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Visuel dossier glyphosate mai 2018 © Véronique Gavalda

Le glyphosate, un pesticide parmi les autres ?

Glyphosate en agriculture : pas irremplaçable, sauf…

Une étude de l’Inra publiée en 2017 analyse les alternatives pour sortir du glyphosate en France selon les systèmes de culture. Les combinaisons de techniques nécessaires peuvent amener à reconcevoir plus globalement certains de ces systèmes, tandis que d’autres risquent de se trouver, au moins momentanément, dans une impasse technique. Trois questions à Xavier Reboud, coordinateur de l’étude.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 13/06/2018
Publié le 23/05/2018

En novembre 2017, l’Inra publie un rapport intitulé « Usages et alternatives au glyphosate dans l’agriculture française », à la demande des quatre ministères en charge de l’Agriculture, de l’Environnement, de la Santé et de la Recherche. Après avoir enquêté sur les pratiques culturales actuelles (1), les auteurs du rapport précisent qu’il existe déjà une agriculture sans glyphosate en France : 2/3 des parcelles n’en reçoivent pas, même en grandes cultures. Le rapport analyse les leviers qui permettent de se passer de cet herbicide très efficient (voir encadré 2) et identifie des situations où son interdiction resterait problématique, voire susceptible de conduire à des impasses techniques (voir encadré 1).

Quelques données extraites du rapport :

Trois questions à Xavier Reboud, coordinateur de l’étude :

Quelle est votre vision de cette future interdiction du glyphosate et de ses conséquences pour l’agriculture ?

Trois types de pommes (de G à D) Rome-Beauty, Malus flo821, Ariane. © © INRA, INRA
© © INRA, INRA

Xavier Reboud : L’interdiction du glyphosate s’inscrit dans un mouvement plus global pour une agriculture moins consommatrice de pesticides. C’est un choix de société. Mais justement, c’est toute la société qui est concernée, y compris le consommateur qui, même citadin, doit comprendre les logiques de production. Un exemple très simple : une des solutions pour se passer d’herbicide en verger consiste à entretenir de l’herbe entre les arbres pour contrôler les adventices. Conséquence : on aura des fruits plus petits, car l’arbre profitera de moins de ressources lors du remplissage des fruits, du fait de la présence de l’herbe. Or, le marché français déclasse souvent les pommes de moindre calibre (2). De même, on aura des fruits moins parfaits si on utilise des méthodes biologiques contre les ravageurs, parce qu’elles sont moins infaillibles que les pesticides. Donc, des fruits plus petits, avec des défauts, parfois plus chers aussi.

Autre exemple, on a pu calculer pour le vin que, sans glyphosate, le surcoût pour le viticulteur est d’environ 23 centimes d’euros par bouteille. Pour un vin de pays, ce surcoût, à l’échelle d’hectolitres, peut faire perdre le marché au producteur par rapport à la concurrence espagnole ou chilienne. C’est donc un gros enjeu pour le producteur, alors que le surcoût pour le consommateur est modeste.

L’impulsion doit-t-elle venir des pouvoirs publics ?

X. R. : Le rôle des pouvoirs publics est de restaurer la confiance et de promouvoir la traçabilité. Le consommateur pourrait accepter de payer un surcoût à condition qu’il soit informé sur le produit. Il pourrait donc y avoir, à l’instar du label Bio, une forme de label « sans glyphosate », au moins pendant la période de transition. D’autres mesures incitatives sont déjà en place en France pour diminuer l’usage des pesticides : les CEPP (3), qui incitent les vendeurs de pesticides à développer des conseils et des matériaux pour en utiliser moins, sous peine d’amendes. Il y a aussi la redevance pour pollution diffuse, acquittée par les distributeurs de pesticides et qui finance en partie le plan Ecophyto (4).

Au niveau de l’Europe également, il existe un pilier, dit de « verdissement » de la PAC, avec des aides augmentées pour les infrastructures écologiques (haies, murets, bandes enherbées) et pour le maintien des prairies. Il y a aussi des aides pour encourager la diversification, dont le montant serait indexé sur le nombre de cultures dans la rotation.

Que peut apporter la recherche dans ce contexte ?

Progrès en robotique : prototype Ecorobotix, autonome, applique une microdose d'herbicide sélectivement sur les adventices. guidage GPS + caméra. Fonctionnement solaire.. © Ecorobotix, Ecorobotix
Progrès en robotique : prototype Ecorobotix, autonome, applique une microdose d'herbicide sélectivement sur les adventices. guidage GPS + caméra. Fonctionnement solaire. © Ecorobotix, Ecorobotix

X. R. : La recherche doit être pourvoyeuse de connaissances, d’outils, d’indicateurs opérationnels. L’Inra ne reste pas dans une posture d’expertise distante, mais, par son implication dans Ecophyto et le réseau Dephy, l’Institut se trouve souvent au cœur des expérimentations, en contact avec les agriculteurs. Les questions de recherche sont nombreuses et sont travaillées depuis longtemps à l’Inra : conception de systèmes agricoles innovants économes en pesticides et évaluation de ces systèmes.

Plus spécifiquement, par rapport à l’interdiction du glyphosate, les recherches pourront se focaliser sur les leviers agronomiques, en particulier les couverts d’interculture (couvrants et faciles à détruire, par exemple sensibles au gel) et les méthodes de désherbage mécanique. Un grand programme de l’ANR est consacré en 2018 à la robotique (5), pour concevoir des robots « intelligents » capables de détecter et de désherber sélectivement les zones infestées de mauvaises herbes.

Le biocontrôle est aussi un axe à développer, d’autant qu’il existe à ce jour peu d’alternatives biologiques aux herbicides (6).

Enfin, il faut approfondir le champ socioéconomique et analyser les impacts de la disparition du glyphosate, même si ce n’est pas facile. Pour faciliter le transfert, il y aura à rédiger des fiches-action CEPP dédiées à la réduction du glyphosate.

 

(1) Trois sources de données ont été utilisées : (i) base nationale des ventes des distributeurs (BNV-D), (ii) enquêtes du Service de la statistique et de la prospective du ministère de l’agriculture (SSP), (iii) réseau Dephy, créé dans le cadre d’Ecophyto (environ 3000 exploitations).

(2) En France, la norme commerciale privilégie les gros fruits. Ce critère se justifie en partie par la protection du marché français vis-à-vis des fruits plus petits d’autres pays.

(3) CEPP : Certificats d’Economie de Produits Phytopharmaceutiques. Lire l’article.

(4) Plan Ecophyto 2. Lire l’article.

(5) Challenge Rose : Robotique et capteurs au service d’Ecophyto, 4 millions d’euros.

(6) L’acide acétique et l’acide pélargonique sont des candidats, mais pour l’instant, peu développés et peu connus sur le plan toxicologique. Actuellement, les herbicides font figure de parents pauvres en matière de biocontrôle.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement, Environnement et agronomie, Biologie et amélioration des plantes
Centre(s) associé(s) :
Dijon Bourgogne Franche-Comté
Vignoble de Banyuls, Pyrénées-Orientales.. © Inra, MAITRE Christophe

Une dépendance au glyphosate graduelle selon les systèmes

Exemples de systèmes dépendants du glyphosate :

  • Grandes cultures peu diversifiées et sur de grandes surfaces
  • Fruits et légumes de plein champ
  • Betterave

Exemples de systèmes très dépendants voire inféodés au glyphosate :

  • Agriculture de conservation, sans travail du sol : représente 3-4% des surfaces, mais démarche novatrice importante socialement et en phase avec les objectifs d’atténuation du changement climatique.
  • Production de noisettes : récolte des noisettes sur sol nu. Environ 200 producteurs mais aussi 10 tonnes de glyphosate utilisées pour cet usage en 2017.
  • Rouissage du lin : les tiges de lin sont laissées à décomposer au champ par les microorganismes présents afin de ne récolter ensuite que la fibre, ce qui interdit tout travail du sol. La France est le premier producteur mondial de lin textile.
  • Vignes en terrain difficile (pente ou cailloux, photo), rendant peu praticable le désherbage mécanique (Banyuls, Maury, Côte Rotie, Condrieu, soit environ 3 000 ha). Il n’y a de nos jours plus guère de main d’œuvre mobilisable.
  • Canne à sucre
Vulpin des champs. © Inra, Annick Matejicek

Exemples de leviers techniques à combiner

Leviers spécifiques en alternative au glyphosate en grandes cultures :

  • Contre les adventices vivaces : travail du sol en interculture, introduction de luzerne ou de prairie en interculture (favorisée par l’élevage), désherbage chimique ou mécanique localisé :  agriculture de précision, robotisation.
  • Pour nettoyage avant semis : travail du sol et pratique du faux semis.

Leviers à l’échelle du système de culture applicables pour diminuer les pesticides dans leur ensemble :

  • Diversification des rotations : espèces et variétés ayant des semis décalés
  • Choix des variétés (résistantes aux ravageurs et compétitives)
  • Densité et dates de semis
  • Couverts d’interculture, plantes de services, cultures associées
  • Biocontrôle