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Bientôt un régime alimentaire par personne ?

Le cerveau est au cœur du comportement alimentaire, dont la complexité continue à interroger la recherche. Les travaux récents mettent en avant certaines composantes propres à chaque individu, en particulier son histoire prénatale et son microbiote intestinal.

Visuel Regards d'expert : bientôt un régime alimentaire par personne? Présentation de la revue de l'Académie d'agriculture de France : « Neurobiologie de la prise alimentaire », 18 pages, 1er février 2015, par Monique Lavialle et Roland Salesse.. © Inra, Véronique Gavalda
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 15/06/2016
Publié le 12/10/2015

Cet article présente la revue réalisée par Monique Lavialle et Roland Salesse pour l'Académie d'agriculture de France.

L’obésité touche actuellement 15 % d’adultes dans le monde et 32% sont en surpoids. D’où l’importance d’étudier le comportement alimentaire, un sujet complexe avec des composantes physiologiques mais aussi sociales, culturelles et économiques. S’y ajoutent plus récemment des composantes historiques, puisque notre alimentation dépend aussi de notre histoire pré- et néo-natale.

Une question de rythme…

Nous nous nourrissons majoritairement le jour, en période d’activité, pendant laquelle les produits de l’alimentation sont à la fois stockés et consommés. Stockage d’énergie sous forme de glycogène dans le foie et les muscles, et de lipides dans le tissu adipeux. Consommation de sucres et libération d’énergie pour la synthèse des constituants cellulaires (protéines, lipides, ADN et ARN) et l’activité physique.

Nous jeûnons pendant le repos nocturne, où le métabolisme est orienté seulement vers la consommation des graisses stockées.

Ce rythme métabolique journalier est gouverné par une petite structure de l'hypothalamus, l'horloge circadienne, qui participe également à la régulation d'autres rythmes associés tels que veille/sommeil, température corporelle, sécrétion hormonale. La sensibilité aux odeurs présente également des variations journalières.

Le saviez-vous ?

  • Des sucres ingérés tard le soir font grossir, mais pas ceux ingérés le matin.
  • Le travail décalé ou nocturne conduit à long terme au surpoids.

Le cerveau métabolique

Composé de l’hypothalamus et du tronc cérébral, le cerveau métabolique gère les stricts besoins physiologiques. Il reçoit les signaux de faim lié à la diminution de la glycémie. Il intègre aussi les signaux de satiété qui sont de plusieurs types : mécaniques (distension de l’estomac), métaboliques (la leucine et certains acides gras ont un effet satiétogène), hormonaux (la leptine et l’insuline diminuent la prise alimentaire). La ghréline, sécrétée par l’estomac, est la seule hormone qui stimule la prise alimentaire via, semble-t-il, le contrôle de la balance énergétique.

Le cerveau émotionnel et cognitif

Cet ensemble complexe de plusieurs parties du cerveau (hippocampe, amygdale, thalamus, cortex, …) intègre les signaux externes sensoriels (goût, odeur, aspect, texture) avec les mécanismes de mémoire, d’habitudes et les circuits de récompense…On sait par exemple qu’il existe des mécanismes de rassasiement spécifique qui font que l’on est rassasié par un plat, mais mis en appétit par un autre, semble-t-il via les odeurs. C’est pourquoi certains régimes préconisent un seul plat par repas.

Un cerveau dans l’intestin ?

L’intestin est pourvu de capteurs capables de distinguer la qualité des aliments et de faire remonter ces informations au cerveau. On a pu ainsi identifier dans l’intestin les mêmes récepteurs au goût sucré que dans la bouche !

D’autre part, les recherches sur le microbiote intestinal menées depuis une dizaine d’années montrent l’importance capitale de ces milliards de bactéries que nous hébergeons et qui constituent un véritable organe, capable d’influencer le fonctionnement du cerveau : des travaux récents montrent que l’absence de cette flore chez le rat peut s’accompagner d’anxiété et de défauts de mémoire. Chez l’homme, une flore pauvre est associée à une résistance à l’insuline, d’où un excès d’adiposité (lire l'article).

Difficile de faire un régime !

  • On est constamment tentés : le budget de communication du PNNS (1) ne représente que 0,5 % de celui de la publicité agro-alimentaire à la télévision.
  • On sait qu’en matière d’alimentation, les « bonnes résolutions » ne durent pas.
  • Une chute de glycémie de 7 à 10 % déclenche une prise alimentaire

(1)    PNNS : Programme national nutrition-santé, mis en place en 2001

L’histoire de chacun

Certains troubles métaboliques proviennent en partie de la vie fœtale ou postnatale : l’obésité maternelle, associée à une nutrition excessive du nouveau-né, prédispose les enfants à l’obésité. Des mères malnutries sont aussi source de risque d’obésité pour leurs enfants. Ce processus d’empreinte se déroule essentiellement avant la naissance, où s’établit une programmation parallèle du cerveau et du tissu adipeux. Les perturbations métaboliques peuvent se transmettre aussi aux petits-enfants, sans doute via des modifications épigénétiques portées par les spermatozoïdes ou les ovules.

La revue complète

Lire la revue complète de l’Académie d’Agriculture de France : « Neurobiologie de la prise alimentaire », 18 pages, 1er février 2015, par Monique Lavialle et Roland Salesse.

Revue de l Académie d agriculture de France :

Sommaire de la revue :

  • Résumé
  • Introduction
  • Distribution temporelle de la prise alimentaire
  • Régulation de la prise alimentaire : les structures et fonctions cérébrales impliquées ; les signaux périphériques 
  • L’empreinte métabolique
  • Prise alimentaire et vieillissement
  • Une perspective récente : microbiote, alimentation et cerveau
  • Conclusion
  • Bibliographie
  • Schémas : régulation nutritionnelle, structures impliquées dans le cerveau.

Avancées de l’Inra dans le domaine

Facteurs influençant les comportements alimentaires

- Expertise scientifique collective sur les comportements alimentaires : étude réalisée en 2010 par une trentaine d’experts qui ont analysé près de 1 800 articles scientifiques. Lire l'article.

Personnes âgées

- Facteurs influençant l’alimentation des personnes âgées. Lire l'article.

Appétit et satiété

- Les calories des boissons sucrées : quel impact sur le comportement alimentaire des enfants ? Travaux appuyant l’hypothèse que la consommation régulière de boissons sucrées caloriques pourrait favoriser une augmentation de la prise énergétique. Lire l'article.

- Des peptides de levures "coupe-faim" : effet coupe faim de peptides issus de protéines de levures, effet modérateur potentiel sur le centre activateur de l’appétit de l’hypothalamus. Lire l'article.

- Un outil d’aide à la formulation de biscuits riches en protéines et/ou en fibres, des composants efficaces pour induire la satiété. Lire l'article.

Horloge circadienne

- Etude des liens entre alimentation et horloges circadiennes. Lire l'article.

Modèle animal

- Similitudes des réponses cérébrales du porc et de l’Homme à la modulation hédonique de la prise alimentaire. Lire l'article.

Empreinte métabolique, épigénétique

- Plusieurs résultats mettent en évidence que l’alimentation de la mère affecte diverses caractéristiques de sa descendance, comme la lactation ou la fertilité. Lire l'article.

Portrait de Roland Salesse.. © Inra

Les auteurs

Roland Salesse est directeur de recherche honoraire Inra, neurobiologiste spécialiste de l’olfaction, chargé de mission à la Culture Scientifique.

Monique Lavialle est directrice de recherche honoraire Inra, neurobiologiste spécialiste des rythmes circadiens, et de la nutrition lipidique.