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Population de blé tendre issue de croisements de variétés dites « anciennes » (dont la variété Rouge de Bordeaux), suivie dans le cadre d’une thèse sur la méthodologie de la sélection participative (projet européen Solibam). Ferme de Port Sainte Marie.. © Inra, Véronique Chable

Sélection classique ou participative, plusieurs stratégies pour les blés bios

Points de vue

Différents acteurs s’expriment ici sur la compatibilité/complémentarité des deux systèmes de sélection, classique et participative/ou paysanne. A travers leurs points de vue, se dessinent des possibilités de reconnaissance mutuelle entre ces deux modèles de sélection, présentés souvent en opposition. C’est aussi dans ce sens que semble évoluer la réglementation, vers la diversité et la pluralité des systèmes.

Mis à jour le 11/12/2018
Publié le 06/06/2014

La sélection paysanne : un complément indispensable à la sélection classique

Point de vue de Patrick de Kochko, coordinateur du Réseau semences paysannes (RSP) 

 "L'agriculteur qui sélectionne une population dans son champ va retenir tout ce qui favorise l'adaptation à son sol, à son mode de culture, de transformation et de valorisation jusqu'au goût, la couleur ou la résonance du pain qui sort du four, la brillance des épis... et le maintien de ces caractères lors des variations climatiques. Il s'intéresse peu aux caractères DHS du COV qui, dans ses conditions de culture non standardisées, varient d'un épi et d'une année à l'autre. Ceux qu'il retient ne sont pas nécessairement portés par chaque épi, mais par la population elle-même et permettent de la distinguer nettement de toute autre population ou variété. Face aux nouveaux défis de la nécessaire diminution des intrants et du changement climatique qui augmentent la diversité et la variabilité des conditions de culture, ces qualités intéressent de plus en plus d'agriculteurs, bien au-delà de quelques marchés de niche. Cette sélection paysanne ne cherche pas à s'opposer à la sélection en station pour des conditions de culture standardisées, mais au contraire à en devenir le complément indispensable".

Les objectifs sont communs, les chemins pour les atteindre sont différents

Point de vue de Christian Leclerc, secrétaire général du Comité Technique Permanent de la Sélection (CTPS) 

 "La création variétale a toujours participé aux objectifs de politique publique : assurer productivité, qualité et régularité de la production agricole française. Aujourd’hui, il s’agit de développer des variétés adaptées à des conduites culturales plus diversifiées dont celle de l’agriculture biologique. Répondre à ces objectifs passe toujours par une diversité de l’offre variétale obtenue grâce à une évaluation agronomique des variétés dans des réseaux d’essais bien caractérisés implantés chez les agriculteurs et représentatifs de la diversité des conduites et des conditions agropédoclimatiques françaises (VATE). La DHS n’est pas une fin en soi. Elle est tout simplement indispensable pour identifier et tracer la variété tout au long du processus de production et de transformation. Dans une économie de filières, une description variétale stable est la garantie d’échanges sains, loyaux et marchands. La sélection paysanne in situ relève d’une autre approche de la création variétale. Il n’y a pas de son côté diversité et qualité, de l’autre côté standardisation et productivisme. Les objectifs sont communs, les chemins pour les atteindre sont différents".

 Il existe beaucoup de stratégies possibles entre ces deux modèles

Point de vue d'Isabelle Goldringer, directrice de recherche à l'UMR de Génétique Végétale du Moulon, Inra de Versailles-Grignon

 "C'est la diversité des stratégies qui conduira à plus de diversité cultivée dans les champs, et permettra in fine de progresser dans la maîtrise et la résilience des systèmes de culture AB face aux aléas climatiques. Les nouvelles variétés DHS sont adaptées à une agriculture biologique relativement "intensive". Elles permettent aux agriculteurs qui les adoptent d'améliorer leur production et peut constituer un levier à la conversion d'agriculteurs qui hésitent à franchir le pas de l'AB. D’autres agriculteurs, insérés dans des systèmes de valorisation plus locaux, ont besoin de variétés populations adaptées à leur contexte pour assurer la stabilité de leur production et développer des qualités spécifiques. Cette sélection locale de variétés populations qui peuvent être évolutives nécessite un cadre réglementaire particulier permettant les échanges de petites quantités de semences et n'exigeant pas l'inscription de ces populations qui n'ont pas vocation à être cultivées à grande échelle. Et entre ces deux stratégies, beaucoup d'autres sont possibles, telles que l'utilisation de mélanges de variétés DHS inscrites qui pourraient être sélectionnées spécialement pour leur aptitude à se combiner, ou bien la constitution de mélanges plus larges issus de ressources génétiques ou de populations sélectionnées à la ferme".

 La sélection paysanne redonne une place majeure à la diversité

Point de vue de Véronique Chable, ingénieur de Recherche, Unité de recherche "Sciences pour l’Action et le Développement-Paysage", Inra de Rennes

 "Les deux systèmes de sélection, désignés respectivement « classique » et « participative » sont à replacer dans leur contexte historique. De par ses fondements, l’agriculture biologique recherche une optimisation progressive et continue de son agroécosystème grâce à la coévolution de ses composants par les pratiques de l’agriculteur et par la sélection/adaptation des êtres vivants (microorganismes, plantes et animaux). L’AB affiche aussi, à la base, une dimension éthique et culturelle forte en proposant une alternative à l’exploitation du vivant et l’économie de marché sous-tendant l’agriculture conventionnelle qui s’est développée en copiant le modèle industriel. L’organisation de la sélection professionnelle, dite « classique »,  a dirigé l’évolution de cette dernière depuis un siècle et devrait être désignée « moderne » du fait de son histoire récente. La sélection participative tend à renouer avec la sélection paysanne à la base de toute la diversité cultivée exploitée par la sélection « classique », et redonne une place majeure à la diversité, concept fondamental de l’AB et hypothèse de la démarche scientifique associée".

 La sélection coopérative entre sélectionneurs et paysans

Point de vue de Bernard Rolland, ingénieur de recherche,Institut de Génétique Environnement et Protection des Plantes, Inra de Rennes

 "Nombre d’agriculteurs qui sollicitent la recherche publique le font pour demander un investissement accru en sélection. Ils sont en attente de nouvelles variétés adaptées à leur système de production et à leur région pour augmenter leur récolte en quantité et en qualité, récolte qui sera vendue en circuit moyen ou long. Investis dans leur activité de production en agriculture biologique, ils délèguent la coûteuse activité d’amélioration variétale à des professionnels car sélectionner et créer de nouvelles variétés est un métier. Mais cette délégation passe par des objectifs définis en commun et des retours réguliers de présentation des avancées et des échecs du programme devant les paysans. Ainsi les contraintes spécifiques de l’AB peuvent être intégrées dans un schéma de sélection pragmatique et efficace qui accepte et valorise l’échange critique avec les producteurs en AB et dans les autres systèmes de production économes en intrants chimiques. C’est ce que nous appelons la sélection coopérative".