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Concurrence alimentaire entre abeilles sauvages et domestiques

Des chercheurs de l'Inra démontrent pour la première fois l'impact de la concurrence alimentaire des colonies d'abeilles domestiques sur les abeilles sauvages en milieu naturel. Ces travaux révèlent l’existence d'une zone d'influence autour de chaque rucher et peuvent être mis à profit pour organiser la cohabitation entre les différentes populations d'abeilles.

Situé entre l'étang de Berre, au nord, et le golfe de Marseille, au sud, le Massif de la Côte Bleue forme une vaste zone de garrigue principalement constituée de romarin. © Richard Nouaze
Par Grégory Fléchet
Mis à jour le 17/09/2018
Publié le 14/09/2018

Face à l'intensification des pratiques agricoles en zone rurale et la dégradation de la qualité écologique des agrosystèmes, de plus en plus d'apiculteurs choisissent de déplacer régulièrement leurs colonies d'abeilles au sein de milieux naturels. C'est notamment le cas sur le Massif de la Côte Bleue, situé au nord-ouest de Marseille, une zone de garrigue d'une superficie de 5 700 hectares, dont plus de la moitié jouit du statut d'espace naturel protégé. Pour mesurer les effets de cette apiculture saisonnière sur les nombreuses espèces d'abeilles sauvages (1) peuplant le territoire, le Conservatoire du Littoral, propriétaire du site, sollicite en 2014 deux chercheurs de l'Inra spécialistes des abeilles, Mickaël Henry et Guy Rodet (2).

Les abeilles sauvages perdantes dans la compétition

En recoupant les données collectées durant les printemps 2015 et 2016 (voir encadré 2), les scientifiques ont mis en évidence une compétition entre abeilles sauvages et domestiques pour l’exploitation des ressources florales tournant à l’avantage des secondes. En effet, ils ont observé une diminution de plus de 50% de l’abondance des abeilles sauvages dans un rayon de 900 mètres autour des ruchers par rapport aux densités mesurées au-delà de cette distance. Deuxième constat : les plus faibles quantités de nectar et de pollen sont retrouvées chez les butineuses capturées à proximité des ruchers les plus importants, signe d'un effet négatif de la densité d'abeilles domestiques sur l’approvisionnement de ces insectes.

Une zone d’emprise de 600 à 1200 mètres autour des ruchers

Ces travaux ont aussi permis de mettre en évidence une zone d’influence des ruchers variant de 600 à 1 200 mètres autour de ces derniers selon le paramètre écologique pris en compte : abondance des butineuses sauvages et domestiques, taille des espèces d'abeilles sauvages présentes, taux de charge en pollen et en nectar, etc. Selon les chercheurs de l'Inra, la caractérisation de ces zones d'influence peut aider les gestionnaires d'espaces naturels à répartir les ruchers de manière à limiter leur emprise sur ces territoires. « Le simple fait d'augmenter les distances entre les différents ruchers permettrait de ménager davantage d’espaces sanctuarisés où les abeilles sauvages ne subiraient pas la concurrence des colonies d'abeilles domestiques, contribuant ainsi à maintenir les effectifs de leurs populations » conclut Mickaël Henry.

Les apiculteurs gagnants aussi

Ces préceptes faciles à mettre en place peuvent en outre assurer de meilleurs rendements aux apiculteurs installés sur ces milieux naturels. En effet, au cours de leur étude, les chercheurs ont constaté que la compétition existe aussi entre les colonies d’abeilles domestiques : une trop forte concentration de colonies d'abeilles en un même lieu se traduit par une diminution de 44% de la quantité de nectar collectée par les butineuses de ces colonies. « Dans ce contexte de compétition intra-spécifique, les butineuses doivent redoubler d'efforts pour collecter le nectar indispensable à la production de miel » analyse Guy Rodet. Éviter une trop forte concentration d'abeilles domestiques dans les espaces naturels protégés tel que celui du Massif de la Côte Bleue pourrait ainsi bénéficier aux apiculteurs qui verraient leur niveau de production mellifère augmenter sans prendre le risque d'épuiser leur cheptel.

1- Sur l'ensemble des zones échantillonnées entre 2015 et 2017, les chercheurs de l'Inra ont répertorié 56 espèces d'abeilles sauvages différentes.

2- Unité de recherche Abeilles et Environnement, Inra d’Avignon. Étude menée en partenariat avec l'Association de développement de l'Apiculture Provençale (ADAPI) et financée par le Conservatoire du littoral

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Références

- Henry M., Rodet G. 2018. Controlling the impact of the managed honeybee on wild bees in protected areas. Scientifc Reports,18 juin 2018. https://www.nature.com/articles/s41598-018-27591-y

- Henry M., Rodet G. 2018. Étude des interactions écologiques entre l’abeille domestique et les abeilles sauvages dans un espace naturel protégé : le massif de la Côte Bleue, site du Conservatoire du Littoral. Rapport d’étude, convention Recherche & Développement CdLINRA-ADAPI n°2014CV18, 10 pages.

Mesure de la quantité de nectar stocké dans le jabot d'une abeille domestique à l'aide d'un petit tube capillaire. Cette technique de prélèvement non-invasive permet ensuite de relâcher les insectes dans leur environnement. © Richard Nouaze

Contrôles douaniers aux frontières des ruchers...

Les scientifiques ont établi une cartographie précise de l’abondance des abeilles sauvages et domestiques ainsi que leur capacité d'approvisionnement en ressources alimentaires. Pour cela, ils ont compté les abeilles butineuses présentes dans un rayon de 4 km autour des ruchers d'abeilles domestiques, sur une soixantaine de sites associés à la présence de colonies de taille plus ou moins importante. Sur l'ensemble des zones étudiées, les chercheurs ont ensuite déterminé le succès d’approvisionnement en nourriture de près de 2000 butineuses en mesurant les quantités de nectar et de pollen (1) présentes sur chacune d'elles au moment de leur capture.

1- Le nectar constitue la principale source de nourriture des abeilles adultes tandis que le pollen, riche en protéines, est destiné à l'alimentation des larves.