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Illustration épigénétique. © Inra

Epigénétique et élevage : des retombées dans quelques années

Acclimatation des poulets de chair

Un processus d’acclimatation des poulets à la chaleur pendant l’embryogenèse (dans l’œuf) s’accompagne d’effets à long terme sur les animaux, affectant leur température interne, leur métabolisme, leur axe hormonal thyroïdien. Les travaux de l’Inra suggèrent l’implication de  mécanismes épigénétiques dans cette adaptation.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 10/07/2014
Publié le 22/05/2014

. © Inra, Anne Collin
© Inra, Anne Collin

Les poulets de chair sont produits massivement dans des pays au climat chaud, bien qu’ils ne soient pas adaptés naturellement à des températures élevées. Au Venezuela par exemple, 10% des mortalités en fin de cycle d’élevage sont attribuées à la chaleur. Celle-ci induit une réduction de la consommation alimentaire, une hyperventilation qui peut générer une alcalose respiratoire, et l’augmentation d’hormones de stress telle que la corticostérone.

Des années de recherche ont permis de mettre au point un processus d’acclimatation embryonnaire, qui consiste à exposer les œufs à la chaleur de manière cyclique (12 h par jour à 39,5°C du septième au seizième jour d’incubation). Les poussins issus de ces œufs acquièrent une thermotolérance, dont une équipe Inra s’emploie à étudier le déterminisme (1).

Des différences zootechniques et physiologiques

Les poulets « acclimatés » ne présentent pas de différences visibles à l’éclosion des œufs, leur rendement en filet n’est pas modifié au bout de 35 jours d’élevage.

Ils possèdent cependant une température interne plus basse, phénomène qui pourrait en partie s’expliquer par une concentration plasmatique moindre en hormone thyroïdienne T3, hormone qui stimule la production de chaleur (2). Lors d’une exposition à un coup de chaleur, ces poulets présentent aussi une température cutanée plus élevée au niveau de la crête, comme le montre l’utilisation de la thermographie infrarouge.

Des différences d’expression de gènes liées à des changements épigénétiques ?

Les chercheurs ont étudié les gènes exprimés dans le muscle et comparé les poulets acclimatés à des poulets témoins (3), en conditions de température normale d’une part, et d’autre part lors d’un coup de chaleur de 5h à 32 °C.

En conditions de température normale, il y a peu de différences entre les animaux acclimatés et les animaux témoins : seulement une trentaine de gènes sont exprimés de manière différentielle. Par contre, lors du coup de chaleur, les animaux acclimatés expriment différentiellement six fois plus de gènes que les animaux témoins. Ces gènes sont impliqués dans des fonctions relatives au métabolisme, à la vascularisation et à la réponse au stress.

Ces changements d’expression de gènes pourraient être causés par des altérations de marques épigénétiques, notamment au niveau de la méthylation de l’ADN. Une étude préliminaire dans le muscle suggère en effet que le taux de méthylation de l’ADN est globalement plus faible chez les poulets acclimatés que chez les poulets témoins. Une analyse par séquençage systématique du méthylome musculaire est en cours pour valider ces résultats et explorer plus en détail l’impact du traitement d’acclimatation sur l’épigénome des oiseaux (4).

En conclusion, il est important de mieux comprendre les mécanismes physiologiques, biochimiques et moléculaires qui sous-tendent l’acclimatation embryonnaire chez le poulet pour mettre en évidence des marqueurs favorisant la robustesse des animaux. De plus, cette stratégie d’acclimatation nécessite une évaluation globale, en termes de taux d’éclosion des œufs, coûts de production et consommation énergétique, bien-être et santé des animaux et,in fine, d’avantages pour l’éleveur et le consommateur.

(1) Equipe Métabolisme de Oiseaux, Croissance et Adaptation, INRA, UR83 Recherches Avicoles, F-37380 Nouzilly ; Projet ANR-09-JCJC-0015-01, THERMOCHICK (2009-2013).

(2) Loyau et al., 2013

(3) Dont les œufs sont exposés à 21°C

(4) Méthylome : analyse de la méthylation sur la totalité de l’ADN génomique, réalisé en collaboration avec l’UMR1388 GenPhySE Génétique Physiologie et Systèmes d'Elevage, Centre Inra Toulouse. Projet EpiTherm (départements Inra Physiologie Animale et Systèmes d’Elevage et Génétique Animale).

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage, Génétique animale
Centre(s) associé(s) :
Val de Loire

Références

- Collin, A., Bedrani, L., Loyau, T., Mignon-Grasteau, S., Métayer-Coustard, S., Praud, C., De Basilio, V., Requena Rodon, F., Bastianelli, D., Duclos, M.J., Tesseraud, S., Berri, C., and Yahav, S. (2011). Embryo acclimation: an innovative technique to limit mortality during thermal stress in chicken. INRA Prod. Anim. 24(2): 191-197.

- Loyau, T., Berri, C., Bedrani, L., Métayer-Coustard, S., Praud, C., Duclos, M.J., Tesseraud, S., Rideau, N., Baéza, E., Chartrin, P., Hennequet-Antier, C., Everaert, N., Yahav, S., Mignon-Grasteau, S., Collin, A. (2013). Embryo thermal manipulations modifies the physiology and body compositions of broiler chickens reared in floor pens without altering breast meat processing quality, J. Anim. Sci. 91(8): 3674-3685.