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L’escargot qui terrasse les oomycètes

Longtemps confondus avec des champignons, les oomycètes forment une famille de pathogènes qui menacent l’agriculture et l’aquaculture et contre lesquels nous ne disposons toujours pas de moyen de lutte spécifique. Une équipe de l’Institut Sophia Agrobiotech a décelé, chez un escargot d'eau douce, une protéine qui pourrait remplir ce rôle.

Escargot d’eau douce Biomphalaria glabrata. Producteur d'une protéine, BgLBP/BPI1, ayant des propriétés protectrices contre les oomycètes pathogènes de plantes.. © Inra, Christian Slagmulder
Par Armelle Favery - Clément Delorme
Mis à jour le 24/01/2014
Publié le 06/01/2014

Les oomycètes sont des micro-organismes filamenteux aquatiques qui parasitent les plantes et les animaux. Responsables de maladies dévastatrices comme le mildiou de la pomme de terre ou la fonte des semis (pourrissement des jeunes pousses en cours de germination), ces pathogènes représentent un vrai danger pour l’agriculture et l’aquaculture. Problème, à l’heure actuelle, il n’existe pas de moyen de lutte spécifique connu contre ces organismes et le traitement des maladies  qu’ils engendrent nécessite un recours massif à des produits phytosanitaires toxiques pour l'environnement.

 Une protéine déjà connue

Cependant, cette situation pourrait changer rapidement. En effet, les chercheurs de l’équipe de Sophia (1) viennent de déceler l’activité anti-oomycète d’une protéine largement produite dans le monde du vivant, et notamment par l’Homme.

Cette molécule  a été révélée grâce à un petit invertébré qu’on trouve sous les tropiques dans les mares, marais ou même tuyaux d’égouts, riches en organismes pathogènes : l’escargot d’eau douce Biomphalaria glabrata. « Pour assurer leur descendance, ces mollusques pondent leurs œufs en grappe et les recouvrent d’un gel protecteur. En étudiant sa composition, nous avons constaté qu’une seule et même protéine, BgLBP/BPI1, représentait 60% de la totalité des protéines qui composent ce film protecteur », explique Christine Coustau, directrice de recherche au CNRS et co-signataire de la publication dans la revue PLoS Pathogens. « Nous connaissions déjà cette protéine pour ses propriétés antibactériennes, mais une telle concentration a attiré notre attention et nous avons cherché à vérifier si son rôle n’était pas plus important encore. »

 Un rôle préventif et curatif

L’intuition est bonne. In vitro, les souches oomycètes Phytophtora, pathogène des plantes, et Saprolegnia, pathogène des poissons, pourtant très différentes, ne survivent ni l’une ni l’autre à une exposition à BgLBP/BPI1. In vivo, les œufs pondus par les escargots chez qui l’on a inhibé la production de la protéine sont attaqués par des oomycètes, contrairement aux œufs bénéficiant d’une quantité normale de la molécule. En fait, la protéine s’attaque aux zoospores des oomycètes qui représentent le stade mobile et infectieux. Ainsi, la protéine pourrait à la fois soigner directement la maladie et empêcher qu’elle se répande.

 Une solution écologique

Cette protéine pourrait donc s’avérer être une arme très efficace pour protéger les ressources agricoles et aquacoles contre les oomycètes. « Pour lutter contre ces organismes, nous sommes pour le moment contraints de recourir à des produits chimiques très puissants qui n’atteignent malheureusement pas que les pathogènes, » indique la chercheuse. « Avec les nouvelles normes européennes, ce type de produits non-spécifiques sont progressivement interdits. La protéine d’escargot pourrait donc représenter une alternative. » D’autant plus que, non contente d’être spécifique des oomycètes, elle est biodégradable, ce qui constitue un avantage environnemental supplémentaire. Cette protéine suscite tout naturellement l’intérêt de l’industrie phytosanitaire.

 Un brevet déposé

Devant l’enjeu économique lié à cette découverte, l’Inra a déposé un brevet  qui couvre l’utilisation de protéines de la même famille que celle produite par les escargots d’eau douce pour lutter contre les maladies à oomycètes.

 (1)  Unité mixte de recherche Inra /Université de Nice Sophia Antipolis /CNRS

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement, Environnement et agronomie
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Référence

Baron O L, van West P, Industri B, Ponchet M, Dubreuil G, Gourbal, B, Reichhart J-L, Coustau C. 2013. Parental Transfer of the Antimicrobial Protein LBP/BPI Protects Biomphalaria glabrata Eggs against Oomycete Infections. PLoS Pathog 9 (12): e1003792. doi:10.1371/journal. ppat.1003792