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La dépression liée à un manque d'oméga-3

Une carence en oméga-3 perturbe les transmissions nerveuses du cerveau, en particulier dans les structures qui contrôlent le comportement émotionnel, expliquant l’apparition de dépressions.

Huile de colza. © MAITRE Christophe
Par Magali Sarazin
Mis à jour le 05/02/2013
Publié le 15/03/2011
Mots-clés :

Représentation schématique d’un acide gras essentiel de la famille des omégas 3, l’acide alpha linolénique (18:3 w 3 ). La chaîne carbonée est symbolisée par une succession de 18 atomes de carbone (sphères bleues) reliés par des liaisons covalentes et des doubles liaisons ou insaturations. La première insaturation localisée sur le carbone 3 caractérise la famille des omégas 3. Les sphères rouges représentent les atomes d’hydrogène. © GUESNET Philippe
Représentation schématique d’un acide gras essentiel de la famille des omégas 3, l’acide alpha linolénique (18:3 w 3 ). La chaîne carbonée est symbolisée par une succession de 18 atomes de carbone (sphères bleues) reliés par des liaisons covalentes et des doubles liaisons ou insaturations. La première insaturation localisée sur le carbone 3 caractérise la famille des omégas 3. Les sphères rouges représentent les atomes d’hydrogène. © GUESNET Philippe

« Nos résultats établissent un lien direct entre la carence en oméga-3 et les comportements dépressifs alors que de nombreuses études épidémiologiques ne montraient jusqu’ici qu’une corrélation » explique Sophie Layé, directrice du laboratoire Inra Nutrition et neurobiologie intégrée (1) et auteur de ce travail (2).

Des souris...

Sophie Layé et ses partenaires ont étudié des souris ayant reçu tout au long de leur vie une alimentation carencée en oméga-3 et riche en oméga-6, les deux étant indissociablement liés (voir encadré).  Ces souris sont devenues asociales et anxieuses. D’autre part, les chercheurs ont démontré que ces animaux présentent une perturbation des récepteurs des endocannabinoïdes situés dans les régions du cerveau qui gouvernent la douleur, l’apprentissage, la prise alimentaire et les comportements émotionnels. Or, l’action des endocannabinoïdes est nécessaire au bon fonctionnement des connexions nerveuses. Ces molécules joueraient en effet un rôle « d’interrupteurs » qui empêcherait un influx nerveux continu. La perturbation de leurs récepteurs se traduit par un dysfonctionnement neuronal, expliquant les symptômes des souris. Les chercheurs avancent l’hypothèse que ces récepteurs se positionneraient mal au cours du développement en cas de carence en oméga-3.

...et des hommes

Les résultats obtenus chez la souris sont transposables à l’homme. En effet, les zones du cerveau étudiées ici chez la souris coïncident avec les régions du cerveau humain qui sont impliquées dans les comportements dépressifs.
« Nous cherchons à présent à savoir si ce phénomène est réversible grâce à une alimentation équilibrée, conclut Sophie Layé. Nous voulons également connaître l’impact des oméga-3 aux périodes critiques de la vie : pendant le développement in utero (quand le cerveau est en formation), à l’adolescence (quand le cortex préfrontal continue à se développer) et pendant la vieillesse ».
Actuellement, le rapport omega-6/omega-3 est égal à 12 dans la population française, alors que la valeur conseillée est de 5. La tendance va cependant dans le bon sens comme l'ont démontré récemment des chercheurs de l'Inra de Jouy-en-Josas (3).

(1) Ecole nationale supérieure de chimie, biologie et physique de l’Institut polytechnique de Bordeaux ; Inra ; Université Bordeaux 1 ; Université Bordeaux 2.

(2) Ainsi que des chercheurs de l’Inserm et de l’Université du Pays Basque en Espagne.

(3) UR0909 NuReLiCe Nutrition et Régulation Lipidique des Fonctions Cérébrales, Monique.Lavialle@jouy.inra.fr

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Génétique animale, Alimentation humaine
Centre(s) associé(s) :
Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux

Oméga-3 et oméga-6

Les oméga-3 sont des acides gras (1) nécessaires à l’organisme (2) qui ne peut les synthétiser, ils doivent donc être apportés par le régime alimentaire. On les trouve seulement dans certains aliments comme les poissons gras (saumon, truite, sardine, maquereau), l’huile de lin, l’huile de colza, les noix. Or, les régimes alimentaires des pays développés ont évolué depuis plusieurs décennies vers un appauvrissement en omega-3 au profit des oméga-6. Ceux-ci sont présents dans la plupart des huiles végétales (3), comme l’huile de palme, utilisée dans quasiment toutes les préparations culinaires. Un excès d'oméga-6 empêche l'organisme d'exploiter de façon optimale ses sources d'oméga-3, avec des effets néfastes sur la santé (obésité, troubles de l’humeur, etc.).

(1) Molécule formée d'une chaîne de carbones liés à des hydrogènes.

(2) Les oméga 3 ont des effets favorables sur la composition des membranes cellulaires ainsi que sur de nombreux processus biochimiques de l'organisme.

(3) On en trouve également dans les graines, les céréales, les œufs, certaines viandes, les graisses animales.

Référence

Layé S. et al. Nutritional omega-3 deficiency abolishes endocannabinoid-mediated neuronal functions, Nature Neuroscience, Vol. 14, p.345–350, published on line 30 January 2011