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Les vers exposent leurs galeries

En utilisant un scanner pour visualiser les galeries creusées par les vers de terre, les chercheurs de l’Inra d’Avignon ont montré que les lombriciens mettent plus d’un an à décompacter un sol tassé expérimentalement.

Vers de terre (Lumbricus terrestris L.). Individus adultes reconnaissables à leur clitellum.. © Inra, FAYOLLE Léon
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 05/12/2013
Publié le 28/11/2013

Lorsqu’un sol est compacté, différents processus permettent la décompaction : des phénomènes climatiques de gel/dégel, humidification/déshumidification et des facteurs biologiques : l’action des racines et les vers de terre. C’est à ces derniers que l’étude s’est intéressée, avec pour objectif de connaître la dynamique de décompaction du sol par les vers de terre.

Une étude pionnière

Deux caractéristiques de l’étude la rendent particulièrement originale et innovante. D’une part, elle utilise une méthodologie d’observation du sol qui consiste à utiliser un scanner médical pour visualiser les galeries. D’autre part, il s’agit d’un travail de terrain, réalisé en conditions naturelles. Ce point est crucial, car en conditions de laboratoire, les résultats sont différents : d’une part, les vers de terre n’ont pas de possibilités de fuir les zones compactées, alors qu’en conditions naturelles, ils ont tendance à les éviter, d’autre part, la compaction homogène générée en laboratoire freine la recolonisation par les vers de terre. En conditions naturelles, la compaction n’est jamais homogène que ce soit horizontalement ou verticalement.

Les vers de terre recolonisent le sol compacté en trois mois

L’expérimentation, conduite dans la région du Nord de la France, à Estrées-Mons, a consisté à compacter un sol au maximum, en conditions humides, avec deux passages d’un tracteur alourdi par une remorque. « Une situation équivalente à une récolte de betterave après la pluie, dans les plus mauvaises conditions », précise Yvan Capowiez, qui a mené l’étude. La compaction entraîne une diminution de 40% du nombre de vers adultes, qui meurent écrasés ou s’éloignent de la zone compactée. Dans ces conditions, les chercheurs observent avec surprise que la recolonisation par les vers de terre est assez rapide : trois mois après la compaction, leur abondance revient au même niveau que dans les zones non compactées. Alors que, doués d’une grande mobilité verticale, il leur est facile d’éviter les zones défavorables. Comment les vers de terre parviennent-ils à coloniser les zones compactées ? Une des explications avancées est que la compaction est hétérogène, avec par conséquent des zones plus favorables. Un autre facteur favorisant la recolonisation est lié aux conditions particulières de l’essai, qui inclut un travail superficiel du sol sur sept cm, deux semaines après compaction, offrant ainsi une fine couche viable pour l’espèce la plus abondante (Aporrectodea caliginosa). C’est pourquoi l’abondance des vers de terre n’est pas un reflet réel de la vitesse de régénération du sol.

La porosité n’est restaurée qu’au bout de deux ans

La formation des galeries est beaucoup plus lente que la recolonisation, ainsi que le montrent les images obtenues par la tomographie aux rayons X : un à deux ans. Le même laps de temps est nécessaire pour que le sol recouvre sa capacité d’infiltration de l’eau, ce qui est cohérent. Par contre, les mesures montrent que la densité du sol n’est restaurée qu’au bout de quatre ans.

Reconstitution 3D des galeries de vers de terre après tomographie aux rayons X.

(A gauche : échantillon témoin de sol non compacté, à droite : échantillon de sol ayant subi un tassement.)

« D’autres études dans des conditions différentes de climat et de sol, (pH, texture, propriétés hydriques, etc.) seraient nécessaires pour compléter ces résultats. Des équipes suisses et américaines m’ont d’ores et déjà contacté pour utiliser  notre méthodologie d’observation des galeries » indique Yvan Capowiez.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Yvan Capowiez UR1115 PSH Unité de recherche Plantes et Systèmes de Culture Horticoles
Département(s) associé(s) :
Environnement et agronomie, Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Des vers de terre motivés

Une question subsiste aux yeux des biologistes : pourquoi les vers de terre reviennent-ils creuser dans des sols compactés, au prix d’une grande dépense énergétique ? Une des explications avancées est que dans ces sols du nord de la France, la densité de vers de terre est élevée et des phénomènes de compétition peuvent amener certaines espèces à vivre dans des conditions moins favorables. Une autre hypothèse est que les zones compactées présentent aussi quelques avantages, car elles se dessèchent moins vite et contiennent plus de matière organique, dont la décomposition est plus lente.

Référence

Capowiez Yvan, Samartino Stéphane, Cadoux Stéphane, Bouchant Pierre, Richard Guy, Boizard Hubert. 2012. Role of earthworms in regenerating soil structure after compaction in reduced tillage systems. Soil Biology & Biochemistry 55, 93-103.

Projet “DST” financé par les programmes GESSOL2 du Ministère de l’Environnement et “Agriculture et Développement Durable” de l’ANR.