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Paris (7e)

21 juin 2018

Sciences en question

Sciences en questions : La « climatisation du monde » : anatomie d’un processus

Le changement climatique est devenu le problème environnemental paradigmatique de notre temps. Référence incontournable des débats écologiques, il symbolise, pour certains, la démesure et l’insoutenabilité de nos modes de vie.

Comment l’urgence climatique et sa prise en charge politique affectent-elles la manière dont nous abordons d’autres enjeux globaux ? Comment faire sens du décalage grandissant entre un constat scientifique de plus en plus alarmiste et une gouvernance globale qui apparaît impuissante face à la dégradation du climat ?

Mis à jour le 21/06/2018
Publié le 30/05/2018
Mots-clés :

Sciences en questions SC. Aykut. © Inra
Sciences en questions SC. Aykut © Inra


Stefan C. Aykut est sociologue et politiste, professeur junior à l’Université de Hambourg. Il a étudié à Berlin (Freie Universität), à Istanbul (Sabanci University) et à Paris (EHESS). Ses recherches se situent au croisement d’une sociologie de l’international, des sciences politiques et de la sociologie des sciences et de l’expertise. Elles visent à comprendre les transformations contemporaines des modes de gouvernement et d’organisation sociale face à la crise écologique globale.

Dans cette conférence, je développerai tout d’abord l’hypothèse d’une « climatisation du monde », lors de laquelle le climat devient le prisme dominant à travers lequel sont abordés d’autres enjeux globaux, comme la biodiversité, la sécurité, les migrations… A cela répond une « globalisation de la question climatique », puisque l’arène climatique est appelée à intégrer de plus en plus de thématiques, de la transformation de l’économie mondiale et la gestion de ses conséquences sociétales, en passant par les questions d’équité Nord/Sud, jusqu’aux enjeux d’alimentation et d’agriculture. Traditionnellement abordés dans les négociations sur l’adaptation, ces derniers interviennent également dans les débats concernant l’atténuation du réchauffement via des techniques de séquestration du carbone dans le sol (initiative 4 pour mille) et sous-sol (biomasse-énergie couplée au captage et séquestration du carbone). Ce processus double de climatisation/globalisation reste toutefois partiel et sélectif : en « cadrant » le climat comme un problème d’environnement et de pollution, les négociations ont focalisé l’attention sur les émissions de gaz à effet de serre plutôt que sur les facteurs socioéconomiques qui les causent (tels que la globalisation économique et financière, ou la non-régulation des marchés d’énergies fossiles). Cette vision réduite du problème a entravé sa prise en charge efficace.

Je m’intéresserai ensuite à l’accord de Paris (2015) et au nouveau cadrage de la question climatique qu’il institue. Celui-ci substitue aux obligations contraignantes le volontariat des Etats et du secteur privé. En prônant une logique de mobilisation tous azimuts, il accélère le mouvement de climatisation et vise à en faire un instrument de gouvernement. Cette nouvelle gouvernance que je qualifierai d’« incantatoire » s’appuie sur la répétition d’objectifs (pieux : contenir le réchauffement à 1,5°C) et des rituels de réunions globales qui affirment « l’esprit de Paris » et construisent le grand récit enchanteur d’une « planète en transition ».

La conférence terminera avec une discussion : quels rôles respectifs de la recherche et du politique dans cette nouvelle gouvernance ? Quels risques et opportunités le nouveau cadrage des questions climatiques comporte-t-il ? Quelles visions du futur, au-delà du récit enchanteur véhiculé par les institutions internationales ?

Télécharger la présentation complète de cette conférence : Flyer SC. Aykut

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