• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Nouvelle-Zélande : terrain d’étude privilégié des interactions entre abeilles, Varroa et virus

Quel est l’effet du parasite Varroa sur les virus qui affectent les colonies d’abeilles domestiques ? En collaboration avec des chercheurs de l’Université d'Otago, des chercheurs de l’Inra ont scruté un territoire d’investigation unique présentant à la fois des zones parasitées mais aussi des régions exemptes de Varroa : la Nouvelle-Zélande. Ils ont étudié le paysage viral de colonies d’abeilles domestiques suite à l’invasion récente du territoire par ce parasite (depuis 2001). Ils ont montré que l’arrivée du Varroa coïncide avec une modification drastique de ce paysage viral au sein des colonies : un bouleversement qui augmenterait les interactions entre virus différents dans les colonies et par conséquent l’apparition d’effets synergiques néfastes à leur survie.

Varroa sur thorax d’une abeille domestique.. © © INRA, MORISON Nicolas
Par Inra presse
Mis à jour le 06/01/2015
Publié le 24/10/2014

Au cours des 50 dernières années, l’acarien parasite Varroa destructor a été responsable de mortalités massives au sein des cheptels d’abeilles domestiques. V. destructor est donc actuellement considéré comme l’un des principaux facteurs pouvant affecter la survie de colonies d’abeilles domestiques, du fait notamment de son association avec plusieurs virus parasites de l’abeille. En l’absence de contrôle efficace de l’infestation par le Varroa, des épidémies virales sont observées et les colonies s’effondrent très rapidement.

Le Varroa favorise les infections virales

Représentation de la progression du front d’infestation du  VARROA  en Nouvelle-Zélande. Les points noirs représentant les 22 ruchers échantillonnés dans l’étude.. © PLOS Pathogens, Fanny Mondet et al.
Représentation de la progression du front d’infestation du VARROA en Nouvelle-Zélande. Les points noirs représentant les 22 ruchers échantillonnés dans l’étude. © PLOS Pathogens, Fanny Mondet et al.

Observé pour la première fois en France en 1982, le Varroa infeste aujourd’hui les colonies du monde entier, à l’exception de l’Australie. La Nouvelle-Zélande, où le Varroa est arrivé à partir de 2001, représente un territoire unique pour étudier les interactions entre l’abeille, le Varroa et les virus associés puisqu’au moment de l’étude, l’acarien n’avait pas encore envahi la totalité du pays. En effet, le pays disposait d’un front d’expansion actif se déplaçant vers le sud du pays où se trouvaient des régions non infestées par le parasite. En échantillonnant 22 ruchers chez des apiculteurs professionnels néo-zélandais, les chercheurs de l’Inra ont donc pu suivre les premiers stades de l’infestation par le Varroa et ses conséquences sur la pression virale au sein des colonies d’abeilles. Cinq virus1 ont été détectés dans les échantillons d’abeilles et de Varroa. Chacun d’entre eux a réagi d’une façon différente à l’arrivée du parasite. Les chercheurs ont constaté qu’avec l’arrivée du Varroa, l’incidence des infections virales multiples augmente, passant en moyenne de 1,6 à 3,1 virus par colonie.

 

Le virus des ailes déformées est le plus impacté

Manifestation pathologique du  VIRUS  des abeilles déformées (DWV) sur de jeunes abeilles parasitées par  VARROA. © Inra, Fanny Mondet
Manifestation pathologique du VIRUS des abeilles déformées (DWV) sur de jeunes abeilles parasitées par VARROA © Inra, Fanny Mondet

Le virus des ailes déformées (DWV) est le virus le plus impacté par la progression du parasite à travers la Nouvelle-Zélande. Ce virus, considéré comme une cause directe de perte de colonies infestées par le Varroa, était absent des zones non infestées par le Varroa. La charge en DWV augmente graduellement au fur et à mesure que le nombre d’années d’infestation s’accroît, même lorsque les charges en Varroa diminuent. Un autre virus très virulent transmis par le Varroa (le virus du Cachemire, KBV), montre une dynamique d’évolution qui est étroitement associée à la dynamique de l’infestation par Varroa. Contrairement au DWV, la charge en KBV augmente très rapidement pendant les deux premières années d’infestation, avant de diminuer puis de disparaître entièrement des colonies, laissant le DWV comme espèce virale dominante dans les régions infestées par Varroa depuis plus de 10 ans.

 

Ces résultats renforcent l’idée que l’association entre le Varroa et plusieurs virus de l’abeille est un facteur clé de l’explication d’une partie des pertes de colonies liées à l’infestation parVarroa. Par exemple, le virus KBV pourrait jouer un rôle dans les pertes importantes de colonies observées au cours des premières années d’infestation par Varroa, tandis que le DWV participe certainement à la mortalité observée sur les colonies dans les régions infestées par Varroa depuis plus longtemps. Il est désormais nécessaire d’appréhender les mécanismes sous-jacents à ces interactions complexes entre abeilles, Varroa et virus, afin d’améliorer les stratégies de lutte contre Varroa et de préserver la santé des colonies.

 

(1) Le virus des ailes déformées (DWV), le virus du Cachemire (KBV), le virus de la cellule royale noire (BQCV), le virus de la paralysie chronique (CBPV) et le virus du couvain sacciforme (SBV).

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Contact(s) presse :
Inra presse
Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Référence

Fanny Mondet, Joachim R. de Miranda, Andre Kretzschmar, Yves Le Conte, Alison R. Mercer (2014). Quantitative Virus Dynamics in Honeybee (Apis mellifera L.) Colonies along a New Expansion Front of the Parasite Varroa destructor. PLOS Pathogens. 10(8): e1004323. doi:10.1371/journal.ppat.1004323