• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer
Des vaches laitières de race Montbéliarde sont traites par leur éleveur sur un quai de traite mobile en alpage (massif des Bauges, Savoie). © Inra, MEURET Michel

Avril 2015, suppression des quotas laitiers…et après ?

Comment les quotas ont-ils modifié le secteur laitier français ?

Les quotas laitiers ont permis de maîtriser les volumes de production laitière et, du moins en France, ils ont contribué à maintenir une activité laitière dans de nombreux territoires, y compris dans les zones défavorisées de montagne. Au cours des dix dernières années, cependant, la production laitière s’est maintenue plus difficilement dans les zones de polyculture-élevage.

Par Vincent Chatellier
Publié le 27/03/2015

Bovin. Race bovine Aubrac. Midi Pyrenées. Traite manuelle. Récolte du lait. © CATTIAU Gilles
Bovin. Race bovine Aubrac. Midi Pyrenées. Traite manuelle. Récolte du lait. © CATTIAU Gilles

Les quotas ont-ils eu un impact sur la production de lait dans les différents territoires ?

Le mouvement de concentration territoriale de la production, constaté avant la mise en œuvre des quotas, a été nettement freiné depuis 1984. Les trois régions de l’Ouest (Basse-Normandie, Bretagne et Pays-de-la-Loire) ne sont pas parvenues, tout au long des trois dernières décennies, à augmenter leur contribution relative à l’offre nationale de lait (entre 46% et 49%), ce malgré l’existence d’avantages comparatifs. En dépit de la volonté politique de maintenir le lait dans de nombreux territoires, un recul assez significatif de la collecte a été observé dans certaines zones spécialisées en céréales ou de polyculture-élevage à faible densité laitière. Le recul de la collecte a été de 32% en Poitou-Charentes et en Aquitaine, 24% en Midi-Pyrénées, 22% en Bourgogne et 20% dans la région Centre (contre 8% en moyenne nationale).

Les quotas ont-ils freiné la restructuration des exploitations ?

Si les quotas laitiers ont sûrement favorisé un rythme de restructuration des exploitations plus lent que ce qui serait advenu avec une autre option de régulation (baisse des prix), ils n’ont pas empêché que celle-ci se fasse en raison des progrès considérables inhérents à la productivité des facteurs de production. Ainsi, le nombre d’exploitations livrant du lait à l’industrie est passé, en France, de 385 000 en 1983 à seulement 67 000 en 2014, soit une division par plus de cinq des effectifs. Ce recul est encore plus important (division par au moins dix des effectifs) dans les régions (Alsace, Aquitaine, Bourgogne, Centre et Poitou-Charentes) où la production céréalière occupe une place importante. Les 67 000 exploitations laitières résiduelles assurent, en moyenne, une production de 367 000 kg de lait par an (8 500 d’entre elles ont un quota supérieur à 600 000 kg et 20% des vaches laitières sont localisées dans des étables de plus de 100 vaches laitières). Avec 21% des exploitations laitières françaises, les zones de montagne fournissent 14% de la collecte de lait. Les formes sociétaires jouent désormais un rôle essentiel dans la production laitière nationale (21% de collecte laitière résultent des exploitations dites « individuelles »).

Les modèles techniques ont-ils beaucoup évolué depuis trente ans ?

Oui clairement et à plusieurs niveaux : l’augmentation des rendements laitiers a été régulière et a entraîné une division par deux des effectifs de vaches laitières en trente ans ; la maîtrise des paramètres techniques (alimentation, reproduction, etc.) est désormais plus grande, mais les coûts de production varient encore fortement d’une exploitation à l’autre ; l’amélioration des technologies modifie les rapports au travail dans ce secteur astreignant et offre l’opportunité de disposer d’informations précises sur les performances individuelles des bovins, etc. La diversité des modèles de production reste cependant toujours importante en France, en raison surtout de l’hétérogénéité des milieux naturels (relief, climat et potentiel agronomique des sols) et des disponibilités foncières (qui influent sur le niveau d’intensification). Ainsi, les modèles productifs recouvrent des réalités bien différentes, avec : des systèmes herbagers dans les zones de montagne, plus ou moins orientés vers les filières fromagères de qualité ; des systèmes intensifs et spécialisées à base de maïs ensilage et avec des surfaces parfois modestes dans l’Ouest ; des systèmes diversifiés avec une part conséquente de céréales dans les zones intermédiaires. La diversité de ces modèles est une richesse pour le territoire et pour l’abondance des produits finis en aval.

Références

Lelyon B., Chatellier V., Daniel K., 2012. Fin des quotas laitiers, contractualisation et stratégies productives : enseignements d'une modélisation bioéconomique. INRA Productions animales, 25 (1), 72-150. PDF.

Martin B ; Lherm M., Béranger C., 2014. Evolutions et perspectives de l’élevage des ruminants dans les montagnes françaises, INRA Productions animales, 27 (1), pp 5-16. PDF.

Perrot C., Caillaud D., Chatellier V., Ennifar M., You G., 2014. La diversité des exploitations et des territoires laitiers français face à la fin des quotas. 21èmes Rencontres Recherches Ruminants, Paris, 8 p. PDF.