• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

La microbiologie du sol au service de la grotte de Lascaux

Grâce à leur expertise sur les microorganismes du sol, les microbiologistes de l’Inra ont été sollicités en 2007 pour identifier des champignons indésirables dans la grotte de Lascaux.

Inoculum ectomycorhizien ; le champignon a été inclus dans une bille de gel d'alginate de calcium (diamètre : environ 3 mm). Après mise en place dans le sol, on voit les filaments du champignon qui poussent hors de la bille et vont former des mycorhizes sur les racines les plus proches.. © Inra, GARBAYE Jean
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 19/09/2016
Publié le 16/09/2016

Située sur la commune de Montignac en Dordogne, la grotte de Lascaux est connue pour ses peintures et gravures datant de 17 000 ans.

Elle est fermée au public depuis 1963, à la suite de l’apparition d’algues vertes, favorisée par l’éclairage mis en place pour les visites. Mais d’autres microorganismes, en particulier des champignons, donnent régulièrement des sueurs froides aux conservateurs et aux pouvoirs publics.

Un champignon entraîne l’autre

Etat d'une peinture pariétale en 2000 dans la grotte de Lascaux. Dordogne. Image du Ministère de la culture et de la communication, Centre national de la préhistoire.. © MCC
© MCC
Etat d'une peinture pariétale en 2007. Apparition de taches noires de champignon du genre Ochroconis.Grotte de Lascaux, Dordogne.. © MCC
© MCC

Progression des taches noires entre 2000 et 2007. L’ellipse souligne la surface affectée. Images du Ministère de la culture et de la communication, Centre national de la préhistoire.

En 2001, ce sont des mycéliums blancs de Fusarium qui envahissent le sol et les parois de la grotte, sans toutefois atteindre les peintures. Ce champignon régresse après trois ans de traitement avec un biocide. Cependant, quelques mois après le premier traitement, un nouveau champignon apparait, noir celui-là. Discrètes pendant quelques années, les taches noires deviennent manifestes en 2007 et menacent les peintures.

Le remède est parfois pire que le mal

Les microbiologistes de l’Inra (1) sont appelés en renfort. Avec des collègues espagnols, ils identifient le champignon responsable des tâches noires, du genre Ochroconis et en décrivent deux nouvelles espèces, les bien nommées O. lascauxensis et O. anomala. Mais surtout, ils montrent que ce champignon est capable d’utiliser les produits de dégradation du biocide comme sources de carbone et d’azote. Autrement dit, les traitements utilisés pour éradiquer un champignon blanc ont vraisemblablement favorisé le développement d’un champignon noir. Echec et mat sur le damier fungique…

Traiter en continu n’est pas la solution

Une grotte n’est pas un milieu fermé, elle ne peut être isolée des microorganismes qui circulent via l’air extérieur et les infiltrations d’eau. Pour Claude Alabouvette (2), sollicité lors des deux épisodes fungiques, il est évident que la grotte est naturellement occupée par des microorganismes du sol. « De fait, grâce à l’analyse de l’ADN extrait des échantillons prélevés dans la grotte, nous avons mis en évidence une diversité de microorganismes comparable à celle d’un sol. En fait, tous ces microorganismes sont présents un peu partout dans la grotte, même si on ne les voit pas. Dès lors, il est illusoire de vouloir « stériliser » la grotte avec des traitements répétés, de même qu’il est impossible d’éradiquer un microorganisme du sol, même avec un biocide puissant, comme nos expériences antérieures de désinfection des sols nous l’avaient montré », raconte le chercheur.

La question est plutôt d’éviter la prolifération visible de microorganismes dans les zones sensibles, en particulier en contrôlant au mieux le microclimat de la grotte, température, humidité, lumière… et en poursuivant la surveillance microbiologique, car les microorganismes évoluent rapidement.

 

     (1) UMR Microbiologie du sol et environnement, actuellement UMR1347 Agroécologie Dijon

      (2) Aujourd’hui en retraite.

Référence

Pedro Maria MARTIN-SANCHEZ, Alena NOVAKOVA, Fabiola BASTIAN, Claude ALABOUVETTE, Cesareo SAIZ-JIMENEZ. 2012. Two new species of the genus Ochroconis, O. lascauxensis and O. anomala isolated from black stains in Lascaux Cave, France. Fungal Biology 116, 574-589.

Une expertise reconnue en matière d’analyse des communautés microbiennes

L’UMR Microbiologie du sol et environnement de l’Inra de Dijon est devenue l’UMR « Agroécologie ». Son champ d’étude s’est élargi à l’étude des agroécosystèmes à différentes échelles spatiotemporelles.

L’UMR possède une expertise reconnue en matière de caractérisation des communautés microbiennes des sols et a créé en 2008 la plateforme « GenoSol ». GenoSol est une structure unique en Europe, dont les missions s’articulent autour de trois activités principales : une plateforme technique de caractérisation moléculaire du métagénome microbien, un système d’information sur la diversité microbienne des sols et de l’environnement, et un conservatoire des ressources génétiques microbiennes. Ce conservatoire compte à ce jour plus de 8 500 échantillons de sols.