truite. © Kletr, fotolia, Kletr

Amours climatiques chez la truite

Jacques Labonne, chercheur à l’Aquapole Inra de Saint-Pée-sur-Nivelle, explique ce qu’est la sélection sexuelle chez les truites, qui est à la base du succès reproducteur de l’espèce. Des travaux récents montrent que les variations climatiques seraient un facteur de pression sur cette sélection, via les variations de débit des rivières.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 22/04/2015
Publié le 22/04/2015

La sélection sexuelle a plusieurs composantes

Au sein d’une espèce, la sélection sexuelle est influencée par tous les comportements de reproduction,  à savoir l’accès au partenaire sexuel, le choix de ce partenaire, l’accouplement et les soins apportés à la descendance. Elle détermine en grande partie la variation du succès reproducteur, c’est-à-dire la capacité des individus de transmettre leurs gènes à la génération suivante. Ce succès reproducteur se mesure concrètement par le nombre de descendants.

De nouveaux marqueurs pour prédire le succès reproducteur

Toute reproduction implique une dépense énergétique qui induit souvent une variation de poids. « On peut utiliser la variation de poids pour mesurer l’investissement reproducteur des poissons, mais la méthode est imprécise, car elle reflète différentes composantes de l’investissement reproducteur, y compris la production des gamètes, explique Jacques Labonne. Si l’on veut s’intéresser plus précisément aux aspects comportementaux de l’investissement reproducteur, on peut recourir à des indicateurs plus fins, comme par exemple la variation de substrats énergétiques dans le sang au cours de la reproduction et après la maturation des gonades. Nous avons montré (1) que les variations de triglycérides dans le sang (2) sont directement proportionnelles au nombre de descendants et sont donc de bons prédicteurs du succès reproducteur, même si d’autres facteurs influencent aussi ce succès reproducteur.

Le changement climatique affecte la reproduction des truites

Des travaux récents ont montré que les variations climatiques influent  sur la sélection sexuelle. Comment le changement climatique affecte-t-il les rivières et leurs occupants ? …par des variations de débit liées à des épisodes plus fréquents de crues ou de sécheresse. C’est ce que les chercheurs ont mimé dans une expérience en soumettant les truites à des  variations aléatoires de débit et en comparant leur succès reproducteur avec des truites restant dans un environnement stable. Pour affiner la recherche, deux populations ont été mélangées : une population habituée à un milieu variable, une population habituée à un milieu stable.

Les résultats montrent clairement que les variations de débit affectent la reproduction des truites. Alors qu’en milieu stable, la taille des poissons est corrélée au succès reproducteur, surtout chez le mâle (les plus grands mâles ont le plus de descendants), cet effet de la taille disparait en milieu variable. Dans ce milieu variable, on observe aussi une différence de comportement de la population qui est adaptée aux variations : les mâles ne se sont quasiment pas reproduits. Les femelles se sont préférentiellement reproduites avec des mâles de la population adaptée au milieu stable. « Ces résultats sont complexes à expliquer et ouvrent de nouvelles perspectives de recherche. Globalement, la reproduction est moins efficace en milieu non stable, milieu qu’on peut aussi qualifier d’imprévisible. Une hypothèse est que certaines populations perçoivent cette information et « économisent » leur énergie en attendant des conditions plus favorables » conclut Jacques Labonne.

(1) En collaboration avec les chercheurs de l’Unité Inra NUMEA (Nutrition, Métabolisme, Aquaculture) de Saint-Pée-sur-Nivelle.

(2) Triglycérides : métabolites énergétiques lipidiques d’origine alimentaire dont la concentration a ici été mesurée dans le sang.

Ça coute un bras…de rivière !

Ces expériences ont été réalisées grâce à un équipement mis en place par l’Inra dans les années 80 : une dérivation de la rivière Lapitxuri, sur 130 mètres, qui permet d’opérer dans des conditions de débit contrôlées. Des caméras subaquatiques permettent d’observer le comportement des poissons. L’investissement reproducteur est mesuré par les variations de poids et de métabolites énergétiques (triglycérides) sanguins. Le succès reproducteur est estimé par le nombre d’alevins, attribués à leurs parents par des tests ADN.

Pour en savoir plus

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La recherche en train de se faire

Au travers de la série de vidéos "Work in progress - Dans la recherche de la fabrique agronomique", l'Inra Bordeaux-Aquitaine vous emmène découvrir comment se construisent les recherches. Ces vidéos adoptent un point de vue technique, pénètrent dans la réalité de l’expérimentation, montrant aussi les «dispositifs maison» conçus avec passion et ingéniosité par les chercheurs, ingénieurs et techniciens et donnent à voir la science en train de se faire.