L’interprétation, parce qu’elle ressemble à des croyances, a été écartée de la science moderne, au profit de la déduction et de la généralisation. Pourtant l’histoire des sciences nous montre son rôle permanent tant dans les sciences humaines que de la nature. C’est elle qui relance la fécondité dans les moments de compréhension difficile.. © Inra

Penser l'éventuel

L’interprétation, parce qu’elle ressemble à des croyances, a été écartée de la science moderne, au profit de la déduction et de la généralisation. Pourtant l’histoire des sciences nous montre son rôle permanent tant dans les sciences humaines que de la nature. C’est elle qui relance la fécondité dans les moments de compréhension difficile.

Publié le 11/04/2017

Dans toute science, il y a des préoccupations, des inquiétudes et donc des interprétations

Le positivisme, qui reste une référence majeure dans les pratiques actuelles, est responsable de cette situation. Il cherche les commandements auxquels se soumet la nature. Cependant, après la période de conquête, nos inquiétudes sur l’environnement appellent une science plus ouverte, plus compréhensive des éventualités.

Nicolas Bouleau montre que le coeur du problème est d’utiliser dans la science les matériaux interprétatifs que sont les craintes. Prolongeant et concrétisant les idées de Hans Jonas, il décrit le travail d’élaboration de craintes désintéressées par une enquête sur un être supposé, comme par exemple l’agent de transmission de la maladie de la vache folle.

L’ouvrage porte plus largement sur la façon de penser l’éventuel dans les relations des humains avec leur contexte.

 

 

Nicolas Bouleau est mathématicien, ancien directeur d’unité au CNRS. Il a enseigné l’histoire et la philosophie des sciences à l’université Paris-Est et à Sciences-Po. Auteur de plusieurs essais en économie financière, sur la modélisation et sa critique, ainsi que sur la perte de sens dans la quantification des risques, il étudie actuellement les relations entre la technique, l’économie et l’environnement.  

 

Penser l’éventuel

Faire entrer les craintes dans le travail scientifique 

Editions Quae – coll. Sciences en Questions – 216 p., 2017 – 21 euros

Extrait

« La fabrication de connaissances se fait toujours selon les principes des siècles derniers. Sans doute s’agit-il d’une question moins pressante, mais elle conditionne l’avenir. Orienter le travail des chercheurs vers plus d’attention aux réactions de la biosphère est devenu une nécessité pressante et durable. La science se fait actuellement sur des bases agressives et triomphantes qui ne sont plus adaptées aux problèmes que nous rencontrons. Cela vaut dans tous les domaines, y compris pour les recherches mi-théoriques mi-appliquées qui sont menées à l’Inra concernant les écosystèmes, la génétique, la nutrition ou la santé. Dans les biotechnologies et l’agro-alimentaire, en particulier, on a l’impression que la science lance des directives à la nature en lui supposant une résilience infinie. »