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Ixodes ricinus. © Inra, Véronique Gavalda

Tactiques anti-tiques

Sarah Bonnet et les tiques UMR0956 Inra-Anses-ENVA, BIPAR Biologie Moléculaire et Immunologie Parasitaires et Fongiques Prix Alfred Kastler 2015. © Inra, Pascale Mollier

Tiques éthiques

Sarah Bonnet, chercheuse Inra-Anses-ENVA, a mis au point un dispositif expérimental d’étude des tiques sans utiliser d’animaux vivants. Elle a obtenu le prix Alfred Kastler 2015 pour cette invention.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 17/08/2016
Publié le 16/03/2016

De nouveaux agents infectieux identifiés comme étant transmis par les tiques

Grâce au dispositif in vitro qu'elle a mis au point, Sarah Bonnet et son équipe a apporté la preuve formelle  que l’espèce de tique Ixodes ricinus, prédominante en Europe, peut transmettre la bactérie responsable de la maladie des griffes du chat (1), que l’on savait transmise par les puces, et un parasite responsable d'une babésiose (2) émergente chez le chevreuil, et pouvant potentiellement toucher l’homme.

Les tiques sont connues pour transmettre plusieurs agents responsables de maladies humaines, dont la maladie de Lyme, qui provoque environ 27 000 nouveaux cas par an en France, mais aussi le virus de l’encéphalite à tiques ou la bactérie de l'anaplasmose granulocytaire (3). Chez les animaux, les tiques sont entre autres vectrices de parasites responsables de babésioses ou de theilerioses (4). Les tiques sont le premier vecteur de maladies animales dans le monde, le deuxième pour les maladies humaines après le moustique.

Vers un vaccin universel contre les tiques ?

Le dispositif mis au point permet également d’étudier finement comment les tiques transmettent les agents pathogènes à leur hôte au cours de leur repas de sang. Les tiques aspirent du sang et injectent par leur salive différents produits nécessaires au bon déroulement de leur repas : anticoagulants, immunodépresseurs, antidouleurs, anti-inflammatoires… Les chercheurs ont comparé les glandes salivaires des tiques selon qu’elles portent ou non un agent pathogène (5). Ils ont mis en évidence un gène surexprimé dans les glandes salivaires des tiques infectées. Si on inhibe ce gène, la tique absorbe moins de sang et la bactérie pathogène se transmet moins bien. Le produit de ce gène pourrait servir de base à l’élaboration d’un vaccin. En effet, les anticorps induits chez l’animal contre ce produit devraient gêner la prise du repas sanguin et bloquer la transmission de l’agent pathogène. Cette stratégie a l’avantage de cibler un gène de tique (et non un gène de pathogène), ce qui pourrait être efficace contre plusieurs agents infectieux à même d’être transmis par les tiques.  

 

(1) Parallèlement, les travaux de Muriel Vayssier-Taussat (unité Bipar) ont montré la présence de plusieurs espèces de bactéries du genre Bartonella dans le sang de patients piqués par des tiques. Lire l’article.

(2) Babésiose : parasitose qui affecte les mammifères sauvages, mais aussi les bovins et plus rarement l'homme. Maladie proche du paludisme.

(3) Anaplasmose granulocytaire : zoonose émergente bactérienne, provoquant un syndrome grippal aigu et non spécifique.

(4) Theilerioses : parasitoses tropicales affectant le bétail, à importance économique.

(5) En l’occurrence, la bactérie responsable de la maladie des griffes du chat.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Sarah Bonnet UMR0956 BIPAR Biologie Moléculaire et Immunologie Parasitaires et Fongiques
Département(s) associé(s) :
Santé animale
Centre(s) associé(s) :
Jouy-en-Josas

Références

- Mise au point du dispositif d’étude des tiques in vitro :

Bonnet S, Jouglin M, Malandrin L,et al. 2007. Transstadial and transovarial persistence of Babesia divergens DNA in Ixodes ricinus ticks fed on infected blood in a new skin-feeding technique. Parasitology 134, 197-207. 

- Les tiques transmettent la bactérie de la maladie des griffes du chat :

Cotte V, Bonnet S, Le Rhun D et al. 2008. Transmission of Bartonella henselae by Ixodes ricinus. Emerg Infect Dis.14, 1074-80.

- Les tiques transmettent le  parasite B. venatorum responsable de babésiose :

Bonnet S, Brisseau N, Hermouet A, et al. 2009. Experimental in vitro transmission of Babesia sp.(EU1) by Ixodes ricinus. Vet Res. 40, 21-8.    

- Identification de candidats vaccinaux grâce au dispositif in vitro :

Liu XY, de la Fuente J, Cote M, et al. 2014. IrSPI, a tick serine protease inhibitor involved in tick feeding and Bartonella henselae infection. PLoS Negl Trop Dis. 8, e2993.

Vue à la loupe binocuolaire d'un accouplement de tiques du mouton (Ixodes ricinus).. © Inra, FILIPUTTI delphine

Les tics des tiques

Les tiques Idoxes ricinus ont une vie compliquée… Seules les femelles font des repas de sang mais elles ont besoin d’être fécondées pour faire des repas complets. Mâles et femelles s’accouplent donc soit avant la fixation de la femelle, soit pendant le repas de sang.

Compliqué aussi pour trouver un hôte : la tique possède à l’extrémité de ses pattes avant des capteurs de gaz carbonique qui lui permettent de détecter la présence d’un animal. Postée en haut des herbes, pattes tendues, elle attend…mais doit redescendre régulièrement vers le sol pour y trouver l’humidité dont elle a besoin. Ces allées et venues le long des herbes durent jusqu’à la rencontre avec un hôte. Une fois fixée sur celui-ci, la femelle peut se gorger de sang pendant 10-12 jours, puis elle se laisse tomber à terre et pond ses œufs. Le cycle se poursuit : les larves, puis les nymphes, se fixent sur leurs hôtes préférentiels, puis se détachent et poursuivent à terre leur transformation vers le stade de développement suivant.

Chevreuil - jeune mâle. © Inra

Les tiques : un danger croissant ?

Les populations de tiques ont tendance à augmenter en France, conjointement avec l’augmentation de certains hôtes sauvages comme les chevreuils. Elles sont particulièrement nombreuses dans l’Est de la France et sont des vecteurs potentiels de nouveaux agents pathogènes. Le virus de l’encéphalite à tiques, qui sévit en Europe de l’Est, a déjà été détecté chez des tiques en Alsace. Et que dire du virus de la fièvre hémorragique Crimée-Congo (CCHF), dont les symptômes s’apparentent au virus Ebola, qui a été détecté en Turquie ? Rien n’indique que les tiques européennes, très généralistes dans les pathogènes qu’elles véhiculent, ne pourraient pas transmettre et propager ce virus chez l’animal et chez l’homme.