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Nematodo.. © INRA, Vérnique Gavalda

Antiparasitaires : homme et animal, même combat !

Les avermectines, qu’est-ce que c’est ?

Nématodes, insectes, arachnides, acariens (Parasites intestinaux, mais aussi gales, poux, tiques..) : un large spectre de parasites peut être traité par les avermectines chez l’animal comme chez l’Homme. En absence d’alternative médicamenteuse, la recherche s’emploie actuellement à prévenir et limiter les phénomènes de résistance à ces médicaments.

Par Pascale Mollier et Delphine Achour
Mis à jour le 04/07/2017
Publié le 07/12/2015

Strongles digestifs.Parasites des ruminants. Larves infestantes du 3éme stade.. © Inra, HUBERT J.
Strongles digestifs.Parasites des ruminants. Larves infestantes du 3éme stade. © Inra, HUBERT J.

Une classe de médicaments à large spectre et efficaces à faible dose…

Les avermectines sont des substances antiparasitaires utilisées chez l’animal et chez l’Homme. Elles ont révolutionné le traitement des parasitoses, du fait de leur efficacité à faibles doses et de leur large spectre d’action, à la fois contre des parasites internes - ou endoparasites (1) - et des parasites externes - ou ectoparasites (2) - d’où le nouveau terme d’endectocide utilisé pour les caractériser. Elles agissent sur une large gamme de parasites : nématodes, insectes, arachnides, acariens....

Les avermectines appartiennent à la classe des lactones macrocycliques. L’ivermectine est le dérivé le plus utilisé et le seul autorisé chez l’Homme. Utilisé en Afrique contre l’onchocercose, l’ivermectine ralentit aussi la propagation de la malaria via son action insecticide sur les moustiques. Chez les animaux d’élevage, l’ivermectine permet de traiter à la fois les parasites intestinaux, mais aussi les tiques, gales, etc.

L’ivermectine agit à faible dose, en comparaison avec d’autres médicaments, et présente en outre une rémanence importante : son action peut continuer de s’exercer plusieurs semaines après le traitement.

A ce jour, il n’existe aucune alternative satisfaisante pour traiter les parasitoses chez l’animal.

Outre l’ivermectine, les principaux anthelminthiques dérivés de l’avermectine utilisés en médecine vétérinaire sont la doramectine, la sélamectine et l’éprinomectine.

Activité neurotoxique

L’ivermectine agit au niveau des canaux « chlore » contrôlés par le glutamate, spécifiques des invertébrés. Ces canaux cellulaires régulent l’influx nerveux dans les systèmes neuromusculaires des parasites. En bloquant la transmission de l’influx nerveux, l’ivermectine provoque la paralysie puis la mort des parasites. Cependant, l’ivermectine agit aussi sur d’autres canaux ioniques, canaux « GABA-dépendants », qui existent dans certaines cellules neuronales de mammifères. La molécule reste néanmoins sans danger pour les mammifères car ces neurones sensibles à l’ivermectine se situent dans le cerveau, un organe que l’ivermectine n’atteint pas. En effet, un système de pompe, présent dans les vaisseaux sanguins du cerveau, refoule l’ivermectine qui pourrait les traverser. L’ivermectine reste dans le sang, elle n’entre pas en contact avec le cerveau et ne franchit donc pas ce qu’on nomme la « barrière hématoencéphalique ».   

Apparition de résistance chez les parasites

La résistance à l'ivermectine est apparue très tôt  après sa mise sur le marché chez les parasites des petits ruminants (3) et a été décrite plus récemment chez les parasites humains (4). Aujourd’hui, la résistance aux avermectines concerne de nombreux parasites dans les élevages et la situation est particulièrement alarmante dans les pays à forte densité d’élevage : Royaume-Uni, Afrique du Sud, Amérique du Sud, Nouvelle-Zélande, Australie. En France, des cas de résistance à l’ivermectine commencent à être rapportés.

Pour anticiper et retarder l’apparition de résistance à ces médicaments très efficaces et indispensables, la recherche s’emploie à préciser leurs mécanismes d’action et à définir les conditions d’utilisation optimales qui permettront d’accroître leur efficacité, de diminuer les quantités globales employées et de prolonger leur efficacité et leurs usages en médecine vétérinaire.

(1) Nématodes gastrointestinaux ou pulmonaires, onchocerca et autres filaires,…

(2) Poux, gales, hypoderme, moustiques vecteurs du paludisme (malaria),…

(3) En particulier, Haemonchus contortus.

(4) En particulier, Onchocerca volvulus.

Des antiparasitaires de plus en plus puissants

- 1940 : utilisation de traitements chimiques : phénothiazine (600mg/ kg d’animal) contre les parasitoses des animaux d’élevage, et organo-chlorés (DDT, Lindane) contre les insectes.

- 1960 -1970 : apparition des benzimidazoles : thiabendazole (50 mg/kg) puis oxfendazole (5 mg/kg). Les doses diminuent. Mais des phénomènes de résistance se développent chez les parasites. Utilisation d’organophosphorés (trichlorfon, fenthion etc…) contre les insectes.

- 1978 : découverte et caractérisation des avermectines, suite à  la mise en évidence, chez des souris infectées par des nématodes, de l’effet antiparasitaire d’une substance produite par une bactérie du sol, Streptomyces avermitilis, isolée par l’Institut japonais Kitasato.

- 1981 : commercialisation de l’ivermectine pour les usages vétérinaires, contre les parasites et les insectes, à la posologie de 0,2 mg/kg par voie sous-cutanée.

- 1983 : apparition des premiers cas de parasites résistants à l’ivermectine.

- 1987 : autorisation de l’ivermectine chez l’homme contre des maladies répandues en Afrique : cécité des rivières (onchocercose) et filiaroses lymphatiques.