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Ouvrez le banc !

Les chercheurs de l’Inra de Thonon explorent une caractéristique des bancs de poissons qui pourrait permettre de déterminer l’espèce depuis la surface, sans prélever d’animaux. L’utilisation de ce paramètre spécifique, qui décrit la structure interne du banc, pourrait devenir un outil essentiel d’aide à la gestion des stocks halieutiques.

Banc de glassfish en mer rouge.. © Fotolia, serg_dibrova
Mis à jour le 10/04/2013
Publié le 15/12/2012
Mots-clés : POISSON - bancs - vacuole
Gardons. © MARIE Didier
Gardons. © MARIE Didier
 

La contemplation d’un banc de poissons sous l’eau est un spectacle que l’on n’oublie pas. La puissance de cette masse vivante, avec le bruissement particulier qui l’accompagne, a quelque chose de fascinant, d’un peu menaçant aussi... D’ailleurs, un des principaux bénéfices de la vie en banc est de faire obstacle aux prédateurs tout en diluant le risque individuel, mais pas seulement : au sein d’un banc, les poissons se nourrissent, se reproduisent, se reposent et donc se protègent.

Vu d’un bateau, un banc se présente sous forme d’une tâche sur un écran, dont les paramètres de hauteur, largeur, longueur, surface, volume, énergie, qui sont calculés à partir des données acoustiques provenant de sondeurs ou de sonars, ne permettent pas de déterminer de quelle espèce il s’agit. Or, cette donnée serait essentielle pour mieux connaître les stocks marins et lacustres. Et aussi pour comprendre les interactions entre les bancs, qui créent des opportunités de brassage entre espèces et qui peuvent impacter les processus évolutifs, la transmission de maladies...

Organisation secrète à l’intérieur des bancs

Grâce à un sonar multifaisceaux haute résolution, les chercheurs ont peut-être découvert un moyen de reconnaître l’espèce d’après les caractéristiques de leur banc, plus précisément son organisation interne. Car un banc n’est pas une masse homogène : il présente des zones moins denses, sortes de trous appelés vacuoles, par analogie avec les vacuoles cellulaires. Les chercheurs ont montré que le nombre de ces vacuoles par rapport au volume du banc dépend de l’espèce. En d’autres termes, certaines espèces ont des bancs plus « ajourés » que d’autres. Cette particularité pourrait correspondre à des traits de comportement ou des avantages adaptatifs, par exemple, une nage plus rapide en présence de prédateur.

Cette relation entre la structure interne du banc et l’espèce a été démontrée de façon indirecte pour deux espèces de poissons, la perche et le gardon, dans le lac d’Annecy. Lors d’une première étude, en 2004, les chercheurs ont découvert que tous les bancs observés, plusieurs centaines, se répartissaient en deux catégories, ayant un rapport nombre de vacuoles/volume différent. Or, les proportions des deux catégories de bancs, 65 et 35%, correspondaient justement à celles des deux espèces présentes, estimées par des prélèvements de poissons effectués grâce à un chalut. « Cette corrélation nous a mis la puce à l’oreille, explique Jean Guillard, de la station Inra de Thonon-les-Bains. Nous avons pu la vérifier en 2008 (1), car alors la population de perche est devenue majoritaire dans le lac, passant à plus de 93%. Or, nous n’avons retrouvé qu’une seule des deux catégories de bancs, celle qui correspondait déjà à la perche en 2004 ».

Les lacs, laboratoires des océans

Si les lacs sont des systèmes plus simples que les océans en termes de nombres d’espèces, d’espace plus restreint, de facilités de navigation, les chercheurs ambitionnent tout de même de valider leur hypothèse en mer, sur des bancs d’anchois, de sardines, de mulets... Ils se sont mobilisés avec des collègues de l’IRD (Patrice Brehmer, UMR LEMAR) et du CNRS (Philippe Roux, UMR ISTerre) pour présenter un projet auprès de l’Agence nationale de la recherche en 2013. Il s’agit, d’une part d’améliorer les méthodologies de mesure, d’autre part d’étudier la signification de la spatialisation des vacuoles, en collaboration avec des spécialistes en éthologie du CNRS de Toulouse (Jacques Gautrais, UMR CRCA). Pour certains auteurs, ces vacuoles pourraient permettre une plus grande mobilité des individus lors de brusques changements de direction, ou être liées à l’existence de micro-groupes.

(1) Grâce à un soutien du département « Ecologie des Forêts, Prairies et milieux Aquatiques » de l’Inra.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques
Centre(s) associé(s) :
Dijon Bourgogne Franche-Comté