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Une histoire de longueur de N

Des chercheurs de l’Inra ont montré que le raccourcissement d’une protéine de surface du virus de la grippe aviaire prédispose des souches issues de canards sauvages à infecter le poulet. Ce raccourcissement détermine également sa virulence chez le poulet. Cette découverte aide à l’anticipation et à la gestion des risques en élevage aviaire.

Virus de la grippe pandémique A (H1N1) 2009 © M.C. Prévost, M. Desdouits et P.E. Ceccaldi, S. Van des Werf et N. Naffakh, J.M. Panaud, Institut Pasteur.
Mis à jour le 21/01/2015
Publié le 14/01/2015

À l’origine des grippes humaines et animales : La même famille de virus ! Du genre Influenza de type A, cette famille possède de nombreux sous-types liés à la combinaison de deux de leurs protéines membranaires, l’hémagglutinine (16 variations de H1 à H16) et la neuraminidase (de N1 à N9). Les grippes saisonnières humaines sont de type H1, H2 ou H3 associé à N1 ou N2. Quinze sous-types, H1 à H15, se trouvent chez les oiseaux mais seuls trois (H5, H7 ou H9) sont pathogènes.

Surtout présente chez les oiseaux sauvages et domestiques, la grippe y circule constamment, hébergée dans leur tube digestif. « Les volailles sont en permanence porteuses de plusieurs virus grippaux très peu pathogènes, » explique Jean-Luc Guerin vétérinaire et virologiste aviaire à l’Inra, Avec son équipe, il étudie les mutations ponctuelles des virus : « Les virus aviaires faiblement pathogènes sont très peu étudiés malgré leurs rôles de précurseurs de souches très pathogènes. Ces virus, comme tous les virus ARN, ont une variabilité génétique très forte . Très créatifs, ils se recombinent en permanence pour générer des communautés très complexes qui peuvent évoluer rapidement.» détaille-t-il.  Grâce au séquençage génétique à haut débit, son unité Interactions Hôtes-Agents Pathogènes dissèque dans des élevages de canards et de dindes cette biodiversité et d’éventuels mutants minoritaires.

En 2012, l’équipe a ainsi identifié dans un virus une petite séquence génétique capitale qui lui a conféré son adaptation sur des dindes… et sa virulence! En infectant un élevage de dindes et un élevage de canards avec une souche virale faiblement pathogène (H6N6), les chercheurs se sont rendu compte qu’au bout de 8 jours, les dindes étaient majoritairement infectées par un virus « mutant ». Alors qu’il n’était qu’à l’état de traces chez les canards. Cette mutation, modifiant la longueur de la neuraminidase, a rendu le virus pathogène pour la dinde. « La vitesse de l’adaptation du virus d’une espèce à une autre est remarquable ! Ce raccourcissement de la protéine a permis au virus de passer de l’intestin de la dinde à son appareil respiratoire et de devenir pathogène », conclut Jean-Luc Guerin, « ces découvertes génétiques nous aident à identifier encore plus finement les virus aviaires : nous serons bientôt capables, en analysant la séquence originale d’un virus prélevé sur une espèce, de savoir à quelle espèce il sera adapté et quelle virulence il aura ! »