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Nagez, vous êtes filmés !

Une caméra acoustique permet de suivre le comportement des poissons migrateurs sur une rivière comportant des barrages. C'est un dispositif novateur en France.

Etude des salmonidés près de Pont-Scorff en Bretagne. Un jeune saumon.. © Inra, INRA
Par Aurélie Daroux - Pascale Mollier
Mis à jour le 24/04/2014
Publié le 14/04/2014
Site d'étude des populations de poissons migrateurs sur la Sélune, Une caméra acoustique est immergée grâce à un pilier et coulisse à différentes profondeurs. Elle permet de dénombrer les poissons et de suivre leur comportement sans les déranger.. © Inra
Site d'étude des populations de poissons migrateurs sur la Sélune, Une caméra acoustique est immergée grâce à un pilier et coulisse à différentes profondeurs. Elle permet de dénombrer les poissons et de suivre leur comportement sans les déranger. © Inra
Le schéma montre le lit de la rivière en coupe et le pied le long duquel coulisse la caméra acoustique.. © Inra
Le schéma montre le lit de la rivière en coupe et le pied le long duquel coulisse la caméra acoustique. © Inra

 Suivre les populations de poissons migrateurs

Une caméra acoustique DIDSON est installée dans le fleuve Sélune depuis juillet 2013 afin de suivre les populations de poissons migrateurs. La Sélune est l'un des cours d'eau qui alimentent la baie Saint-Michel, avec la Sée et le Couesnon. Elle comporte deux grands barrages qui vont être arasés en 2018. Les poissons migrateurs, saumons, truites de mer, anguilles, lamproies marine et fluviatile, grande alose et alose feinte, qui remontent à différentes périodes à partir de la mer, sont donc arrêtés sur la Sélune par le premier barrage rencontré, situé le plus en aval, et ne disposent par conséquent que d'environ 30% de la surface du bassin (1).

"L'arasement des barrages est une opération unique en Europe, indique Aurélie Daroux, ingénieur. Il se fera de manière progressive de 2014 à 2018. L'idée est d'établir un état des lieux du cours d'eau avant et après cet arasement et d'observer comment les populations de poissons vont se déployer et occuper l'ensemble du bassin une fois que les barrages seront détruits. Pour cela, nous comptons les poissons en essayant de distinguer l'espèce sur les enregistrements : si le poisson à un comportement franc de déplacement vers l'amont, avec une vitesse assez rapide, si de plus il passe pendant la période de migration des saumons et que sa taille correspond aux standards de l'espèce, ça a de bonnes chances d'être un saumon, espèce qui nous intéresse particulièrement. Au lieu d'analyser des milliers d'images, nous essayons actuellement d'adapter à nos données un logiciel de tri automatique existant (2). D'autres mesures physicochimiques, de vitesse de courant et de sédimentation, complètent cet état des lieux. La visualisation des poissons n'est pas suffisante avec la caméra DIDSON, des pêches électriques sont également effectuées sur tout le bassin afin d'avoir une idée plus précise des espèces et des abondances de poissons présentes.

La démolition des barrages va générer un gros changement et donc du stress pour les populations de poissons vivant sur la Sélune. Nous espérons fortement que quelques années après l’arasement, les espèces migratrices, et notamment les saumons, retrouveront en amont du bassin versant des habitats propices à leur reproduction, pour la grande joie des scientifiques et des pêcheurs !" (3).

Une technique novatrice et non intrusive

Doctorant manipulant une caméra acoustique sur l'Oir, un des sites expérimentaux de l'Unité Expérimentale d’Ecologie et d’Ecotoxicologie aquatique (U3E) de Rennes, au moulin de Cerisel (50).. © Inra
Doctorant manipulant une caméra acoustique sur l'Oir, un des sites expérimentaux de l'Unité Expérimentale d’Ecologie et d’Ecotoxicologie aquatique (U3E) de Rennes, au moulin de Cerisel (50). © Inra
L’hydroacoustique est une technique qui utilise les propriétés du son dans l’eau et qui présente une utilisation diversifiée et croissante. Encore très peu utilisée en cours d’eau en France, cette méthode est non intrusive : elle permet d’observer les poissons dans leur milieu naturel sans perturber leur comportement.

Les échosondeurs émettent des ondes acoustiques puis captent, localisent et décrivent les échos renvoyés par les poissons présents dans le faisceau de détection. A la différence des sondeurs utilisés couramment, la caméra acoustique DIDSON (Dual frequency Identification Sonar) émet des ondes à très haute fréquence (1,8 MHz) qui permettent une observation visuelle de la morphologie et du comportement des poissons.

Cet appareil, contrairement aux caméras numériques classiques, a l’avantage de pouvoir filmer la nuit et surtout en eau trouble sans aménagements particuliers.

L’utilisation de cette technique en écologie est novatrice à l’échelle nationale, le DIDSON installé sur la partie basse de la Sélune, en aval des barrages, est le second en France. Cependant, depuis une dizaine d’années, cette méthode a prouvé son efficacité en Amérique du Nord dans le cadre de suivi des populations de salmonidés migrateurs.

 Dans un contexte national (Grenelle de l’Environnement, 2007) et européen (Directive Cadre sur l’Eau, 2000) de rétablissement de la connectivité écologique des cours d’eau, l’hydroacoustique présente de nombreux avantages et apparaît comme une alternative pertinente aux méthodes existantes pour suivre les populations de poissons migrateurs.

(1) On entend par bassin l'ensemble des cours d'eaux qui alimentent la baie.

(2) Logiciel Sonar 5 Pro, créé par le norvégien Helge Balk.

(3) Ce travail fait l'objet d'une thèse Inra - Asconit Consultants dans le cadre du Projet « Sélune » piloté par l’UMR Ecologie et Santé des Ecosystèmes (ESE) de l'Inra de Rennes et financé par l’Agence de l’Eau Seine Normandie. Il bénéficie des installations et des compétences de l'Unité Expérimentale d’Ecologie et d’Ecotoxcicologie aquatique (U3E) de Rennes.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Aurélie Daroux UMR INRA Agrocampus Ouest Ecologie et Santé des Ecosystèmes (ESE)
  • Didier Azam Unité Expérimentale d’Ecologie et d’Ecotoxcicologie aquatique (U3E) Rennes
  • François Martignac UMR INRA Agrocampus Ouest Ecologie et Santé des Ecosystèmes (ESE) Rennes
Département(s) associé(s) :
Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques
Centre(s) associé(s) :
Bretagne-Normandie

L'arasement des barrages : à étudier du point de vue écologique

L'arasement des deux grands barrages présents sur la Sélune est une opération pilote en Europe, en raison de la hauteur des ouvrages (16 et 36 m), de la taille du bassin versant et d'un suivi scientifique pluridisciplinaire sur seize ans. La destruction des barrages a été décidée par le ministère en charge de l'Ecologie en 2012, suite à l'arrêt de leur exploitation hydroélectrique par EDF. L'objectif est de restaurer la continuité écologique terre-mer sur ce bassin versant en application de la Directive cadre européenne sur l'Eau.