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Sciences de la nutrition et avenir de l’agriculture

De plus en plus, c’est la demande qui crée l’offre alimentaire. Analyse prospective des facteurs qui influencent cette demande…

Visuel de l'article de présentation de la revue de l’Académie d’agriculture : « Sciences de la nutrition et avenir de l’agriculture » par Léon Guéguen, 8 pages, 28 octobre 2013.. © Inra, Véronique Gavalda
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 15/06/2016
Publié le 15/01/2016

Cet article présente la revue réalisée par Léon Guéguen pour l'Académie d'agriculture de France.

C’est la demande qui induit l’offre

Du fait de la mondialisation, et notamment des facilités de transport, les modes d’alimentation dépendent de moins en moins des productions agricoles locales et de plus en plus de la demande des consommateurs, elle-même influencée par l’information, la publicité et la grande distribution. C’est maintenant la demande qui crée l’offre alimentaire.

La demande va-t-elle beaucoup évoluer ?

. © Inra
© Inra

La demande du consommateur est principalement déterminée par la tradition (1), le goût et le prix, plus que par les connaissances nutritionnelles scientifiquement établies.

De plus, ces dernières ne vont probablement pas beaucoup évoluer, si tant est que la nutrition avance « à petits pas ». Les besoins de l’Homme et de l’Animal sont bien connus, ainsi que la liste des nutriments indispensables. Les nouvelles connaissances ne devraient pas apporter de « révolutions » sur l’impact de l’alimentation sur la santé. Elles concernent des résultats à portée pratique limitée : effet antioxydant des polyphénols, vertus de la vitamine D, rôle de certains acides gras, etc.

          (1) Cette notion englobe les habitudes, les religions et l’ensemble des facteurs culturels.

Haro sur la viande ?

. © Inra, C Poulain
© Inra, C Poulain

Entre 2005 et 2011, la consommation d’aliments d’origine animale a baissé de 15 % aux Etats-Unis. Cette baisse est motivée par des arguments de santé (rejet des lipides saturés), d’inquiétudes pour l’environnement (énergie, GES, eau) et de sécurité alimentaire mondiale (concurrence avec les céréales).

Cependant, malgré l’influence déclarée « convaincante » de la viande rouge sur le cancer colorectal, le bilan bénéfice/risque de la consommation de produits carnés reste à discuter, compte-tenu de l’apport de fer héminique hautement biodisponible et de vitamine B12 (2).

En ce qui concerne l’environnement, l’alimentation des animaux monogastriques (porcs, volailles) peut prêter à critique pour sa concurrence avec l’alimentation humaine, mais ce sont par ailleurs leurs produits qui seront l’objet de la plus forte demande dans les pays émergents. Quant  aux herbivores, ils sont les seuls à valoriser les fourrages cellulosiques et leur présence est souvent indispensable pour assurer la durabilité en agriculture biologique ou en agriculture vivrière des pays pauvres. De plus, il ne faut pas oublier le lait, tributaire de l’élevage et dont la demande est aussi appelée à augmenter fortement dans les pays émergents.

           (2) Voir l'article sur le cancer colorectal et le fer héminique. 

Le « tout bio » ?

. © © INRA, CAUVIN Brigitte
© © INRA, CAUVIN Brigitte

Le marché du bio, qui ne représente actuellement que 2 % environ des aliments consommés en France, est sans doute appelé à se développer. Il est cependant difficile de prévoir l’ampleur de cet expansion, et donc de son effet sur les modes de production agricole. Entre les 3 % de la SAU actuellement en AB et les 20% prévus en 2020 par le Grenelle de l’Environnement, il existe un seuil raisonnable et réaliste, de l’ordre de 5-10 %. En effet, malgré les souhaits de « tout-bio » exprimés par certains, plusieurs facteurs modérateurs devraient intervenir parmi lesquels : les productions « conventionnelles » qui deviennent plus durables, la concurrence du bio importé à bas prix avec moins de garanties sanitaires, les rendements très inférieurs constatés en AB (de l’ordre de 50 % pour le blé en France) difficilement compatibles avec les problèmes récurrents de sécurité alimentaire mondiale.

Peu de changements drastiques en vue…

Il est donc peu probable que des considérations nutritionnelles, sanitaires ou écologiques modifient à moyen terme les grandes orientations de la production agricole.

…mais des pistes d’innovations

. © Inra, MAITRE Christophe
© Inra, MAITRE Christophe

Des pistes d’innovations se dessinent néanmoins, telles que le développement de substituts à la viande : produits déjà existants à base de soja (tofu), nouveaux aliments protéiques à base d’insectes, de micro-algues ou de protéines de champignons comme le « quom » (3). L’industrie alimentaire semble de plus en plus mobilisée par la recherche sur ces « meat-free analogues », notamment pour améliorer leur acceptation par le consommateur.

D’autre part, les progrès de la nutrigénomique, de la métagénomique et de la métabolomique pourraient influer sur l’alimentation personnalisée, “médicalement assistée”, en identifiant notamment des marqueurs de déficience. Mais ces innovations ne visent pas une population massive et n’auront sans doute pas d’impact significatif sur  la production agricole.

             (3) Quom : produit de fermentation à partir de Fusarium venenatum du sol.

Quelques chiffres

Agriculture Bio : 2% des aliments consommés en France, 3% de la SAU.

Productions animales :

  • Il faut 3 kcal végétales pour produire 1 kcal animale.
  • Entre 2005 et 2011, baisse de 15 % de la consommation d’aliments d’origine animale aux Etats-Unis.

La revue complète

Lire la revue de l’Académie d’agriculture : « Sciences de la nutrition et avenir de l’agriculture » par Léon Guéguen, 8 pages, 28 octobre 2013 :

Revue de l’Académie d’agriculture : « Science

Sommaire :

  • Considérations relevant des sciences de la nutrition
  1. Considérations générales
  2. Cas particulier des régimes végétariens
  3. Les substituts à la viande
  • Considérations ne relevant pas de la « science »
  1. L’agriculture biologique
  2. La production laitière
  3. Le végétarisme et le végétalisme
  • Quelques références

Avancées de l’Inra dans le domaine

Alimentation mondiale

- Agrimonde, prospective Inra-Cirad (2006-2009), focalisée sur l’équilibre quantitatif entre les besoins et les productions agricoles à l’horizon 2050. L’étude a en particulier examiné un scénario de rupture qui repose sur un équilibrage des consommations alimentaires à 3 000 kcal/jour/habitant dont 2500 d’origine végétale, ce qui sous-tend une augmentation de la consommation alimentaire dans les pays en développement et une diminution dans les pays développés de l’OCDE. Lire l'article.

- Dualine, atelier de réflexion prospective Inra-Cirad (2009-2011) complémentaire d’Agrimonde et centré sur la durabilité de l’alimentation dans la partie aval des filières agroalimentaires, c’est-à-dire de la sortie du champ à l’assiette. Lire l'article.

Protéines animales/végétales

- Métaprogramme DIDIT: programme de recherche sur les déterminants de la consommation des produits animaux et végétaux. A terme, le rééquilibrage de la consommation entre produits animaux et végétaux dans les pays occidentalisés et la maîtrise de la croissance de leur consommation dans les pays émergents sont nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire et environnementale mondiale. Lire l'article

- Film : Atouts et limites de la production de protéines animales (SIA 2013) :

- Film : Accroître l’acceptabilité des protéines végétales par le consommateur : un besoin d'innovation (SIA 2013) :

             

Elevage

- Pour une vue globale des impacts écologiques de l’élevage. Lire le dossier.

- Quizz Elevage et environnement, à venir…

Agriculture biologique

- Panorama des recherches de l’Inra en AB. Lire l'article.

- Film les Mercredis du Pavillon de la France : Le bio peut-il nourrir le monde? Marc Benoit :

Portrait de Léon Guéguen. Léon Guéguen est directeur de recherche honoraire Inra et  membre de l’Académie d’agriculture de France.. © Académie d'agriculture de France

L’auteur

Léon Guéguen est directeur de recherche honoraire Inra et membre de l’Académie d’agriculture de France.

Voir aussi les Archives orales de Léon Guéguen.