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Les pins européens résistent bien au feu

Parmi les pins qui peuplent les forêts méditerranéennes, très exposées aux incendies, le pin des Canaries, le pin maritime et le pin parasol, sont les mieux armés pour survivre au feu. Ce classement, établi dans le cadre du programme de recherche européen Fire Paradox dont l'Inra est l'un des acteurs, sert d'aide à la décision pour une gestion plus rationnelle des forêts, avant ou après incendie, ainsi que pour la maîtrise des brûlages dirigés.

L’un des majestueux pins laricio du domaine qui jouxte le bâtiment de l’unité INRA-URFM occupé par des membres de l’équipe, Domaine Saint Paul, Pôle Agroparc, Avignon – Montfavet,Il a fait tourné la tête du photographe,Vue en contre plongée, 29 juillet 2008, © SLAGMULDER Christian
Par Service de presse
Mis à jour le 03/10/2014
Publié le 05/08/2009
Mots-clés :

Chaque année, 500 000 hectares de forêts méditerranéennes brûlent, principalement en Espagne, Portugal, France, Italie et Grèce. En cause : les conditions climatiques et le type de végétation. Mais pas seulement, car les incendies sont également provoqués par des incinérations agricoles ou forestières, les décharges à ciel ouvert, les lignes à haute tension, les changements d'usage des territoires forestiers et les imprudences. Le passage d'une tempête peut aussi accroître le risque d'incendie en augmentant les quantités de bois mort inflammable à terre et en entravant les interventions des pompiers. Ainsi, les feux touchent également l'ouest de la France2, la Pologne et plus au nord, la Finlande et la Suède.
« 95 % de ces feux de forêts sont causés par des activités humaines. Il faut donc apprendre à vivre avec, en exploitant ce que la science nous dit. C'est tout l'enjeu de Fire Paradox, un consortium européen de recherche pour mieux lutter contre les feux de forêts méditerranéennes, en constante augmentation, » explique Eric Rigolot, coordinateur adjoint du programme, également directeur adjoint de l'unité de recherche de l'Inra « Écologie des forêts méditerranéennes » et spécialiste de l'écologie du feu, la science qui étudie les effets du feu sur les écosystèmes.

Organiser les connaissances scientifiques

Le chercheur, avec ses partenaires portugais et espagnols, a comparé les principales essences de pins des forêts d'Europe en fonction de leur résistance au feu : pin d'Alep (Pinus halepensis), pin radiata (P. Utilisation du brûlage dirigé pour réduire la quantité de combustible dans un peuplement de pin pignon (Var). © LEGRAND C.
Utilisation du brûlage dirigé pour réduire la quantité de combustible dans un peuplement de pin pignon (Var). © LEGRAND C.
radiata), pin parasol aussi appelé pin pignon (P. pinea), pin maritime (P. pinaster), pin des Canaries (P. canariensis), pin noir (P. nigra) et pin sylvestre (P. sylvestris). Leur classement initial se fonde sur la morphologie des pins, données recueillies d'après observation ou expérimentation de l'ensemble de la communauté scientifique internationale.

D'une part, il inclut les caractéristiques individuelles des arbres : l'épaisseur de l'écorce (cette dernière protège les tissus vivants et assure la croissance de l'arbre en diamètre) ; le feuillage3, en l'occurrence les aiguilles ; les branches, qui portent les bourgeons, organes de la croissance en longueur (ils sont protégés du choc thermique par des écailles plus ou moins épaisses et par un manchon d'aiguilles vertes) ; l'architecture de l'arbre (sa forme peut préserver des flammes les organes vitaux que sont les bourgeons et les graines abritées dans les cônes) ; etc. D'autre part, le classement prend en compte les caractéristiques reproductives de l'espèce. Comment cette espèce se régénère-t-elle ? Sera-t-elle avantagée par le passage du feu ? A ce titre, les pins ont la particularité de ne se reproduire que par graine et même, de constituer des banques de graines dans les cônes. Nombreuses, ces graines survivent plusieurs années, protégées par un état de " dormance " et physiologiquement non actives. Autre particularité, la sérotinie, observée chez le pin d'Alep et le pin maritime : leurs cônes sont enduits de résine. Le feu, en faisant fondre la résine, permet l'ouverture des écailles du cône et fait tomber les graines. Ces deux particularités témoignent de l'adaptation évolutive des pins aux feux fréquents.

Par ailleurs, la sévérité des blessures au feuillage ou au tronc provoquées par l'incendie, qui influence grandement la mortalité de l'arbre doit aussi peser dans le classement de la résistance au feu des pins. C'est pourquoi les chercheurs ont développé pour chacune des espèces un modèle calculant les chances de survie après un incendie. Ce modèle intègre comment l'intensité du feu, son temps de résidence au pied de l'arbre et la longueur des flammes, marquent l'arbre.

Les pins européens, adaptés aux attaques du feu

Au final, parmi les sept pins classés, le pin des Canaries (le seul à développer une régénération par bourgeonnement4, qui l'avantage), puis le pin maritime suivi du pin parasol, sont les mieux adaptés pour survivre au feu. Un feu de faible intensité est cependant bien toléré, même par les espèces réputées sensibles au feu comme le pin d'Alep et le pin radiata. Si le feu est intense, toutes meurent mais leur capacité à se régénérer est très forte : les pins sont les premières espèces à recoloniser un milieu incendié. En pleine lumière et sur un sol fertilisé par les cendres, les jeunes plants se développent vite et bien. Ils sont nettement avantagés par l'effet débroussailleur du feu par rapport aux feuillus. Cette régénération naturelle ne nécessite généralement pas de replantation.

« En introduisant de la rationalité là où prévalait l'empirisme, ce classement permet d'orienter le choix des forestiers notamment quand ils doivent sélectionner des arbres à conserver après le passage du feu, » complète Eric Rigolot. Ainsi, après incendie, dans l'exemple d'une forêt composée de pins parasol et d'Alep, malgré des dégâts apparemment similaires, il sera inutile d'abattre les pins parasol qui ont davantage de chances de survie. Dans le cas d'un aménagement préventif de coupure de combustible, les forestiers pourraient supprimer en priorité les essences les moins résistantes au feu, comme le pin d'Alep. Ces conclusions sont également essentielles pour la pratique du brûlage dirigé, plus facile à mettre en œuvre sous les pins les plus résistants au feu.

(1) An innovative approach of integrated wildland fire management : http://www.fireparadox.org

(2) En Gascogne, la forêt des Landes couvre un million d'hectares de pins maritimes.

(3) Le terme " feuillage ", comme ceux de houppier, couronne ou frondaison, désigne toute la partie feuillée de l'arbre.

(4) Le pin des Canaries est capable de générer un bourgeon directement sur son tronc, c'est-à-dire à partir de cellules normalement programmées pour assurer une croissance en diamètre et non en longueur !

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Éric Rigolot, François Pimont. Unité de recherche Écologie des forêts méditerranéennes (URFM)
Département(s) associé(s) :
Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Décrypter les paradoxes du feu

L'objectif de Fire Paradox, projet scientifique européen, est de disposer d'outils efficaces pour combattre les feux - en augmentation - de forêts méditerranéennes, améliorer les politiques de gestion de ces forêts et jeter les bases d'une nouvelle législation. Pour cela, le feu doit être compris dans tous ses aspects : des circonstances où il apparaît, son comportement, ses effets sur l'arbre, à ses impacts socio-économiques.

L'originalité du projet repose sur l'acceptation du paradoxe du feu. Agent destructeur, il est aussi bénéfique : on peut l'utiliser en prévention pour débroussailler avec le brûlage dirigé ainsi que dans la lutte comme contre-feu, pour venir à bout d'un incendie.
36 partenaires de 16 pays touchés par les feux de forêts s'impliquent dans ce projet, de 2006 à 2010.

Référence

Paulo M. Fernandes, José A. Vega, Enrique Jiménez, Eric Rigolot. Fire resistance of European pines. Forest Ecology and Management, 256 (2008) 246-255.