Les séniors dopés au lait !

Les protéines solubles du lait, à digestion et absorption rapide, augmentent la masse et la force musculaire des séniors et diminuent leur fatigue musculaire. Double succès pour l’Inra puisque ces protéines sont préparées selon un procédé breveté par l’Institut en 1969 et largement diffusé de par le monde.

Personnes agées.
Photo utilisée pour les 70 ans de l'Inra (fait marquant protéines solubles de lait). © Inra, karelnoppe-58262134, Inra
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 07/04/2016
Publié le 01/04/2016

Lors du marathon de Paris de 2015, le coureur le plus âgé avait 85 ans et de nombreux participants avaient plus de 65 ans ! L’effort physique soutenu est possible, mais plus difficile chez les personnes âgées, entre autres parce que le vieillissement altère le maintien de la masse musculaire (1).

Une équipe (2) de l’Inra de Clermont-Ferrand a eu l’idée de tester l’effet de protéines de lait dites « rapides » (3) pour améliorer les capacités musculaires des personnes âgées. Ces protéines « rapides », solubles, sont présentes dans le petit lait. Elles sont particulièrement riches en acides aminés essentiels et sont commercialisées sous forme de complément alimentaire pour les sportifs (Whey Proteins) ou pour les personnes ayant des difficultés digestives graves.

Augmentation de la masse musculaire grâce aux protéines rapides

séchage_poudre lait. © Picsfive, fotolia
séchage_poudre lait © Picsfive, fotolia

En 2014, les chercheurs ont comparé des hommes de 60 ans soumis à un programme d’entraînement physique et consommant ou non des protéines de lait à digestion rapide. Au bout de quatre mois, la masse musculaire a augmenté de 4,5 % tandis que la masse grasse a diminué, et ce uniquement chez les séniors qui ont consommé les protéines rapides. La cholestérolémie et l’indice de résistance à l’insuline de ces sujets sont aussi réduits. L’effet positif des protéines rapides sur la synthèse protéique musculaire a été confirmé par des biopsies réalisées à partir de ce tissu.

Diminution de la fatigabilité

Assis sur une chaise et contractant les muscles de la jambe en résistance à un poids, les sujets consommateurs de protéines rapides de lait se sont avérés plus résistants que les autres. La force et la durée de la contraction musculaire sont augmentées. Reste à connaître le mécanisme de cet effet étonnant sur la fatigue musculaire. Une première hypothèse émise par les chercheurs, à savoir un rôle anti-inflammatoire des protéines rapides, n’a pas été confirmée puisque les marqueurs inflammatoires mesurés restent inchangés. Une deuxième hypothèse pointe un rôle antioxydant des protéines rapides (4) qui réduirait le stress oxydatif au niveau des terminaisons nerveuses et améliorerait la transmission nerf-muscle. De nouvelles biopsies permettraient de vérifier ou non cette hypothèse.

Cette étude clinique, complétée par la mesure de nombreux paramètres sanguins (5), montre que les protéines rapides du lait ont une action positive sur la masse et la force musculaires des séniors. Réalisée au sein d’un consortium en partenariat avec des industriels (6), ces résultats invitent à développer de nouveaux produits en utilisant ces protéines comme ingrédients, et à explorer leur extension à d’autres types de populations, sujets dénutris ou obèses par exemple.

 

(1) Avec l’âge, la synthèse des protéines musculaires est ralentie pour deux raisons principales : (i) rétention d’une partie des acides aminés alimentaires dans le foie et l’intestin (séquestration splanchnique) (ii) perte de sensibilité du muscle aux facteurs anabolisants du repas (leucine et insuline).

(2) UMR1019 Unité de Nutrition Humaine

(3) Par opposition aux protéines « lentes » du lait, caséines essentiellement. Lors de la fabrication du fromage par acidification, les caséines coagulent, tandis que les protéines rapides, solubles, restent dans le petit lait. Dans cette étude, les protéines rapides sont préparées non pas par acidification, mais par ultrafiltration du lait (voir encadré 2).

(4) Ces protéines sont riches en acides aminés soufrés, précurseurs du glutathion, qui possède un effet antioxydant.

(5) Profil lipidique, fibrinogène, créatine phosphokinase, glucose, insuline, protéine C réactive, interleukine-6, récepteurs solubles du TNF-alpha, marqueurs endothéliaux solubles,…

(6) Lactalis

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Alimentation humaine
Centre(s) associé(s) :
Auvergne - Rhône-Alpes

Références

- Gryson C et al. 2014. Four-month course of soluble milk proteins interacts with exercise to improve muscle strength and delay fatigue in elderly participants. J Am Med Dir Assoc. 15(12): 958.e1-9.

- Gryson C et al. 2014. "Fast proteins" with a unique essential amino acid content as an optimal nutrition in the elderly: growing evidence. Clin Nutr. 33(4): 642-8.

- Walrand S et al. 2015. Fast-digestive protein supplement for ten days overcomes muscle anabolic resistance in healthy elderly men. Clin Nutr. S0261-5614(15)00130-2.

Le protocole de l’étude

Un groupe de 48 hommes (1) de 60 ans a été soumis à un programme d’entraînement physique (endurance et résistance) pendant quatre mois, avec ou sans apport concomitant de 10g/jour de protéines solubles de lait à digestion rapide. La composition corporelle et la masse musculaire ont été mesurées par absorptiométrie biphotonique (DEXA), la force et la fatigue musculaire ont été évaluées par ergométrie.

(1) L'étude est conduite seulement sur des hommes, population plus homogène que les femmes car moins sujette à des variations d'ordre hormonal.

Obtention des protéines solubles de lait par ultrafiltration : un des premiers brevets Inra

Les protéines rapides utilisées dans l’étude sont préparées par ultrafiltration à froid du lait, un procédé mis au point… par l’Inra. Le lait est ultrafiltré à travers une membrane qui agit comme un tamis et élimine les petites molécules : eau, lactose et une partie des sels minéraux. Les protéines lentes (caséines) et rapides sont retenues et concentrées.

Ce procédé d’ultrafiltration est à l’origine d’un des tout premiers brevets Inra, en 1969, largement utilisé de par le monde en industrie fromagère. La gamme d’Affinois, produite en France et exportée dans 11 pays, est un succès commercial. Le cheddar australien, le domiati égyptien sont également fabriqués selon ce procédé. La technique permet d’obtenir des fromages plus riches en protéines (les protéines rapides sont retenues au lieu d’être éliminées dans le petit lait) et en calcium, qui reste partiellement lié aux caséines.