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L’exercice intense est plus efficace que l’exercice modéré chez les adolescents obèses

L’exercice physique intense est une voie prometteuse pour perdre du poids chez les adolescents obèses. Une manière de maigrir en évitant les régimes !

Adolescente allongée devant son écran d'ordinateur et verre de lait et bol de céréales. © Fotolia, DURIS Guillaume
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 09/08/2016
Publié le 07/07/2016

Une étude menée à l'Inra en 2015-2016 montre que, pour maigrir, mieux vaut pédaler de façon intense pendant 45 minutes que de façon modérée pendant 1h30… Les adolescents obèses soumis à ce régime peuvent réduire leur prise alimentaire jusqu’à 31 % sans avoir de sensation de faim. Cet effet est durable dans le temps, comme le montre le suivi actuel d’une cohorte de 32 adolescents présentant une obésité sévère (1). Ces adolescents, suivis sur onze mois, maigrissent, perdant entre 7 et 20 kilos selon les individus.

L’exercice intense agit sur les peptides gastro-intestinaux et sur le cerveau

Les chercheurs ont montré que l’exercice physique intense pourrait agir sur la ghréline, une hormone sécrétée par l’estomac qui stimule la prise alimentaire (2). En diminuant la sécrétion de ce peptide, et en stimulant celle d’un autre peptide gastro-intestinal antagoniste, appelé PPY, l’exercice physique intense diminue la prise énergétique.

L’exercice intense corrige un dysfonctionnement

Fait remarquable, cela ne marche que chez les adolescents obèses : l’exercice intense ne fait pas maigrir les adolescents de poids normal. Pour expliquer cette observation, les chercheurs avancent que l’exercice intense corrige un dysfonctionnement, c’est-à-dire qu’il rétablit des concentrations normales de ghréline et de PPY chez les sujets obèses, mais ne modifient pas le taux de ces substances lorsqu’elles sont à un niveau normal.

Des résultats très récents indiquent aussi que l’exercice physique intense agit au niveau du système nerveux central, diminuant l’attention à l’alimentation.

Ce travail ouvre des perspectives de prise en charge de l’obésité infantile sans imposer un régime alimentaire, qui constitue la plupart du temps un frein à la réussite des traitements.

 

(1) Adolescents de  12 à 15 ans ayant un indice de masse corporelle de 35-36 kg/m² (80 à 135 kg).

(2) La ghréline est un peptide qui agit sur une zone de l’hypothalamus, les noyaux arqués, qui secrètent eux-mêmes des neuropeptides agissant sur la prise énergétique.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • David Thivel Laboratoire AME2P (Adaptations métaboliques à l’Exercice en conditions Physiopathologiques), Université Clermont Auvergne
  • Beatrice Morio Laboratoire CarMeN (Cardiovasculaire, Métabolisme, Diabétologie et Nutrition) UMR INRA 1397, CENS Lyon.
Département(s) associé(s) :
Alimentation humaine
Centre(s) associé(s) :
Auvergne - Rhône-Alpes

Références

Thivel D et al. 2012. The 24-h energy intake of obese adolescents is spontaneously reduced after intensive exercise: a randomized controlled trial in calorimetric chambers. PLoS One 7(1):e29840

Thivel D et al. 2012. Acute exercise and subsequent nutritional adaptations: what about obese youths? Sports Med. 42(7):607-13

Fearnbach SN et al. 2016. Reduced neural response to food cues following exercise is accompanied by decreased energy intake in obese adolescents. Int J Obes (Lond). 40(1):77-83.

Bruxelles, sculpture représantant un vélo sur laquelle est autre vélo est accroché. © Inra, NICOLAS Bertrand

Protocole de l’étude

L’exercice physique est défini comme « intense » quand il mobilise plus de 70 % de la capacité maximale moyenne du sujet. Le protocole utilisé avec les adolescents obèses (2015-2016) comprend quatre séances d’exercice par semaine et compare l’effet d’un exercice intense (pédalage rapide pendant 45 min) et d’un exercice plus modéré (pédalage plus lent pendant 1h30). La prise énergétique est calculée à partir des aliments consommés. Cette étude montre que l’exercice intense diminue de façon durable la prise énergétique. La mesure des taux de peptides gastro-intestinaux qui contrôlent la prise énergétique confirme cet effet dans le temps : ces taux sont ramenés durablement à la normale.

Ne pas confondre appétit et prise énergétique

La prise énergétique semble indépendante de la sensation d’appétit. Un sujet peut déclarer qu’il a faim, mais consommer moins de calories. C’est ce que montrent plusieurs études depuis 2008. Corrélativement, une méta-analyse de la littérature montre que l’exercice physique peut agir de manière contradictoire sur l’appétit et sur la prise énergétique.