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Visuel dossier glyphosate mai 2018 © Véronique Gavalda

Le glyphosate, un pesticide parmi les autres ?

Aude Alaphilippe, ingénieure de recherche à l’unité expérimentale de l’Inra de Gotheron. © Inra

Un verger pionnier avec moitié moins de pesticides

Dans la Drôme, l’Inra et ses partenaires mènent depuis 2004 une expérimentation pionnière pour réduire l’utilisation des pesticides en vergers de pommiers. Dans les systèmes les plus économes en pesticides, la réduction atteint 50%.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 14/05/2018
Publié le 07/05/2018

Voir les vidéos. © Inra, Véronique Gavalda
Voir les vidéos © Inra, Véronique Gavalda

Trois questions à Sylvaine Simon, ingénieur agronome, responsable de l’expérimentation-système.

Quels sont les systèmes qui permettent une telle réduction des pesticides ?

Sylvaine Simon : Les systèmes « BIO » (agriculture biologique) et « ECO » permettent de passer de 35 à 20 traitements en moyenne. Ces deux systèmes sont proches, excepté qu’en ECO, on ne s’interdit pas les intrants de synthèse, qui sont utilisés en dernier recours. A noter que pour les deux systèmes, cette réduction n’est possible qu’avec une variété peu sensible aux maladies et aux ravageurs, comme Ariane ou Melrose.

Le système ECO est le plus innovant. Comme il est basé sur l’anticipation et l’observation des ravageurs et maladies, il faut avoir accès à l’information, faire des contrôles réguliers sur les parcelles, et être très réactif car la fenêtre d’intervention pour traiter peut être très courte (1 ou 2h). Mais ces contraintes ne sont pas insurmontables. Le système BIO, lui, est mieux référencé. Il est plutôt basé sur la prévention, car il n’y a pas toujours de traitement efficace en cas d’attaque imprévue ou très forte. Le rendement est moindre et les fruits peuvent être plus petits, mais ils sont valorisés grâce au label Bio.

Ces systèmes sont-ils réalistes pour les producteurs ?

S. S. : Le biocontrôle, un des leviers majeurs, est déjà largement utilisé. Actuellement, dans le Sud, 80 à 90% des producteurs utilisent la confusion sexuelle.

Par contre, le désherbage mécanique en remplacement des herbicides peut être compliqué quand le système d’irrigation est installé au sol. Ce facteur doit être anticipé lors de la plantation du verger.

Il en est de même pour le levier variétal, car les vergers sont plantés pour une vingtaine d’années. Or, actuellement, les variétés sensibles, de type Golden, sont majoritaires dans les vergers français : moins de 10% des surfaces sont plantées avec des variétés résistantes à la tavelure, principale maladie du pommier. Ces choix sont en grande partie orientés par l’aval, à savoir les coopératives, les transformateurs (1) et in fine, les consommateurs. Les circuits longs et l’exportation peuvent aussi induire des standards de fruits particuliers.

Comme on le voit, l’adoption de systèmes économes en intrants nécessite une réflexion de filière, de l’aval à l’amont, avec une volonté de travailler ensemble et de proposer d’autres modèles (2).

Comment poursuivez-vous les recherches à Gotheron ?

Oeillet d'Inde.. © Inra, MADZAK Catherine
Oeillet d'Inde. © Inra, MADZAK Catherine
S. S. :
Atteindre 45% de réduction sans perte de rendement et sur le long terme était finalement accessible, mais semble représenter un seuil. Nous essayons d’aller au-delà dans les systèmes BIO et ECO, pas à pas, par exemple en diminuant l’usage du cuivre et du soufre comme fongicides, ou en supprimant les néonicotinoïdes, qui permettent de lutter contre les pucerons. Contre ces derniers, nous expérimentons des plantes répulsives, comme l’œillet d’Inde ou le romarin (3).

Parallèlement, nous développons un nouvel essai avec une démarche totalement différente. Au lieu de diminuer les pesticides pas à pas, nous concevons un système « zéro pesticide » dès le départ, avec un agroécosystème diversifié composé d’une mosaïque d’arbres fruitiers et de plantes de service qui exercent différentes fonctions : effets de barrière, de dilution, effets répulsif pour les ravageurs et attractif pour les auxiliaires… Ceci implique de réfléchir à l’échelle supra-parcellaire et de repenser les modes de commercialisation pour une production diversifiée (4).

 

(1)    Les compotes, par exemple, sont majoritairement fabriquées avec des pommes de type Golden.

(2)    Voir encadré 2.

(3)    Des travaux préalables menés dans l’unité Plantes et Systèmes Horticoles de l’Inra d’Avignon ont montré l’efficacité de ces plantes en conditions contrôlées (laboratoire) et semi-contrôlées (tunnel).

(4)    Voir encadré 3.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Les clés de la réussite

- Conception du verger :

  • Variété résistante
  • Verger aéré 

- Combinaison de leviers :

  • Conduite du verger
  • Biocontrôle, confusion sexuelle
  • Désherbage mécanique
  • Evaluation fine du risque de dégâts (pièges, contrôles, modèles de prédiction du risque…)

Pour en savoir plus :

- Plaquette 8 pages Bioreco :


- Portail Ecophytopic, outil collaboratif au service des agriculteurs et des conseillers, dans le cadre du plan Ecophyto.

Abricotier variété A236.. © Inra, SLAGMULDER Christian

Intérêt d’une réflexion de filière

Une démarche de co-conception associant chercheurs et acteurs de la filière (1) a permis de définir collectivement les critères de sélection des variétés de demain pour les pêchers et les abricotiers (2), selon deux scénarios : (i) production en circuit court ou (ii) production pour l’export. Dans les deux cas, les critères convergent : régularité de production, goût, résistance aux bioagresseurs. Des pistes ont aussi été dégagées pour l’évaluation variétale.

(1) Producteurs, conseillers de chambres d’agriculture, sélectionneurs, etc.

(2) Projet « Prunus », 2013-2015, MAAF, APR Pesticides, coordination Claire Lamine, Unité Ecodéveloppement, Inra Avignon.

Pour en savoir plus :

Lamine C. et al. 2017. Réalités et perspectives de l’écologisation en arboriculture fruitière - Pour une approche intégrée à partir du cas des vergers de pêchers et d’abricotiers en Rhône-Alpes. Innovations Agronomiques 59, 103-118.

Voir la plaquette du projet "Prunus" : 

Schéma indicatif de l'organisation d'un verger 0 pesticides à l'échelle supra-parcellaire : mélange de zones de production et de zones de protection. Gotheron. Projet Safir (2016-2025...)

Vers le « zéro pesticide » en verger

Le ‘projet Z’ (2016-2025 et au-delà…) vise à concevoir un système sans pesticides et à très bas intrants. Ce n’est plus un simple verger mais un espace de production qui associe plusieurs espèces et variétés fruitières et des plantes de service, de manière à créer un environnement défavorable pour les bioagresseurs. Deux ans ont été nécessaires pour co-concevoir un premier module (1.5 ha), qui a été mis en place début 2018 et sera suivi sur 15 ans au moins (1). D’autres modules sont à concevoir sur les 10 ha disponibles, en prenant en compte, à l’échelle supra-parcellaire, les interactions entre les zones de production et les zones « support à la production ».

(1) Cette phase de conception 2016-2017 a été soutenue par les métaprogrammes INRA Ecoserv et SMaCH dans le cadre du programme SAFIR "Systèmes Agroécologiques  en Production Fruitière : Innovation et Reconception".

Voir la plaquette du Projet Z :