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Síntomas de flavescencia dorada en cepa roja de Cabernet Sauvignon. © Sandrine Eveillard

La flavescence dorée de la vigne

L’origine de la flavescence dorée

Les études génomiques ont permis de montrer que les souches de phytoplasmes responsables de la flavescence dorée sont d'origine européenne et qu'elles pré-existaient dans des plantes sauvages telles que l'aulne et la clématite, avant d'être introduites dans la vigne. L'insecte vecteur Scaphoideus titanus est d'origine américaine. Il aurait été introduit en France lors de l'importation de porte-greffes américains pour lutter contre le mildiou et le phylloxera, au début du 20siècle. Scaphoideus titanus aurait largement contribué à l'expansion rapide de la flavescence dorée en France et en Europe.

Par Pascale Mollier - Julien Chuche - Denis Thiéry - Daciana Papura - Sylvie Malembic - Alain Blanchard - Xavier Foissac
Mis à jour le 06/09/2016
Publié le 26/03/2013

Clématites infectées par la flavescence dorée.. © inra, Jean-Luc Danet
Clématites infectées par la flavescence dorée. © inra, Jean-Luc Danet

La flavescence dorée est une maladie d’origine européenne, présente au départ sur des plantes sauvages, telles que l’aulne et la clématite. Ce n’est que relativement récemment que l’introduction du vecteur Scaphoideus titanus en provenance d’Amérique de Nord a accéléré son expansion dans la vigne (Vitis vinifera).

 La flavescence dorée pré-existait chez des plantes sauvages en Europe

A partir du séquençage du génome du phytoplasme de la flavescence dorée, des marqueurs génétiques ont été isolés. Ils ont permis d'étudier la diversité moléculaire des phytoplasmes de la flavescence dorée afin de mieux comprendre l’origine de cette maladie, d’identifier de nouveaux réservoirs et de suivre la propagation des différentes souches au vignoble. Ces études ont montré l’origine européenne du phytoplasme de la flavescence dorée, avec comme réservoir hôte originel des plantes sauvages, dont l'aulne et la clématite. En effet, les souches des trois groupes génétiques de phytoplasmes responsables de la flavescence dorée (FD 1, 2 et 3) sont identiques ou proches de certains isolats présents dans l'aulne. Ces phytoplasmes auraient pu être transmis accidentellement à la vigne par une autre cicadelle Oncopsis alni, comme l'a démontré une équipe allemande. Des phytoplasmes identiques à des souches de type FD3 ont aussi été identifiés dans des clématites blanches à proximité de parcelles de vignes mais également dans des zones non viticoles en Italie et dans les Balkans. Des études italiennes ont noté la présence d’insectes fréquentant les clématites en sous-bois et la présence de Scaphoideus titanus de manière sporadique sur cette plante. Un fulgore Dictyophara europaea a aussi été observé dans ces écosystèmes, or on sait qu’il peut être porteur de phytoplasmes identiques à la souche FD 3 et capable de l’inoculer à la vigne. Il y a donc plusieurs hypothèses pour expliquer le passage du phytoplasme des plantes sauvages vers la vigne.

Quoiqu'il en soit, la maladie a été caractérisée pour la première fois en 1949 sur la vigne en Armagnac. Cette année-là, la flavescence dorée ne concernait que très peu de ceps regroupés dans une zone géographique restreinte.

S. titanus aurait ensuite accéléré la transmission de la flavescence dorée de vigne en vigne.

Toutefois, la faible diversité génétique, la rapidité de propagation au vignoble ainsi que l’absence de différences de virulence entre souches suggèrent que les souches prédominantes aujourd’hui ont été propagées par le transport de plants de vignes contaminés, relayé ensuite par la transmission naturelle par l’insecte vecteur.

Le vecteur majeur S. titanus est arrivé en Europe au début du 20e siècle

D’après les données historiques, la cicadelle S. titanus a été accidentellement introduite d'Amérique du Nord en Europe au début du siècle dernier. Dans sa zone d’origine, peu d'individus sont observés sur les vignes cultivées, la plupart des captures sont réalisées dans le compartiment sauvage, principalement sur des espèces sauvages de Vitis. En Europe, la cicadelle a été observée pour la première fois en 1958 dans un vignoble du sud-ouest de la France et s'est répandue rapidement dans une grande partie du vignoble français, puis a colonisé l’Italie, la Suisse, le Sud et une grande partie du Centre de l'Europe.

La caractérisation génétique des populations de S. titanus américaines et européennes  a pu montrer que les populations européennes proviennent d’une seule introduction depuis les États-Unis (un haplotype majoritaire en Europe) et que la région viticole de la côte Est des États-Unis est l’origine la plus probable des populations européennes.

L’introduction de la cicadelle pourrait être liée aux intenses importations de bois de vigne depuis les États-Unis destinées à lutter contre la crise du mildiou et la crise phylloxérique en Europe, et qui, dans leur grande majorité ont été effectuées avant 1930. Pendant cette période, un grand nombre d’œufs de S. titanus ont probablement été introduits à plusieurs occasions et en provenance de la même région du Nord des États-Unis. La reconnaissance des voies de colonisation en Europe seront des éléments indispensables pour évaluer ‎l'impact des méthodes de lutte sur la dissémination des populations introduites.‎

Références

- Arnaud, G., Malembic-Maher, S., Salar, P., Bonnet, P., Maixner, M., Marcone, C., Boudon-Padieu, E. et Foissac, X. 2007. Multilocus sequence typing confirms the close genetic inter-relatedness between three distinct flavescence dorée phytoplasma strain clusters and group 16SrV phytoplasmas infecting grapevine and alder in Europe. Applied and Environmental Microbiology,73: 4001-4010.

- Papura, D., Giresse, X., Delmotte, F., Danet, J. L., van Helden, M., Foissac, X. et Malembic-Maher, S. 2009. Comparing the spatial genetic structures of the Flavescence dorée phytoplasma and its leafhopper vector Scaphoideus titanus. Infection Genetics And Evolution,9: 867-876

 - Malembic-Maher, S., Salar, P., Filippin, L., Carle, P., Angelini, E. et Foissac, X. 2011. Genetic diversity of European phytoplasmas of the 16SrV taxonomic group and proposal of 'Candidatus Phytoplasma rubi". International Journal of Systematic and Evolutionary Microbiology,61: 2129-2134.

 - Papura, D., Burban, C., van Helden, M., Giresse, X., Nusillard, B., Guillemaud, T. et Kerdelhue, C. 2012. Microsatellite and mitochondrial data provide evidence for a single major introduction for the neartic leafhopper Scaphoideus titanus in Europe. PLOS ONE, 7: 1-13.

L'insecte vecteur a été identifié avant l'agent pathogène

La nature de la maladie n'a pas été immédiatement élucidée. Une des premières hypothèses émises était que la flavescence dorée résultait d'une asphyxie des racines. Caudwell propose alors l'hypothèse d'une jaunisse à virus. Cette catégorie de maladie étant transmise par un vecteur animal, on a recherché ce vecteur et trouvé la cicadelle S. titanus en 1958 dans un vignoble bordelais. Ce n’est que quelques années plus tard que l'agent pathogène a été mis en évidence lorsque les techniques de microscopie ont permis d’observer ces organismes de très petite taille, et grâce à la mise au point d’un système expérimental constitué d’une autre cicadelle et de la fève pour plante hôte.