est plus critique dans les régions du nord où les récoltes se font plus tardivement (maïs, betterave), avec des risques de pluies qui rendent le sol plus sensible au tassement, et dans l’ouest en systèmes d’élevage avec maïs fourrage. L’importance des périodes de récolte a été mise en évidence dans le cadre d’un essai implanté au début des années 1990 sur le domaine expérimental d’Estrées-Mons (3).

Les facteurs de décompactage du sol

Des travaux de recherche s’intéressent également aux capacités de régénération du sol. L’influence du climat sur ce processus a été étudiée à l’Inra depuis les années 90 (4) : lorsque le sol sèche, il y a des phénomènes de retrait-gonflement des argiles qui recréent des fissurations, donc une porosité bénéfique à la structure du sol. Il n’est d’ailleurs pas conseillé de supprimer définitivement le labour dans les sols dont la teneur en argiles est inférieure à 15%, cas de la majorité des sols cultivés en France. D’autres travaux ont étudié le décompactage du sol par l’action des racines de plantes de couverture (5).

Plus récemment, des chercheurs de plusieurs équipes Inra ont analysé le décompactage du sol par la macrofaune du sol, notamment par les vers de terre (6). Novatrice à la fois par la méthodologie employée (la tomographie aux rayons X, qui permet de visualiser les réseaux de galeries creusés par les lombriciens), et par ses résultats, cette étude a montré que deux ans sont nécessaires à ces derniers pour redonner à un sol compacté sa porosité initiale.

(1) L’ITCF est devenu Arvalis-Institut du végétal.

(2) Balesdent J. 1997. Un point sur les matières organiques des sols. Chambres d’agriculture, supplément au n°856, 17-22.

(3) Boizard H., Soil & Tillage Research 2013 : Using a morphological approach to evaluate the effect of traffic and weather conditions on the structure of a loamy soil in reduced tillage.

(4) C.R.Acad. Agric. Fr., 2012, 98, n°1. Séance du 8 février 2012.

(5) Carof, M. et al. 2007. Hydraulic conductivity and porosity under conventional and no-tillage and the effect of three species of cover crop in northern France. Soil Use and Management 23, 230-237.

(6) Capowiez Y. et al. 2012. Role of earthworms in regenerating soil structure after compaction in reduced tillage systems. Soil Biology & Biochemistry 55, 93-103

Histoire des TCS en France

- Années 70 : premières expériences de techniques culturales simplifiées (TCS) (crise pétrolière et désir de gagner du temps dans des intercultures très courtes comme blé après maïs)

- Années 80 : baisse d’intérêt (désherbage chimique coûteux, engins de travail du sol peu adaptés, contexte économique favorable n’incitant pas à la réduction des coûts de production)

- Années 90 : regain d’intérêt (disponibilité de glyphosate à bas prix, perfectionnement du matériel de semis, « verdissement » de la PAC, réglementations encourageant la simplification du travail du sol en hiver et l’implantation de Cultures intermédiaires piège à nitrates (CIPAN)

- Années 2000 : mise en place de réseaux d’échanges (BASE, FNACS, revue TCS), développement de projets de recherche sur le non-labour.

Les TCS sont passées de 10% des surfaces cultivées en grandes cultures (1994) à 21% (2001) et 34% (2006).

En 2011, le semis direct ne représente que 4% des surfaces en blé tendre et blé dur, 1% pour l’orge et le tournesol, 0,5% en colza. (Source Agreste).