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Questions sur les aliments issus d’animaux clonés

Le clonage est utilisé à l'Inra comme outil de recherche pour l'acquisition de connaissances. L'institut a ainsi développé une expertise originale basée sur le clonage d'espèces agronomiques. Il s'interroge sur les clones en élevage en étudiant les risques qui seraient liés, en particulier en matière d'alimentation humaine, et mène une réflexion éthique sur le clonage animal. Il souhaite ouvrir son dispositif et ses résultats expérimentaux au niveau européen.

Clones somatiques issus d’une vache donneuse. ,De droite à gauche : la vache n°38 (isolée) donneuse de cellules de peau puis ses 17 clones par ordre d’âge croissant (de 3 mois à 4 ans). © NICOLAS Bertrand
Publié le 12/04/2007

Quel est l'intérêt d'utiliser, le cas échéant, le clonage d'espèces agronomiques par rapport au clonage de souris ?

Aujourd’hui c’est chez les ruminants (surtout bovins) et le porc que le clonage par transfert de noyaux donne les meilleurs résultats techniques. Le bovin est l’espèce dans laquelle le recours aux techniques de maîtrise de la reproduction est le plus avancé et son génome est en voie d’être complètement séquencé. C’est aussi une espèce, de grande taille et à gestation longue, particulièrement adaptée pour suivre in vivo les conséquences sur le développement fœtal des aléas de la reprogrammation de l’activité des gènes du noyau, différencié au départ mais qui acquiert à nouveau, à la suite du clonage, les fonctions d’un noyau embryonnaire. Il apparaît que ces aléas affectent fréquemment le placenta et donc les relations nutritionnelles entre la mère et le fœtus cloné avec pour conséquences des dérégulations métaboliques qui peuvent affecter la santé des clones après leur naissance. Mieux connaître l’ontogénèse de ces dérégulations physiologiques - qui peuvent laisser leur marque très longtemps après la naissance - permettra de mieux comprendre l’origine embryonnaire et fœtale de pathologies de l’adulte.

Envisage-t-on de cloner des animaux pour l'élevage ?

En France, on ne produit pas, par clonage, d'animaux destinés à une production de viande ou de lait. Les clones pourraient toutefois déjà permettre de "sauver" occasionnellement des animaux d'élevage de génotype exceptionnel (taureaux de haute valeur génétique accidentés, hongres aux performances élevées), ou de phénotype aux caractéristiques extrêmes intéressantes (durabilité) ou des individus rares (représentants de races menacées d’extinction).
Le clonage, associé à la transgenèse permettrait aussi de créer des animaux modèles, pour des recherches biomédicales.
Aujourd’hui les produits des animaux clonés à partir de noyaux de cellules différenciées somatiques ne peuvent pas être utilisés dans la chaîne alimentaire. Toutefois l'évolution actuelle observée aux USA et au Japon, deux pays où les produits issus de clones, notamment de leurs descendants, pourraient être commercialisés dans les prochains mois (ou les prochaines années), pourrait déboucher sur la commercialisation de tels produits dans certaines zones du monde.
Dans ce contexte, il est nécessaire d'engager des recherches pour connaître le risque associé à l’utilisation des clones et surtout de leurs descendants. Ce travail de grande ampleur devrait être réalisé en collaboration avec les organismes professionnels concernés, et en dialogue avec la société. Ce risque, évalué à partir d'études toxicologiques et nutritionnelles normalisées est à ce jour considéré comme négligeable dans des rapports récents américains ou japonais. En Europe, ce n'est pas le cas, aussi il fera l’objet de recherches dans le futur programme européen intégré Sabre (Sustainable Anima Breeding), sur le statut épigénétique des animaux.
La question de l’utilisation éventuelle des produits de clones dans la chaîne alimentaire a déjà fait l’objet de deux réunions organisées par la Commission Européenne, auxquelles l'Inra a participé :

  • l’une en juin 2005 au Centre de prospective de Séville,
  • l’autre en novembre 2005 à Prague dans le cadre d’une action spécifique de la Commission Européenne, le programme "Cloning in public".

Des experts de la direction d’étude des risques alimentaires et de la protection de la santé des consommateurs de la commission participaient à ces réunions.

L'Inra anticipe en étudiant les risques qui pourraient être liés à la consommation de produits issus d'animaux clonés

Dès 2003, l’Inra et l’OCDE ont organisé un colloque sur la maîtrise des risques liés aux produits issus du clonage animal qui a eu lieu à Jouy-en-Josas, du 21 au 23 Novembre.
L’Inra a décidé de développer sur ce sujet une expertise indépendante pour pouvoir étudier les risques encourus par la consommation de produits issus d’animaux clonés. Pour ce faire, l'institut a lancé en 2002 une expérimentation pluridisciplinaire rassemblant 3 unités de l'Inra de Jouy-en-Josas et de Clermont-Theix, des unités mixtes Inra-INA P-G, Inra-ENV Alfort et Inra-ENV Nantes pour étudier divers aspects (zootechniques, physicochimiques, nutritionnels, sanitaires et allergéniques) de la qualité de la viande et du lait issus de clones bovins.
Des équipes de sciences humaines, sociologues et philosophes participent à ce travail pour mieux connaître la représentation des clones et des produits des clones dans la société.
Ainsi, entre 2003 et 2005, des troupeaux de 40 clones bovins et 40 bovins témoins ont été étudiés par 15 scientifiques de 7 équipes, coordonnés par Yvan Heyman (Inra Jouy-en-Josas). Les animaux ont fait l'objet d'une surveillance constante : examens cliniques réguliers, étude de la croissance et du comportement alimentaire, étude du génome, étude de la composition des muscles et du lait.
Cette mise en place rapide a été possible grâce au savoir-faire de "l'unité commune d'expérimentation animale" de l'Inra de Jouy-en-Josas, gérée par 20 agents Inra qui conduisent en routine un élevage de 250 bovins et ont obtenu la naissance de 77 bovins issu de clonage somatique depuis 1998.
 et a été présenté par Yvan Heyman lors du symposium de Pré-Conférence de l‘”International Embryo Transfer Society” le 6 janvier 2007 à Kyoto “Comparison of cloned and noncloned cattle and their product evaluation over a 3 year period”.

L’étude de la qualité du lait et de la viande de vaches clonées a mis en évidence des différences légères entre clone et non-clone, notamment dans la composition en acides gras du lait et des muscles dans la première année de vie des clones. Ces différences s’estompent au-delà de cette période. L’évaluation nutritionnelle du lait et de la viande n’a pas montré de différence entre les vaches clonées et non clonées.

Au vu de ces résultats, les chercheurs considèrent que le risque évalué par les méthodes toxicologiques et nutritionnelles associé à la consommation alimentaire des clones est très limité, voire nul mais doit tenir compte de l’âge des animaux, qui se révèle être un critère important.

Au-delà de ces paramètres, la décision de faire entrer les produits issus de clones dans la chaîne alimentaire est une véritable question de société sur laquelle les chercheurs de l’Inra suggèrent de prendre en compte tous les facteurs dans une approche pluridisciplinaire incluant les sciences sociales.
Une autre publication sur ce sujet intitulée “Quality and safety of bovine clones and their products”, de Y. Heyman et collaborateurs, est actuellement sous presse dans la nouvelle revue internationale ANIMAL.
L'Inra souhaite ouvrir cette expérimentation, dont il n’existe aucun équivalent dans d’autres pays, à la communauté scientifique européenne pour une étude qui rassemblerait un large éventail de compétences internationales et pourrait servir de base à des réflexions ouvertes. Ainsi, l’approche originale de ce programme pluridisciplinaire pourrait être proposée comme cadre d’une prochaine action de recherche européenne.

L'institut mène une réflexion éthique sur le clonage

Dès 1999, le comité d’éthique et de précaution de l’Inra (Comepra) a été sollicité et donné son avis sur les recherches concernant le clonage animal.
En ce qui concerne l’acquisition de connaissances, le Comepra affirme que "le progrès des connaissances scientifiques est un bien intrinsèque ; les possibilités offertes à la recherche fondamentale sont donc de nature, indépendamment d’une perspective de valorisation économique, à justifier de tels travaux." Il ajoute que "les souffrances doivent être limitées au maximum". De fait aujourd'hui, un pourcentage non négligeable de clones sont porteurs d’anomalies et meurent généralement dans le jeune âge. Le Comepra rend donc un "avis de principe favorable sur le clonage animal, sous les réserves indiquées", en particulier la nécessité de limiter les souffrances occasionnées par la technique aux animaux. Cette recommandation est mise en application par les chercheurs. En outre, ceux-ci ont instauré dans les laboratoires de nouvelles pratiques de débats sur l’éthique de l’expérimentation animale.
En parallèle, le Directeur scientifique "Animal et produits animaux" de l'Inra a mis en place une cellule de réflexion sur ce thème qui doit explorer ses conséquences scientifiques et socio-économiques.
Par ailleurs, le département de "Physiologie animale et systèmes d'élevage" au sein duquel les travaux sur les clones sont conduits, a mis en place un dispositif d'évaluation "a priori" des expérimentations à conduire dans le domaine du clonage. Ce dispositif encadre strictement les expérimentations selon leur nature : recherche seule, recherche biomédicale, ou à objectif agronomique.

Le devenir des clones étudiés à l'Inra

À l'Inra, les animaux clonés et leurs descendants sont euthanasiés, et leurs produits détruits à l'issue de leur utilisation à des fins scientifiques et ne passent donc pas dans la chaîne alimentaire.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage
Centre(s) associé(s) :
Jouy-en-Josas

Le clonage : un outil de recherche fondamentale

Le clonage est une technique utilisée en embryologie expérimentale pour étudier les interactions entre le noyau des cellules et leur environnement cytoplasmique. Cette technique se révèle être un remarquable outil de recherche, pour mieux connaître le potentiel de différenciation des cellules embryonnaires au début du développement de l’embryon de mammifères.

Le clonage permet aussi d’obtenir un animal à partir du noyau d’une cellule somatique (cellule différenciée non germinale), provenant d’un autre animal. Pour cela on introduit le noyau de la cellule - "cellule donneuse" - dans un ovule prélevé sur une femelle de la même espèce puis énucléé - "cellule receveuse". Le noyau de la cellule donneuse, différencié au départ, acquiert à nouveau, à la suite du clonage, les fonctions d’un noyau embryonnaire. L’embryon produit est ensuite introduit dans l’utérus d’une autre femelle dite receveuse où il pourra poursuivre son développement à terme. L’animal qui en résulte est appelé le clone de celui sur lequel a été prélevée la cellule donneuse du noyau.
   
Le clone et l’animal donneur ont le même ensemble de gènes nucléaires. Ils sont donc très proches génétiquement mais ils ne sont pas pour autant génétiquement identiques. En effet, contrairement aux vrais jumeaux, dans la cas du clonage, l’ADN mitochondrial transmis par la mère (l’ovocyte receveur) est différent d’un clone à l’autre : il est issu du cytoplasme de chacun des ovules utilisés pour reprogrammer l’activité du noyau de chaque cellule donneuse. Les clones ne sont pas non plus des "copies conformes" car le génome ne détermine pas toutes les caractéristiques d’un individu : les facteurs épigénétiques et les facteurs environnementaux participent au développement d’un organisme vivant. N’étant pas issus directement d’une reproduction sexuée les clones ont une identité génétique particulière : ce sont de "nouveaux" animaux. Ils permettent à la recherche de mieux connaître la part réelle des gènes dans l’identité biologique d’un mammifère.