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Les paysages agricoles en déprise peuvent-ils servir de refuge à des espèces menacées ?

Les changements globaux favorisent le développement des plantes envahissantes, en général considérées comme une nuisance pour les milieux envahis. Or, dans certaines conditions, les "taches" d’espèces forestières envahissantes peuvent servir d’habitat de substitution ou d’habitat refuge à la flore ou la faune locale menacée par la fragmentation de ses habitats naturels. Aussi, est-il particulièrement important de documenter les effets à long terme de l’expansion de ces espèces.

Plantes envahissantes. © Inra
Par Gérard Balent - Mission communication
Mis à jour le 04/06/2013
Publié le 08/07/2009

Des recherches menées en collaboration par le Cirad et l’Inra ont démontré le rôle de refuge potentiel des taches d’une espèce d’acacia introduite d’Australie dans les paysages agricoles des Hauts de la Réunion pour les espèces végétales spécifiques de l’île. Dans le Parc national des Pyrénées, les taches de frênes, espèces envahissantes des prairies, abritent une diversité d’espèces de carabes tout à fait originale. Ces recherches démontrent la nécessité de jeter un regard neuf sur ces nouvelles forêts qui en France colonisent plus de 50 000 hectares par an, en les considérant comme des habitats à part entière dans les politiques de conservation de la biodiversité.

Acacia mearnsii, envahissant les paysages agricoles des Hauts de la Réunion, sert aussi d’habitat refuge pour quelques plantes locales

Acacia mearnsii est une espèce d’acacia introduite d’Australie sur l’île de la Réunion à la fin du XIXe siècle pour ses tannins. Elle a été associée tout au long du XXe siècle à la culture du géranium comme plante de jachère et comme combustible pour la distillation des plantes. Mais, avec la quasi disparition du géranium dans les Hauts de la Réunion, cette espèce a cessé d’être contrôlée par l’homme. À partir des nombreuses graines présentes dans les parcelles anciennement cultivées, l’acacia a colonisé très rapidement plusieurs milliers d’hectares sous la forme de bosquets disséminés dans les paysages agricoles. Des chercheurs de l’Inra Toulouse et du Cirad Réunion ont dénombré 18 espèces végétales natives de l’île dans 48 grandes zones envahies par l’Acacia depuis un an jusqu’à plus de 50 ans. Ils ont constaté que plus la date de colonisation de la zone est ancienne, plus le nombre d’espèces indigènes accueillies augmente. En revanche, le nombre de ces espèces diminue avec la distance au boisement local. Ces travaux montrent que même si le taux de zones à Acacia colonisées par la flore indigène reste faible comparé à ceux d’autres études sur la colonisation de plantations exotiques en zone tropicale, il mérite néanmoins d’être pris en considération dans le cadre de la conservation des espèces endémiques largement menacées par l’urbanisation galopante des Hauts de la Réunion.
© Cirad, J. Tassin Taches d’Acacia mearnsii dans les paysages agricoles des Hauts de la Réunion © Import
© Cirad, J. Tassin Taches d’Acacia mearnsii dans les paysages agricoles des Hauts de la Réunion © Import

Les perchis de frêne, espèce envahissante des prairies des Pyrénées, abritent une biodiversité originale dans le Parc national des Pyrénées

Le frêne (Fraxinus excelsior) est une espèce introduite par les premiers pasteurs qui colonisèrent les montagnes au Néolithique. Arbre à tout faire, il fournissait fourrage et litière pour les animaux, bois pour les outils, les sabots, les râteliers, les colliers, les charpentes, le chauffage… Ces utilisations traditionnelles sont peu à peu tombées en désuétude. La régression de l’élevage, l’abandon de la fauche des prairies n’a plus permis de contrôler le flux permanent de graines envoyées par les frênes dans les prairies. La déprise agricole s’est ainsi traduite par la colonisation rapide de prairies sous forme de perchis très denses (plusieurs milliers d’arbres par hectare). Les chercheurs de l’Inra ont comparé la présence et la richesse des carabes - insectes indicateurs des modifications d’habitats - dans les prairies, les perchis de frênes et des vielles forêts. Leurs travaux ont abouti à un premier résultat surprenant qui reste à confirmer : les perchis de frêne abritent des espèces de carabes spécifiques qui ne se trouvent nulle part ailleurs dans le paysage environnant. Les perchis de frêne semblent donc constituer un habitat de transition forestière qui contribue à la biodiversité des paysages pastoraux pyrénéens.
© Inra, G. Balent : Frênes colonisant des prairies dans le Parc national des Pyrénées © Import
© Inra, G. Balent : Frênes colonisant des prairies dans le Parc national des Pyrénées © Import

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Gérard Balent Unité mixte de recherche "Dynamiques forestières dans l'espace rural"
Département(s) associé(s) :
Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques, Sciences pour l’action et le développement

Référence

Tassin J., Médoc J.M., Kull C.A., Riviere J.N., Balent G. Can invasion patches of Acacia mearnsii serve as colonizing sites for native plant species on Reunion (Mascarene archipelago) ?, African Journal of Ecology (2009)