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Visuel dossier décryptage

Bien-être des animaux d’élevage, la recherche pour éclairer le débat

Ce que l’élevage de précision peut apporter au bien-être animal

L’élevage de précision permet un suivi individuel des animaux et une détection précoce des troubles de santé ou de comportement. Le temps gagné par l’éleveur peut être idéalement réinvesti dans l’établissement de la relation avec les animaux.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 06/07/2017
Publié le 06/07/2017

. © Inra, NICOLAS Bertrand
© Inra, NICOLAS Bertrand

Le métier d’éleveur a changé : le nombre d’animaux tend à augmenter (voir encadré 2), les charges de bureau s’alourdissent, avec entre autres les exigences de traçabilité et de normes sanitaires. Dans le même temps, les éleveurs aspirent à plus de temps libre. Né dans les années 2000, l’élevage de précision permet de suivre au plus près et individuellement l’état des animaux ou de leur environnement et à ajuster les conditions d’élevage en conséquence. Les dispositifs combinent l'utilisation de biocapteurs et les technologies numériques de traitement des données.

Le concept de l'élevage de précision. © Inra
Le concept de l'élevage de précision © Inra

De nombreux dispositifs ont été conçus pour contrôler l’atmosphère des bâtiments, distribuer les aliments, détecter les chaleurs, garder les animaux au pâturage, etc. (voir encadré 1). Les robots de traite par exemple sont devenus de véritables laboratoires, munis de capteurs qui mettent à profit le moment de la traite pour mesurer l’état général de la vache : rythme cardiaque, température corporelle et activité physique. Plusieurs études ont montré l’avantage de ces technologies pour l’éleveur, en estimant le temps gagné en manipulation par rapport au temps passé à entretenir les appareils et interpréter les masses de données générées (1). Mais l’avantage pour les animaux reste à évaluer.

Un suivi individuel des animaux

Pour Marie-Christine Salaun, « l’élevage de précision est une ouverture importante pour la prise en compte du bien-être animal, parce qu’il permet de suivre les animaux individuellement, ce qui devient quasiment impossible quand la taille des élevages augmente. L’avantage en matière de santé est évident, parce qu’en ciblant les animaux malades, on évite de traiter tout le troupeau ».

On peut par exemple déceler une perte d’appétit chez une truie grâce à une puce fixée à l’oreille qui enregistre la prise alimentaire. « C’est d’autant plus important que les variations entre individus sont très importantes », poursuit Marie-Christine Salaun.

Une détection précoce des troubles de santé et de comportement

Certains appareils permettent de mesurer l’activité comportementale des animaux : ce sont des accéléromètres fixés aux pattes des ruminants ou à l’oreille des porcs. Or, le niveau d’activité des animaux est un bon révélateur de leur état général. « Les animaux ont un rythme d’activité journalier bien défini, avec un pic d’activité le matin et le soir, une activité modérée pendant la journée et faible la nuit. Par exemple, si l’on observe chez une vache une activité anormale la nuit, cela peut indiquer qu‘elle a du mal à se coucher. Ce peut être un signe avant-coureur de mammite. » détaille Isabelle Veissier. Ainsi, les animaux repérés individuellement et précocement peuvent être traités plus efficacement.

Autre exemple, une hyperactivité chez les porcs peut être annonciatrice d’un dérèglement du comportement alimentaire appelé cannibalisme : les porcs se mordent la queue entre eux.

Un risque lié à l’élevage de précision : moins de contacts directs avec les animaux

Le gain de temps pour l’éleveur peut être important : jusqu’à 3h par jour pour 60 vaches laitières avec l’automatisation de l’alimentation, jusqu’à 2h par jour grâce à la détection automatisée des chaleurs pour 400 vaches laitières en vêlages groupés (1).

Cependant, si ces technologies font gagner du temps, elles se substituent à des contacts qui peuvent être agréables avec les animaux, lors de la traite ou de l’alimentation. Si les contacts avec l’éleveur se réduisent aux interventions pénibles, comme les vaccinations ou le parage (2), la relation homme-animal peut en être altérée. Ce risque peut néanmoins être évité si l’éleveur réinvestit le temps gagné en observant les animaux et en établissant des interactions positives avec eux. Ces contacts homme-animal sont irremplaçables (3). De plus, les moments où les animaux ne sont pas contraints par la traite ou l’alimentation, sont favorables pour les observer dans des comportements plus libres. Un éleveur témoigne en ce sens : « avec la traite en moins, je travaille aux logettes, au paillage et surtout au milieu du troupeau. J’observe le troupeau de l’intérieur» (1).

Ainsi, quelque part entre le goût de la technologie et le goût des bêtes, chaque éleveur peut trouver sa voie médiane.

 

(1) Références :

- Hostiou et al. 2014. L’élevage de précision : quelles conséquences pour le travail des éleveurs ? INRA Prod. Anim. 27 (2),113-122. Lire aussi l’article.

- Bocquier et al. 2014. Elevage de précision en systèmes d’élevage peu intensifiés. INRA Prod. Anim. 27 (2),101-112

(2) Parage : soin du sabot des ongulés.

(3) Voir article 5 de ce dossier.

Voir aussi la rencontre professionnelle organisée au Salon de l'agriculture en 2017 : L'élevage de précision aujourd'hui et demain.

Une vaste panoplie d’outils de mesures

Il est difficile de dresser une liste exhaustive des capteurs utilisables, tant ceux-ci sont nombreux et diversifiés.

- Quelques exemples d’outils développés à l’Inra

  • Détection automatisée des chaleurs pour les brebis : dispositif miniaturisé baptisé « Alpha » (brevet Inra/SupAgro). Ce dispositif est particulièrement utile en élevage biologique où il est interdit d’utiliser des traitements hormonaux pour synchroniser les chaleurs. Lire l’article. Pour les vaches : lire l’article.
  • Indicateurs de position et d’activité : accéléromètres (aux pattes des vaches, à l’oreille des porcs) : détection boiteries, mammites, troubles du comportement. Lire l’article.
  • Caméra 3D pour suivre l’état corporel des vaches en lactation. Lire l’article.

- D’autres exemples hors Inra :

  • Pig Cough Monitor : détection des infections respiratoires des porcs par l’enregistrement de la toux.
  • Sow Cam : surveillance automatique de la mise-bas des truies.
  • Pâturage de précision : colliers ou serre-têtes délivrant des signaux sonores à l’approche de la barrière virtuelle ou choc électrique si franchissement.

Alimentation de précision :

  • Mesure de la rumination (coups de mâchoires) (outil pour recherche)
  • Bolus ruminal (1) : mesure du pH du rumen pour détecter les acidoses, fréquentes si la ration est trop dense. Puces RFID à l’oreille pour enregistrer la prise alimentaire et ajuster la ration ou détecter une baisse d’appétit.
  • Distributeurs automatiques de concentrés individuels en fonction de l’état corporel des truies.
  • Puces RFID pour mesurer la consommation individuelle des volailles.

(1) Bâtonnet en céramique avec puce RFID ingéré par la vache et envoyant les mesures de pH à un récepteur.

La taille moyenne des élevages en France

En France, beaucoup de petites exploitations ont disparu depuis les années 2000. La taille moyenne des élevages bovins et porcins reste cependant inférieure à celle de certains pays européens comme les Pays-Bas et le Danemark. Source : France Agrimer 2013 (chiffres 2010-2011).

  Nombre exploitations Nombre de têtes en moyenne
Bovins 195 000 100
Vaches laitières* 83 700 45
Vaches allaitantes 121 000 34
Porcs à l’engrais (porcs et jeunes porcs de plus de 20 kg)** 12 250 1000-1200
Truies 5 900 100-200
Brebis 22 500 200

* Vaches laitières : entre 1993 et 2010, la moitié des exploitations ont disparu et le nombre moyen de têtes est passé de 33 à 45. Les effectifs en bovins et vaches allaitantes se sont quant à eux maintenus entre 2000 et 2010. La taille moyenne des élevages au Danemark est de 90 vaches.

** Porcs : entre 2000 et 2010, les deux tiers des petites exploitations ont disparu. Il reste actuellement 10 700 petits ateliers (9 porcs en moyenne, surtout en Aquitaine et Midi-Pyrénées) contre 42 800 en 2000 (5 porcs en moyenne). On trouve des élevages jusqu’à 1000 truies aux Pays-Bas et Danemark.