Illustration du concept du

Fausse viande ou vrai élevage ?

L’élevage de ruminants reste nécessaire

L’élevage de ruminants est critiqué car il est plus émetteur de gaz à effet de serre que l’élevage des monogastriques. Cependant, il joue un rôle essentiel dans les territoires ruraux au sein desquels il assure de nombreux services, économiques, sociaux et environnementaux. Il n’y a pas d’agriculture durable sans cet élevage.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 15/06/2017
Publié le 21/02/2017

Pâturage et stockage de carbone. © Inra, Patricia Perrot
Pâturage et stockage de carbone © Inra, Patricia Perrot

L’élevage de ruminants est irremplaçable pour le maintien des territoires

Les ruminants valorisent plus de 60% de la Surface Agricole Utile (SAU) française, dont de nombreuses zones impropres aux cultures, et sont présents dans plus de 95% des petites régions agricoles françaises. Ils contribuent à entretenir et donc à maintenir des paysages ouverts et diversifiés qui font partie de notre patrimoine culturel. « Sans élevage, le massif central deviendrait une friche puis une forêt. Les prairies permanentes ne seraient plus entretenues et disparaîtraient. Or, elles ont un rôle clé dans la séquestration de carbone dans le sol, réduisant ainsi l’empreinte carbone de l’élevage. Avec les structures associées (bord de champ, haies, talus, fossés,…), elles sont aussi source de biodiversité et fournissent des habitats pour la faune sauvage et les insectes pollinisateurs » développe Jean-Louis Peyraud (1).

L’élevage est aussi un gisement d’emplois important : plus de 800 000 personnes en France exercent un emploi dépendant de l’élevage, toutes espèces confondues, dont 415 000 sur les exploitations et 470 000 dans des emplois indirects (2).

L’élevage est une composante essentielle dans les cycles de nutriments

Les effluents d’élevage représentent en Europe un gisement d’azote et de phosphore presque équivalent (pour l’azote) et même plus important (pour le phosphore) que la quantité d’engrais minéraux apportés aux sols (3).

Ils constituent en outre une source de matière organique indispensable à la fertilité des sols. Les sols des pâturages sont, comme les sols forestiers, plus riches en biomasse que les sols des cultures annuelles. La diversité de leur microflore et microfaune est également plus grande. Ainsi, la bonne valorisation des effluents issus de l’élevage permet de réduire les besoins en engrais de synthèse.

L’élevage nourrit l’homme en valorisant des végétaux non consommables par l’homme

L’élevage est consubstantiel de l’agriculture : outre la production de matière organique fertilisante, il valorise les coproduits des cultures et l’herbe des prairies. Il transforme ainsi en produits à haute valeur nutritionnelle des biomasses non utilisables pour l’alimentation humaine (4).

La ration des ruminants par exemple se compose essentiellement de fourrages, dont les constituants ne sont pas digestibles pour l’homme : 70% de fourrages (5), contre 30% d’aliments concentrés (6). Seule une fraction des protéines contenues dans les aliments concentrés serait directement utilisable par l’homme. Ainsi, une vache laitière produit 2 kg (7) de protéines animales (viande, lait) à partir de seulement 1 kg de protéines végétales qui seraient directement utilisables en alimentation humaine.

Les produits de l’élevage font partie de notre patrimoine gastronomique et culturel

Mise en moule, brocciu (élevage Battesti août 1984).. © Inra, PROST Jean-Antoine
Mise en moule, brocciu (élevage Battesti août 1984). © Inra, PROST Jean-Antoine

…avec plus de 1000 fromages et de très nombreuses appellations d’origine mais aussi la production de viande sous label (label rouge….). De plus, la production laitière est indissociable de la production de viande : près de 40% de la production de viande française provient du troupeau laitier.

L’animal a toujours occupé une place centrale dans toutes les sociétés humaines : d’abord mangeurs de carcasse, les premiers hommes sont d’abord devenus chasseurs-cueilleurs. Puis, l’homme a développé des rituels et des mythes autour des animaux ainsi que la domestication rendant les animaux encore plus proches. Le couple homme-animal a donc évolué tout en étant omniprésent (8).

 

(1) Jean-Louis Peyraud, Directeur scientifique adjoint Agriculture à l’Inra..

(2) Emplois indirects : abattoirs, transport, alimentation, santé animale, sélection, fournisseurs de matériel, industries agroalimentaires, administrations…Lire l’article.

(3) Voir les expertises collectives Elevage et Azote et Valorisation des effluents.

(4) Plus de 8 millions de tonnes au niveau national.

(5) Fourrages : herbe pâturée ou conservée sous forme de foin, ensilage ou enrubannage.

(6) Aliments concentrés : fabriqués à base de céréales, protéagineux, tourteaux de colza, soja, tournesol.

(7) Jusqu’à 3 ou 4 kg dans les systèmes très herbagers.

(8) Marylène Patou-Mathis (2009). « Mangeurs de viande : de la préhistoire à nos jours ». Editions Perrin, 408 pages

Bovins créoles en saison sèche, élevage au piquet, complémentation avec feuilles de canne à sucre (en arrière-plan). © Maurice Mahieu

L’élevage, un éclairage au niveau mondial

En 2050, les prospectives internationales tablent sur une augmentation de 60 à 100% des productions animales, localisées surtout dans les pays du Sud. Le doublement des productions animales permettrait aux habitants du Sud d’atteindre seulement un tiers de la consommation des habitants du Nord.

Actuellement, la viande la plus consommée dans le monde est le porc (36,3%, essentiellement en Chine), puis la volaille (35,2%), les bovins et buffles (22,2%) et les ovins et caprins (4,6%) (source : FAO, 2012)

L’élevage a dans les régions du Sud un poids économique et social particulièrement fort, en tant que « capital sur pied ».

  • 70% des animaux d’élevage sont hors pays industrialisés.
  • La moitié des cultures vivrières des pays en voie de développement utilise des animaux de trait.
  • L’élevage emploie 1,3 milliard de personnes dans le monde et contribue à faire vivre 1 milliard de pauvres dans les pays du Sud.

La disparition de l’élevage conduit à la désertification

Au cours du 19e siècle, un milliard d’hectares de terres arables a disparu dans le monde, soit la surface des Etats-Unis. La cause principale en est la disparition de l’élevage et de ses fonctions, qui a conduit à une désertification des terres. Les sols pâturés contribuent en effet par leur texture et la couverture en herbe à la limitation des pertes d’eau par ruissellement et à la recharge des nappes phréatiques. Ainsi, la substitution des productions animales par les productions végétales ne s'accompagne pas toujours d’effets bénéfiques pour l’environnement.

Réduire l’impact carbone des élevages, c’est possible

Il existe d’importantes marges de manœuvre pour réduire l’impact carbone de l’élevage

Un rapport récent de la FAO (1) indique que la réduction pourrait être de 18 à 30 % si les producteurs au sein des mêmes systèmes, d‘une même région et sous les mêmes conditions climatiques adoptaient les pratiques des producteurs ayant les intensités les plus basses. Les pratiques à modifier concernent la gestion des pâturages, l’alimentation, les techniques d’élevage et de santé animale et de gestion des effluents. 70% du potentiel de réduction se trouve dans les pays en voie de développement.

 

(1) Gerber et al. 2014. Lutter contre le changement climatique grâce à l’élevage – Une évaluation des émissions et des opportunités d’atténuation au niveau mondial. Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Rome.