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Visuel dossier décryptage

Bien-être des animaux d’élevage, la recherche pour éclairer le débat

Les bénéfices réciproques d’une relation homme-animal positive

Le contact physique est un déterminant essentiel de la relation avec l’animal. Les chercheurs ont montré que les caresses ont un effet bénéfique pour les agneaux et les veaux. Ils proposent aux professionnels une formation qui met l’accent sur l’établissement d’une relation positive entre l’homme et l’animal.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 06/07/2017
Publié le 06/07/2017

Animaliers au travail dans l'unité commune d'expérimentation animale de Jouy.. © Inra, BEAUCARDET William
© Inra, BEAUCARDET William

Un groupe de travail composé d’éthologistes, zootechniciens, sociologues et ergonomes ont réfléchi ensemble sur la construction des relations homme-animal (1). Objectif : faire évoluer la formation des éleveurs dans le sens d’un meilleur bien-être réciproque. Interview de Xavier Boivin, éthologue spécialiste des animaux d’élevage.

Comment améliorer la relation homme-animal dans les élevages ?

Xavier Boivin : L’idée du projet est de mettre l’accent sur la construction de la relation homme-animal en considérant les points de vue des deux protagonistes. Côté éleveur, il faut prendre en compte le facteur temps. En effet, une des contraintes du métier d’éleveur est son exigence en présence, mobilisant bien au-delà de 35h hebdomadaires. Beaucoup d’éleveurs déplorent en outre l’accroissement du travail de bureau. Dans ce contexte, quel temps accorder au contact avec les animaux ? La réponse apportée dépend bien sûr de nombreux facteurs, dont le type d’élevage, mais aussi la personnalité de l’éleveur et sa logique d’élevage (2).

Pour les éleveurs, une « bonne » relation se caractérise souvent par l’absence de peur de l’animal, qui leur permet de travailler efficacement et en sécurité. Il faut savoir qu’en élevage bovin, il y  a en moyenne un accident grave par éleveur tous les 4 ans avec arrêt de travail, lié à des coups ou des bousculades. La formation mise en place prône un point de vue positif où il ne s’agit pas seulement d’éviter les désagréments, mais de créer une relation bénéfique. On montre à l’éleveur qu’il a tout à y gagner, non seulement en termes de satisfaction personnelle, mais en termes de production et de santé des animaux.

Qu’apportent les travaux en éthologie sur cette question?

Diminution de la fréquence cardiaque chez des jeunes agneaux qui reçoivent des caresses répétées. Expérience réalisée sur des agneaux en allaitement artificiel.. © Inra
Diminution de la fréquence cardiaque chez des jeunes agneaux qui reçoivent des caresses répétées. Expérience réalisée sur des agneaux en allaitement artificiel. © Inra
X. B. :
L’éthologie se place du point de vue de l’animal et cherche à comprendre son ressenti. Elle se fonde sur l’observation des animaux. Nous avons étudié par exemple les effets des caresses sur des agneaux. Ces caresses leur procurent-t-elles du plaisir ? Nous avons travaillé sur des agneaux placés en allaitement artificiel, ce qui est le cas lorsque la mère ne peut pas les allaiter. On observe souvent des troubles chez ces agneaux, comme une croissance ralentie, des diarrhées, voire une mortalité assez élevée. Si l’on instaure des moments répétés de caresses (3), les agneaux prennent des postures d’apaisement et leur rythme cardiaque baisse sensiblement. Ils manifestent  des signes d’attachement envers l’expérimentateur, comme si celui-ci devenait un substitut maternel. Ces travaux sont encourageants et devraient se prolonger par des enquêtes dans les fermes  pour savoir si les caresses prodiguées par certains éleveurs se traduisent effectivement par une meilleure santé des animaux (4).

D’autres travaux montrent que les veaux qui reçoivent des caresses au moment des repas ont un meilleur état général de santé (5).

De façon générale, les relations établies dans le jeune âge de l’animal déterminent son attitude de peur ou de confiance vis-à-vis de l’éleveur.  Chez l’animal adulte, certaines périodes de la vie sont plus propices à l’établissement de la relation homme-animal : la gestation, la parturition pour la brebis, le sevrage pour l’agneau.

Ainsi passer du temps avec ses animaux est tout sauf du temps perdu. Même dans une optique qui privilégie les objectifs économiques, l’établissement d’une bonne relation avec les animaux peut être considéré comme un facteur de performance. Le temps est le nerf, non de la guerre, mais de la paix…et du bien-être.

 

(1) Projet Casdar « Evaluation du bien-être animal », dans le cadre du Réseau Mixte Technologique « Bien-être animal et systèmes d’élevage ».

(2) Voir aussi article 6 de ce dossier : « Ce que l’élevage de précision peut apporter au bien-être animal ».

(3) Six minutes trois fois par jour par exemple.

(4) Lire l’article.

(5) Lire l’article.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage, Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement
Centre(s) associé(s) :
Auvergne - Rhône-Alpes

Référence

 Boivin et al. 2012. Hommes et animaux d’élevage au travail : vers une approche pluridisciplinaire des pratiques relationnelles. INRA Prod. Anim. 25 (2), 159-168

CD Quality Handling, pour améliorer la relation homme-animal. A destination des éleveurs.. © inra

Un kit de formation multimedia

Un kit de formation, Quality Handling, a été élaboré dans le cadre du projet européen Welfare Quality (1). Fondée sur des années de pratique et d’expérimentation en éthologie des animaux de ferme, cette formation met l’accent sur l’intérêt des comportements positifs (caresses, paroles) dans les contacts routiniers avec les animaux. Etablir une relation apaisée est en effet bénéfique à la fois pour l’animal et pour l’éleveur dont le travail est ainsi facilité. Le kit comporte un DVD comprenant le programme informatique lui-même, des vidéos d’exemples traités, des manuels de formation pour le stagiaire et pour l’encadrant et des éléments de rappel sous forme d’affiches quand l'éleveur sera sur son exploitation.  Le kit peut servir de support pour des formations participatives en petit groupe de professionnels ou dans l’enseignement agricole. Il est aujourd’hui accessible pour l’élevage bovin en français, anglais et allemand, et pour l’élevage porcin et avicole (poules pondeuses) en anglais et néerlandais.

(1) Inra Clermont-ferrand, Institut de l’élevage, Université Vétérinaire de Vienne (Autriche), Université de Wageningen (Pays-Bas), et Université de Monach (Australie)

Lire l'article.