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Ixodes ricinus. © Inra, Véronique Gavalda

Tactiques anti-tiques

Une nouvelle espèce de tique dans le Sud de la France

La présence d’une nouvelle espèce de tique est établie dans le Sud de la France. Porteuse potentielle de nouveaux agents pathogènes, comme le virus de la fièvre hémorragique Crimée-Congo, cette tique doit être surveillée, en particulier chez les chevaux.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 19/05/2017
Publié le 02/12/2016

Cheval de Camargue.. © Inra, CATTIAU Gilles
© Inra, CATTIAU Gilles

Chevaux, taureaux, et quelques 400 espèces d’oiseaux peuplent la Camargue, la plus grande zone humide de France, située dans le delta du Rhône. Mais parmi les poils et les plumes, se cachent des animaux beaucoup moins sympathiques : les tiques, premier vecteur de maladies animales dans le monde, deuxième pour les maladies humaines après le moustique.

A l’occasion de plusieurs campagnes de collectes de tiques en Camargue, organisées de 2007 à 2015 pour surveiller la transmission de différents pathogènes (1), une nouvelle espèce de tique a été détectée : Hyalomma marginatum. D’autres collectes spécifiquement dédiées à cette espèce de tique ont été conduites en 2012-2013 puis en 2016 sur des oiseaux et des chevaux, à la demande de la DGAL (Direction générale de l’Alimentation). Elles apportent la preuve formelle de l’installation de cette tique en Camargue, mais aussi plus à l’Ouest en zone littorale et en garrigue montpelliéraine. Des chercheurs de l’Inra et du Cirad ont collaboré étroitement avec les vétérinaires et les propriétaires de chevaux de la zone pour mener à bien ces missions.

Preuve de la présence de Hyalomma marginatum dans le sud de la France

Hyalomma marginatum est une espèce de tique reconnaissable à sa grande taille et à ses pattes rayées. C’est le seul représentant de son genre présentant ces caractéristiques dans la région. Commune en Afrique du Nord, en Espagne, au Portugal et en Corse, elle est repérée en Camargue en 2008 sous forme de stades immatures, larve et nymphe, chez des oiseaux migrateurs. En 2016, on trouve tous les stades de la tique, y compris les stades immatures sur des oiseaux cette fois résidents, et le stade adulte sur des chevaux, des sangliers, …et même chez l’homme. « On pense que cette tique est présente dans le Sud de la France continentale depuis dix ans, parce que les conditions climatiques sont devenues favorables pour que la tique effectue son cycle complet et se multiplie, avec des températures hivernales plus douces, pas trop d’humidité, et une abondance d’hôtes », détaille Laurence Vial (2).

Une tique potentiellement porteuse de pathogènes humains et animaux

Tique Hyalomma marginatum, dont la présence a été prouvée dans le Sud de la France en 2016, mais repérée dès 2008.. © Inra, Laurence Vial (Cirad) et Laurent Soldati (Inr
© Inra, Laurence Vial (Cirad) et Laurent Soldati (Inr

Parmi les pathogènes que cette tique peut véhiculer, on s’intéresse particulièrement au virus de la fièvre hémorragique Crimée-Congo (CCHF), qui sévit en Afrique et en Asie, mais aussi en Europe, puisqu’un cas humain autochtone a été répertorié en Grèce en 2008 et deux cas en Espagne en septembre 2016, dont l’un est décédé. Du fait de sa dangerosité et des contraintes pour le manipuler, ce virus est assez mal connu, difficile à isoler et à cultiver.

Les chevaux devraient être particulièrement surveillés, parce que ce sont des hôtes préférentiels pour la tique H. marginatum et parce que de nombreux chevaux transitent entre la France et l’Espagne. Les chevaux ne seraient a priori pas de bons transmetteurs pour le virus, car leur virémie est faible et ne permettrait pas le passage à l’homme ni, ou rarement, la réinfection de tiques. Par contre, suite à une infection, qui sont toujours asymptomatique, les chevaux produisent de forts taux d’anticorps, ce qui fait d’eux des animaux sentinelles pour surveiller le virus. Il n’existe pour l’instant aucun argument en faveur d’une circulation du virus CCHF en France.

Des bases scientifiques et des décisions réglementaires à prendre pour la surveillance

« Il serait utile de faire un suivi sérologique des chevaux, et pourquoi pas d’autres animaux potentiellement sentinelles, pour évaluer la circulation virale, du reste peu probable, à un instant initial, puis régulièrement. D’autres analyses pourraient consister à rechercher par PCR la présence de virus CCHF dans les tiques collectées. Cela permettrait d’estimer le niveau de surveillance à mettre en place. Mais pour cela, il faut des décisions réglementaires pour autoriser des analyses sérologiques CCHF en routine par des laboratoires de recherche sans niveau de confinement 4, très lourd et coûteux, mais en mettant en œuvre toutes les mesures de précautions requises. Ce point est actuellement en discussion avec l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé). En outre, il sera essentiel d’avoir le consentement éclairé des éleveurs, acteurs cruciaux de ce système.», poursuit Laurence Vial.

Un observatoire des épidémies pour les chevaux

Un réseau a été mis en place entre des vétérinaires et des éleveurs de chevaux en Camargue par Agnès Leblond (3) et Sophie Pradier (4). « Ce réseau est déjà actif pour la surveillance de maladies telles que le West Nile, la fièvre Q, les piroplasmoses (5) ou l’anaplasmose granulocytique équine. Etabli dans la durée, c’est un outil précieux de collaboration avec les éleveurs dans un climat de confiance » conclut Agnès Leblond. Des études sociologiques sont aussi initiées pour étudier la perception du risque chez les éleveurs et éclairer les décideurs sur les facteurs déterminant la décision de vaccination par les propriétaires, en particulier vis-à-vis du virus de West Nile. Une bonne connaissance du degré de couverture vaccinale est importante pour pouvoir interpréter les résultats de la surveillance dans la région.

 

(1) Tels que les bactéries Anaplasma phagocytophilum, agent de l’anaplasmose ou Coxiella burnetii, agent de la fièvre Q. La bactérie Anaplasma phagocytophilum infecte les globules blancs et induit une thrombocytopénie.

(2) UMR CMAEE, CIRAD, Montpellier.

(3) UMR IHAP, Université de Toulouse, Inra, Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse.

(4) UMR EPIA, Inra, VetAgroSup.

(5) Les agents de la piroplasmose sont Theileria equi et Babesia caballi. Ces parasites infectent les globules rouges et provoquent une anémie hémolytique.

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Département(s) associé(s) :
Santé animale
Centre(s) associé(s) :
Auvergne - Rhône-Alpes

Référence

Vial L, Stachurski F, Leblond A, Huber K, Vourc'h G, René-Martellet M, Desjardins I, Balança G, Grosbois V, Pradier S, Gély M, Appelgren A, Estrada-Peña A. 2016. Strong evidence for the presence of the tick Hyalomma marginatum Koch, 1844 in southern continental France. Ticks Tick Borne Dis. 2016 Oct;7(6):1162-1167. doi: 10.1016/j.ttbdis.2016.08.002. Epub 2016 Aug 6.

West Nile en 2000 : des mesures surdimensionnées?

Une épizootie de West Nile (1) s’est déclarée en 2000 entre Aigues Mortes et Montpellier. Environ 70 chevaux ont été touchés, entraînant différentes mesures, dont la publication d’un arrêté portant déclaration d'infection (APDI) pour chaque foyer et l’interdiction de déplacement pour les chevaux de l’exploitation infectée. Bien qu’allégées dans les années ultérieures, ces mesures ont entraîné un vécu difficile pour les professionnels de la filière équine avec des annulations de stages, voire des fermetures de centres équestres. Des pertes économiques importantes donc, alors que les chevaux ne sont pas contagieux et représentent un cul de sac épidémiologique pour cette maladie. Il est donc très important de se donner les moyens d’évaluer les risques pour travailler en confiance avec les éleveurs.

 

(1) Le virus West Nile est transmis à l’homme par les moustiques. Il se traduit par de la fièvre, parfois associée à des complications neurologiques qui peuvent être sévères chez de nombreuses espèces animales.