Civelles © Alain Girard - Inra

Civelle en ce miroir

Les chercheurs de l’Inra de Bordeaux décryptent le comportement migratoire des anguilles, ou civelles, en les étudiant une à une. Reportage…

Mis à jour le 14/01/2015
Publié le 13/01/2015

L’anguille européenne, considérée autrefois comme nuisible, connaît depuis plus de trente ans un déclin très important. Elle est aujourd’hui placée sur la liste rouge des espèces en danger critique d’extinction. La situation préoccupante de l’anguille a amené l'Union Européenne à demander aux Etats membres des plans de gestion pour la reconstitution du stock. Concernant la France, 60% des prises de civelles doivent être dédiées au repeuplement en 2015.

Comprendre la migration pour protéger l’anguille

Les travaux conduits à Saint Pée sur Nivelle (1) visent à mieux comprendre le déterminisme du comportement de migration de la civelle (2) (voir le cycle de l’anguille en encadré). Cette migration est essentielle car elle influe sur le sexe ratio de la population, avec une proportion de mâles qui diminue vers l’amont du bassin versant.

Certaines civelles migrent, d’autres pas

« Certaines phases du cycle de l’anguille sont encore loin d’être bien comprises, explique Valérie Bolliet. On sait par exemple que toutes les civelles ne remontent pas les estuaires et certaines anguilles ne connaîtront jamais l’eau douce ! Pour pouvoir prédire l’évolution de la population, il est important de comprendre les mécanismes de cette migration. Nous faisons l’hypothèse qu’elle est liée aux réserves énergétiques des animaux et à la vitesse à laquelle ils utilisent ces réserves, ce qu’on appelle le métabolisme. Les civelles ne s’alimentent pas durant leur migration estuarienne et celles qui ont un fort métabolisme auraient moins de capacité migratoire du fait qu’elles épuisent trop vite leurs réserves. Pour le vérifier, il nous faut mesurer les paramètres énergétiques au niveau individuel, et c’est là toute l’originalité de nos travaux et de nos installations expérimentales ».

« Microrespiromètre, fluvarium et chronotron »

Les chercheurs ont conçu des équipements spéciaux pour mesurer le comportement migratoire individuel des civelles (3). Un « fluvarium » permet de tester la réponse des animaux au crépuscule, ceux qui se déplacent étant considérés comme ayant un bon potentiel migratoire. Deux « chronotrons » simulent également les inversions de marées et révèlent les comportements migratoires, chaque animal étant marqué et reconnaissable.

Ils sont enfin capables de mesurer le métabolisme d’une seule civelle, via sa consommation d’oxygène, dans des microrespiromètres. On peut ainsi faire le lien pour chaque individu entre les différents paramètres.

Grâce à ces installations, les chercheurs sont en train de vérifier leur hypothèse selon laquelle le comportement migratoire de l’anguille est lié au contenu énergétique de l’animal et à la vitesse à laquelle il utilise ses réserves.

(1) UMR ECOBIOP Inra/Université de Pau et des Pays de l'Adour.

(2) La civelle est la forme juvénile de l’anguille.

(3) Domaine expérimental de Saint Pée sur Nivelle.

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Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques
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Bordeaux Aquitaine

le cycle de l'anguille

L’anguille se reproduit dans la mer des Sargasses. Les larves, transparentes, parcourent 5000 km à travers les océans jusqu’au plateau continental, où elles se métamorphosent en civelles. Puis, elles remontent les estuaires vers les fleuves, en utilisant les réserves énergétiques accumulées au stade larvaire. Elles effectuent leur croissance en eau douce pendant cinq à douze ans, sous le stade d’anguille jaune, puis deviennent argentées, avant de retourner vers la mer des Sargasses pour la reproduction.

Pour remonter les estuaires, les civelles utilisent les marées : elles montent dans la colonne d’eau à marée montante pour profiter du courant et migrer vers l’amont, puis redescendent vers le fond à marée descendante pour éviter de retourner vers la mer. Ce mouvement a lieu essentiellement la nuit car les civelles fuient la lumière du jour.

La recherche en train de se faire

Au travers de la série de vidéos "Work in progress - Dans la recherche de la fabrique agronomique", l'Inra Bordeaux-Aquitaine vous emmène découvrir comment se construisent les recherches. Ces vidéos adoptent un point de vue technique, pénètrent dans la réalité de l’expérimentation, montrant aussi les «dispositifs maison» conçus avec passion et ingéniosité par les chercheurs, ingénieurs et techniciens et donnent à voir la science en train de se faire.