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Visuel dossier décryptage

Bien-être des animaux d’élevage, la recherche pour éclairer le débat

Stress, douleur, souffrance

Des travaux récents mettent en évidence les effets du stress sur la santé et le comportement des animaux d’élevage. Les chercheurs s’emploient  aussi à évaluer le niveau de douleur pour ajuster les traitements antalgiques et à étudier des alternatives pour supprimer les pratiques douloureuses.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 20/07/2017
Publié le 05/07/2017

Troupeau de chèvres .. © Inra, MEURET Michel
© Inra, MEURET Michel

Les conséquences négatives du stress sur le comportement et la santé des animaux

Des travaux récents montrent que les animaux évaluent moins bien les situations lorsqu’ils sont stressés (voir article 4 de ce dossier). Ainsi, des agneaux soumis pendant six semaines à différents désagréments pouvant survenir en élevage (1) sont moins enclins à explorer des situations nouvelles ou ambigües (2). A l’inverse, des agneaux élevés en milieu enrichi (contacts positifs avec l’homme, accès à des brosses et à des jouets…) sont plus aventureux.

De même, des brebis stressées pendant les deux derniers mois de leur gestation présentent une motivation maternelle moindre après la mise-bas. Encore plus intéressant, leurs propres agneaux sont plus craintifs et pessimistes. Néanmoins, ces perturbations comportementales précoces peuvent en partie disparaitre si on les élève par la suite dans un milieu enrichi (accès à des brosses, ajout de jouets, contacts positifs avec l’homme, etc.). Lire l’article.

En plus du comportement, les expériences stressantes peuvent altérer la santé des animaux. On a montré par exemple qu’en introduisant un porc  parmi des congénères non familiers, on perturbe la plupart de ses fonctions immunitaires, le rendant plus vulnérable aux infections. Lire l’article.

Evaluer le niveau de douleur pour la soulager

Il n’est pas toujours facile d’évaluer le niveau de douleur chez un animal malade (mammite, boiterie, infection, …). C’est pourtant indispensable pour définir le traitement antalgique le plus approprié. Certains indicateurs, comme la sécrétion de cortisol ou la tachycardie,  ne sont pas spécifiques et peuvent indiquer un état de stress sans qu’il y ait douleur (voir encadré 1). Pour les rongeurs, les chiens, les chats et les chevaux, il existe déjà des grilles qui combinent un grand nombre d’indicateurs comportementaux et qui permettent d’évaluer le degré de douleur. Une étude menée dernièrement à l’Inra chez les ruminants a permis de développer une approche multiparamétrique et de présélectionner 28 indicateurs pour caractériser la douleur et adapter le traitement antalgique. Lire l’article.

Minimiser les interventions douloureuses

Les animaux d’élevage sont soumis à différentes pratiques de convenance pouvant être douloureuses telles que la castration, l’épointage des dents et la coupe de la queue chez les porcelets, l’écornage chez les bovins et l’épointage du bec chez les volailles. Les travaux de recherche visent essentiellement à objectiver la douleur liée à ces pratiques et à examiner des alternatives dans une démarche qualifiée de « 3 S » pour « Supprimer, Substituer, Soulager » (Voir l’Expertise collective sur les Douleurs animales, 2009 ).

Armelle Prunier a particulièrement étudié les pratiques douloureuses chez le porc : « la douleur du porcelet lors de la castration est évidente. Elle est moins visible lors de l’épointage de dents, mais nos travaux montrent qu’elle est bien présente, entraînant des abcès, des réactions inflammatoires et la production de neuropeptides que nous sommes en train de mesurer ». Cette étude multiparamétrique de la douleur s’est récemment élargie aux ruminants subissant une castration ou un écornage (3).

Des programmes de sélection génétique sont en cours pour éviter ces pratiques de convenance douloureuses. Par exemple, une sélection est en cours sur des porcs dont la carcasse ne présente pas d’odeur, ce qui permettrait de supprimer la castration des porcelets (4). On peut aussi écarter à l’abattoir les carcasses les plus odorantes grâce à une technique appelée « human nose » qui consiste à chauffer le gras de carcasse pour repérer l’odeur. La fiabilité et l’automatisation de cette technique représente un gros enjeu pour la filière.

« Quant à la coupe de la queue des porcelets, elle est interdite en Suède, Finlande, Norvège, Lituanie, Suisse. Mais elle est quasi-systématique en France dans les élevages de porcs sur caillebotis. Elle est destinée à éviter que les porcs en croissance se mordent la queue entre eux. Les travaux expérimentaux montrent que ce comportement de cannibalisme est multifactoriel et que  les conditions d’élevage appauvries jouent probablement un rôle important. Donner assez d’espace aux animaux, enrichir leur milieu avec de la paille devrait permettre de minimiser ces comportements. La paille offre beaucoup d’avantages en termes de bien-être pour le porc : elle lui permet de satisfaire ses besoins de fouissage et de machouillage », conclut Armelle Prunier.

 

(1) Par exemple litière humide, éclairage intempestif la nuit, alimentation retardée, séparations sociales, bruits, etc.

(2) Une expérience type de « situation ambigüe » consiste à placer un seau nouveau entre deux seaux connus par l’animal : le premier est associé à de la nourriture et le deuxième à un stimulus effrayant. L’animal ne connait pas l’effet associé au seau du milieu. S’il est « pessimiste », il rechigne à s’en approcher, anticipant plutôt un effet désagréable. Référence : Doyle R.E., Lee C., Deiss V., Fisher A.D., Hinch G.N., Boissy A., 2011. Measuring judgement bias and emotional reactivity in sheep following long-term exposure to unpredictable and aversive events. Physiology and Behavior, 102, 503-510.

(3) Faure M., Paulmier V., De Boyer Des Roches A., Boissy A., Terlouw E.M.C., Guattéo R., Cognié J., Courteix C., Durand D., 2015. Douleurs animales. 2. Evaluation et traitement de la douleur chez les ruminants. INRA Productions Animales, 28, 231-241.

(4) Programmes ANR UTOPIGE et AROME .

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Armelle Prunier UMR1348 PEGASE Physiologie, Environnement et Génétique pour l'Animal et les Systèmes d'Elevage
  • Alain Boissy UMR1213 UMRH Unité Mixte de Recherche sur les Herbivores
Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage, Génétique animale
Centre(s) associé(s) :
Bretagne-Normandie, Auvergne - Rhône-Alpes

Savoir distinguer et évaluer les états mentaux des animaux

Stress* Douleur* Souffrance* Conscience**

Réaction non spécifique de l’organisme à tous types d’agressions (froid, maladie, menace…)

 Ne s’accompagne pas forcément de douleur.

 Signes :

  • Libération de cortisol, d’adrénaline et noradrénaline
  • Augmentation de la fréquence cardiaque et du rythme respiratoire
  • Pâleur (vasoconstriction périphérique)
  • Divers comportements d’agitation ou au contraire d’apathie
  • Perte d’appétit, de sommeil

Expérience sensorielle et émotionnelle aversive, associée à une lésion tissulaire, réelle ou potentielle (1).

 

Douleur = nociception (2) + émotion + conscience

 

Signes :

  • Cortisol, ACTH, adrénaline et noradrénaline
  • Augmentation de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle, du rythme respiratoire
  • Réactions de retrait, d’évitement
  • Postures antalgiques, cris, expressions
  • Perte d’appétit, de sommeil, angoisse, dépression

Etat émotionnel de détresse associé à une menace physique ou psychique (frustration, inconfort). Dimension psychologique.

 Ne s’accompagne pas forcément de douleur physique.

 Signes :

  • Stéréotypie (actes répétitifs)
  • Apathie, résignation

- Conscience sensorielle : état d’éveil qui permet la perception du monde extérieur. Permet de percevoir la douleur et d’essayer de s’y soustraire.

- Conscience de soi :

  • Reconnaissance dans un miroir (singes, oiseaux, dauphins, éléphants)
  • Appréciation de son propre état de connaissance (rat)

(1) Par exemple, la douleur d’un membre amputé « fantôme », généré par le nerf lui-même, est de type neuropathique, à la différence de la douleur aigüe physiologique ou de la douleur inflammatoire.

(2) La nociception est la première perception d’une douleur physique.

*Source : Expertise collective Douleurs animales, 2009.

** Source : Expertise collective Conscience animale, 2017.

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Favoriser le comportement maternel pour un meilleur développement du jeune

Le comportement maternel de la brebis est étudié à l’Inra depuis les années 70. «  La brebis est un très bon modèle car elle est  particulièrement maternelle, elle accepte difficilement d’autres agneaux que les siens. On peut cependant lui faire accepter un agneau étranger à la naissance en le couvrant de liquide amniotique ou un peu plus tard en stimulant le col de l’utérus, car cela déclenche une émission d’ocytocine, l’hormone de « l’attachement » », rapporte Alain Boissy. On sait maintenant que la brebis reconnait ses petits à leur odeur, impliquant la mise en jeu de structures cérébrales telles que le bulbe olfactif et les noyaux des amygdales (contact : Frédéric Levy).

Les liens maternels et, plus globalement, les interactions sociales sont très importants pour les animaux d’élevage et doivent être pris en compte pour éviter les stress. La séparation de la mère d’avec ses jeunes, de même l’isolement d’un animal de son groupe, sont autant de facteurs de stress pour les animaux d’élevage. Des travaux sont en cours pour pallier l’absence de la mère chez les agneaux élevés en allaitement artificiel et favoriser ainsi leur développement comportemental et leur état sanitaire (contact : Raymond Novak).

Porcs non castrés

Les apports de la sélection génomique

Grâce à la sélection génomique (1), il devient possible de sélectionner des animaux pour des caractères complexes sans forcément connaître les gènes impliqués dans l’expression de ces caractères. Les recherches menées à l’Inra ciblent en particulier la diminution des mammites, une pathologie importante chez les vaches laitières. Un autre programme vise à sélectionner des animaux sans cornes, pour éviter les pratiques d’écornage. La même méthode est aussi explorée pour sélectionner des porcs sans odeur, ce qui permettrait de supprimer la castration des porcelets. Cette méthode pourrait être également développée à l’avenir pour certains caractères comportementaux étant donné la forte variabilité génétique retrouvée pour l’attachement au groupe chez les ovins et la docilité chez les bovins.

(1) Le concept de sélection génomique, développé à l’Inra en 2009 pour les vaches laitières, consiste à établir des relations statistiques entre les génotypes (caractérisés par des milliers de marqueurs) et le phénotype (pour un caractère exprimé) d’un grand nombre d’individus. Grâce à l’identification des marqueurs liés au caractère recherché, on peut orienter la sélection vers l’obtention de ce caractère. Lire l’article.