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Visuel dossier décryptage

Bien-être des animaux d’élevage, la recherche pour éclairer le débat

Le bien-être animal, un concept en pleine évolution

Pendant longtemps, le bien-être animal signifiait une absence de mal-être. Aujourd’hui, il s’agit de favoriser le bien-être en  intégrant des critères positifs dans son évaluation. C’est ce que propose un ambitieux programme européen appelé Welfare Quality.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 22/08/2017
Publié le 05/07/2017

Cochons somnolants. © Inra, CARRERAS Florence
© Inra, CARRERAS Florence

Depuis sa naissance dans les années 60 au Royaume-Uni, le concept de bien-être animal ne cesse d’évoluer. Sa définition même fait encore l’objet de travaux. L’Anses y consacre actuellement un groupe de travail.

« On est passé d’une définition minimaliste consistant à assurer les besoins vitaux et à limiter les souffrances au désir de maximiser les émotions positives », explique Pierre Le Neindre (1). Les progrès de la neurobiologie contribuent largement à cette évolution, au fur et à mesure que l’on explore les capacités cognitives et émotionnelles des animaux et que l’on connait mieux le fonctionnement de leur cerveau (2).

 L’ensemble des acteurs s’accordent sur le fait que le bien-être animal est un objet de recherche pluridisciplinaire, qui associe physiologie, neurobiologie, éthologie, génétique, philosophie, sociologie, économie.

Construction d’un référentiel européen pour le bien-être animal

En 1992, le Farm Animal Welfare Council, un organe consultatif indépendant créé au Royaume-Uni, établit la notion des « cinq libertés des animaux de ferme » (« Five Freedoms » en anglais). Ces « libertés » constituent désormais un schéma de base pour établir la réglementation européenne concernant les animaux de ferme :

  • Absence de faim et de soif
  • Absence d’inconfort
  • Absence de douleur, de blessure ou de maladie
  • Absence de peur et de détresse
  • Possibilités d’exprimer les comportements normaux de l’espèce.

Ces cinq libertés ont inspiré plusieurs démarches nationales à l’initiative des éleveurs (3) ou des ONG (4). A l’échelle européenne, plus de 200 chercheurs de 13 pays européens se sont associés au sein du programme « Welfare Quality » (5) pour établir un outil commun d’évaluation globale du bien-être des animaux en ferme. Cet outil définit des mesures à réaliser sur le terrain pour chaque type d’élevage, mesures qui se traduisent par des indicateurs agrégés en un score final. Cet outil a été décliné pour les porcs, les volailles et les bovins en conditions d’élevage dit intensif. « C’était une très grosse aventure, pas moins de dix ans de travaux », souligne Isabelle Veissier, qui a coordonné le groupe de travail chargé d’établir le modèle multicritère et le passage au score final.

Illustration de la démarche d’agrégation de critères dans Welfare Quality, d’après Veissier et al. 2010.. © Inra, Isabelle Veissier
© Inra, Isabelle Veissier

Illustration de la démarche d’agrégation de critères dans Welfare Quality, d’après Veissier et al. 2010.

 

L’élevage des vaches laitières passé au crible défini par Welfare Quality

« Ce qui est important dans la démarche Welfare Quality, c’est qu’elle part de l’observation des animaux, donc de leur état réel, et pas du seul examen des rations ou du logement. Elle repose sur une exigence de résultats et non plus sur une exigence de moyens » poursuit Isabelle Veissier.

L’outil Welfare Quality a été appliqué à 131 élevages de vaches laitières en France (6). Onze critères ont été évalués : absence de faim, de soif, de maladie, de blessures et de douleurs ; confort du couchage ; possibilité de mouvements ; accès au pâturage ; comportement social, relation homme-animal et état émotionnel.

Plus de la moitié des fermes ont reçu une qualification finale « moyenne » et plus d’un tiers « bonne ». Réaliser toutes ces mesures est certes très chronophage, mais cela a permis d’identifier les principaux problèmes pour concevoir par la suite un dispositif d’évaluation plus léger et plus opérationnel, en se concentrant sur ces problèmes, à savoir l’écornage, les boiteries et mammites, l’inconfort du couchage, l’état corporel et la relation homme-animal.

Cette étude a aussi montré que les vaches sont en meilleure santé sur de la paille, avec un bon niveau d’engraissement et de propreté. Elles sont moins à l’aise pour se coucher dans les étables à logettes, surtout si celles-ci sont trop petites… ou au contraire trop grandes, car les vaches peuvent se coucher en travers et se blesser avec les éléments de séparation.

« Nous continuons à affiner ces scores et à essayer d’identifier les liens de causes à effets afin de proposer un modèle global de construction du bien-être des vaches laitières et des conseils pratiques. En Espagne, l’évaluation Welfare Quality se traduit par une certification sur le lait. Certains distributeurs français s’intéressent de plus en plus à ces processus d’évaluation du bien-être pour créer des labels pour leurs marques » conclut Isabelle Veissier.

 

(1) Pierre Le Neindre est  directeur de recherche Inra, en retraite. Il a coordonné deux expertises scientifiques collectives Inra, sur les douleurs animales (2009), et récemment sur la conscience animale (2017).

(2) Voir article 3 de ce dossier.

(3) Par exemple, le Guide des bonnes pratiques d’hygiène en France, ou les cahiers des charges hollandais IKB et allemand QS-QualitätundSicherheit.

(4) Par exemple, la marque Freedom Food développée par l’organisation anglaise RSPCA.

(5) Programme Welfare Quality (2004-2009). Plus de 200 chercheurs ou ingénieurs en sciences biologiques ou sociales, issus d’une quarantaine d’organismes de recherche ou de développement de 13 pays européens. Lire l’article. Référence : Veissier I., Botreau R., Perny P., 2010. Évaluation multicritère appliquée au bien-être des animaux en ferme ou à l'abattoir : difficultés et solutions du projet Welfare Quality®. Inra Prod. Anim., 23, 269-284. Consultable.

(6) Bretagne, Rhône-Alpes et Auvergne. Lire l’article.

Poulets lourds séxés de souche Ross 708 élevés au sol et agés de 43 jours.. © Inra, NICOLAS Bertrand

Le consommateur européen peut choisir ses œufs en fonction du type d’élevage des poules

Aujourd’hui, le consommateur européen peut choisir ses œufs en fonction du type d’élevage, indiqué sur la coquille par un numéro. Numéro 0 = élevage bio, numéro 1 = élevage en plein-air, numéro 2 = élevage en bâtiment, numéro 3 = élevage en cages (Règlement EC 1234/2007). Un tel étiquetage, obligatoire pour les œufs, n’existe pas encore pour la viande et le lait.

L’Europe est le lieu où le niveau de protection animale est parmi les plus élevés dans le monde. La réglementation comporte cinq directives et deux règlements :

  • Directive 98/58/EC/Tous les animaux de ferme vertébrés : conditions générales (logement, nourriture, libertés de mouvement, équipements etc.
  • Directive 1999/74/EC/Poules en batterie : interdiction des cages non enrichies depuis le 1er janvier 2012.
  • Directive 2008/119/EC/Veaux : doivent être en groupe au-delà de 8 semaines, voir la lumière du jour et avoir une alimentation équilibrée en fer et fibres.
  • Directive 2008/120/EC/Cochons : les truies sont en groupe et non plus en cases isolées.
  • Directive 2007/43/EC/Poulets de chair : réglementation des densités d’élevage.
  • Règlement 1/2005/Transport des animaux : pas d’animaux affaiblis ou malades, pas de risques de blessures ou d’inconfort, précautions lors du chargement et du déchargement, règles additionnelles pour les longs trajets.
  • Règlement 1099/2009/Abattage : méthodes d’étourdissement standardisées, étourdissement à contrôler, compétence des équipes dans les abattoirs. Critères au moins équivalents et certificats demandés pour les viandes importées.

le bien-être animal est une valeur indépendante des considérations économiques

Le Comité d’éthique Inra-Cirad s’est auto-saisi de la question du bien-être des animaux utilisés à des fins à la fois d’élevage et d’expérimentation, et a rendu son avis en 2015. C’est la première auto-saisine de ce Comité, créé en 2007 et étendu à l’Ifremer en 2016.

« Le bien-être animal est une valeur en soi, en aucun cas justifiée par les seules considérations économiques » peut-on lire dans l’introduction de l’avis. En effet, un animal qui mange bien et grandit bien peut néanmoins souffrir. Le Comité d’éthique a adopté une définition positive du bien-être animal, garante d’une qualité de vie satisfaisante et permettant à l’animal d’exprimer ses comportements naturels et ses préférences. Autrement dit, il faut réfléchir à adapter les conditions d’élevage aux animaux et non l’inverse !

L’avis formule 9 recommandations pour l’Inra et Cirad dont :

  • Poursuivre et approfondir les recherches en matière de bien-être animal.
  • Consolider le réseau scientifique AgriBEA dans son approche pluridisciplinaire. Voir article 10 de ce dossier.
  • Echanger avec les éleveurs.
  • Participer aux débats publics.
  • Participer aux discussions européennes et règles de commerce international.
  • Etre exemplaire dans les unités expérimentales, élaborer une « charte du bien-être animal».

Voir l’avis complet du comité d’éthique Inra-Cirad, 2015.