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 Observatoire national de déploiement des cépages résistants au mildiou et à l'oïdium, mis en place par l'Inra, en partenariat avec l'IFV et les interprofessions de la vigne.. © Inra, Laurent Delière

Vignes résistantes au mildiou et à l‘oïdium : un déploiement responsable

Vignes résistantes au mildiou et à l’oïdium : qu’en pensent les acteurs ?

Une enquête socio-économique menée en Languedoc-Roussillon fait apparaître une diversité d’avis chez les professionnels quant aux atouts des variétés de vigne résistantes au mildiou et à l’oïdium.

Par Pascale Mollier
Publié le 28/11/2016

 « La problématique des vignes résistantes au mildiou et à l’oïdium illustre le concept de « Science Post-Normale », tel que défini par deux philosophes des sciences dans les années 90, à savoir : des recherches confrontées à des faits incertains, des valeurs en contradiction, des enjeux élevés et des décisions urgentes à prendre. Dans de tels cas, une des missions de la recherche consiste à fournir des éléments de compréhension et à restituer les positions et les débats en cours » expose Jean-Marc Touzard.

Cette posture a motivé un travail de sociologie qui a débuté en 2015, alors que la pression sociale pour limiter l’usage des pesticides s’accroît et que les questions se multiplient autour des variétés de vigne résistantes au mildiou et à l’oïdium : quelle est la durabilité de leurs résistances ? Ces variétés sont-elles adaptées au climat et aux pratiques dans les vignobles ? Quelle est la qualité de leurs vins ? Cette enquête socio-économique (1) permet d’explorer les conditions d’appropriation des cépages résistants, notamment en Languedoc-Roussillon.

Il y a plusieurs viticultures et plusieurs scénarios de développement

Deuxième vignoble européen en surface et volume, le vignoble languedocien possède une grande diversité de vins (AOP, IGP, VSIG), de pratiques techniques (y compris l’irrigation) et de stratégies économiques. Cette région concentre les enjeux, débats et expérimentations sur les variétés résistantes, tant au sein des instituts techniques que chez les viticulteurs et les coopératives.

A l’issue de l’enquête, quelques conclusions se dégagent. Dans une région reconnue pour son ouverture aux innovations et expérimentations viticoles, les attentes sont fortes, mais les projets de plantations à court terme sont encore peu nombreux, du fait des incertitudes et des controverses. Le développement des variétés résistantes se fera vraisemblablement de façon progressive : d’abord, de manière partielle, au sein d’exploitations déjà innovantes ou soumises à des contraintes particulières en matière de pesticides (à proximité d’écoles ou de cours d’eau) et pour des vins sans appellation ou IGP ; puis, dans un second temps, dans les aires AOC qui auront pu tester l’intérêt de ces variétés, y compris pour leurs capacités à valoriser un terroir avec un recours moindre aux pesticides.

Un observatoire pour expérimenter les variétés résistantes

Face à une pression sociétale croissante, à la grande diversité des vins, à la concurrence de vignes résistantes venues d’autres pays et aux incertitudes qui persistent sur les caractéristiques des variétés et de leurs vins, les scénarios de développement restent ouverts pour les variétés Inra. La stratégie retenue va s’appuyer sur la construction d’un observatoire des résistances permettant de tester ces variétés avec des viticulteurs volontaires. C’est l’une des voies pour développer la Science Post-Normale.

Les avis se partagent entre atouts, freins et incertitudes

Atouts   Freins
Diminuer les traitements, plan Ecophyto, santé des viticulteurs   Attachement aux cépages traditionnels
Pression sociétale pour une diminution des pesticides  

Image de l’innovation génétique,

amalgame possible avec OGM

Diminuer le stress des viticulteurs face aux maladies fongiques   Maladies secondaires réapparaissant avec la diminution des traitements : black rot, galles phylloxériques
Curiosité pour l’innovation, possibilité de créer de nouveaux types de vins   Inquiétude sur les changements de pratiques
  Incertitudes  
  Durabilité des résistances  
  Efficacité des résistances  
  Gain financier (économie de pesticides mais prix plus élevé des plants résistants)  
 

Qualité du vin

Aptitude agronomique

Adaptation au changement climatique

 

Voir le tableau complet : Tableau freins-atouts vignes résitantes

 

Quelques extraits représentatifs

« Quand l’appareil rentre des vignes et que tu retrouves ton gamin qui joue sur le tracteur, ça ne te fait pas plaisir.Les gens ne se rendent pas compte qu’on a une vraie conscience des problèmes phytosanitaires, on est très preneur de solutions pour évoluer ». (Un viticulteur).

« Actuellement, quelqu’un qui veut planter une variété nouvelle, c’est le parcours du combattant. L’administration met un certain nombre de bâtons dans les roues,… » (Un responsable d’une coopérative).

« C’est plutôt la profession des producteurs de vins IGP que celle des vins d’appellation qui est intéressée par cette question des variétés résistantes (…)  ». (Le responsable de l’Observatoire viticole de l’Hérault).

« La machine INAO présente de l’inertie, mais il y a du mouvement. L’AOC est un concept moderne (…) Il n’est pas question de laisser uniquement les autres secteurs être capables d’innover ». (Le président d’un syndicat AOC).

« C’est résistant au mildiou et à l’oïdium sur le papier, moi je veux voir ce que ça donne, je veux vraiment des cépages qui résistent ». (Un viticulteur expérimentateur).

« D’accord, il y a le risque de contournement, qu’il ne faut pas négliger, mais n’occultons pas les bénéfices !(…)Introduire ces variétés sera un travail de très longue haleine et il va falloir déployer des argumentaires en faveur de ces variétés » (un technicien d’une organisation viticole).

 

(1) L’enquête s’appuie sur une cinquantaine d’entretiens de professionnels et sur des observations participantes lors d’évènements ou de débats sur les variétés résistantes. Elle fait partir du projet Panoramix développé par l’Inra. (Conception et valorisation de systèmes viticoles durables combinant variétés résistantes aux maladies et méthodes de protection complémentaires, 2013-2015).

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Montpellier

Référence

Pauline Blonde, François Hochereau, Jean-Marc Barbier, Jean-Marc Touzard. 2016. Vignes résistantes à l’oïdium et au mildiou : promesses et controverses en Languedoc-Roussillon. Courrier de l’environnement 66, 69-82.

La Science Post-Normale

La Science Post-Normale (PNS – Post-Normal Science) est un concept proposé par Silvio Funtowicz et Jérôme Ravetz et présenté pour la première fois à la conférence inaugurale de la Société Internationale d‘Economie Ecologique en 1990. La Science Post-Normale postule que les défis auxquels la politique scientifique actuelle fait face ne sont pas caractérisés par des phénomènes simples, réguliers et certains. C’est pourquoi les réponses fournies par la science « normale » sont nécessaires, mais ne suffisent pas. Dans ce contexte, la PNS plaide pour une participation étendue dans le processus de prise de décision, avec un dialogue ouvert constant entre tous les acteurs affectés, ce que Funtowicz et Ravetz appellent « une communauté de pairs étendue ».

Les différentes variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium

- Variétés Inra Bouquet à résistance qualifiée de « monogénique », développées par Alain Bouquet de 1979 à 2009. Elles possèdent un gène de résistance majeur au mildiou (Rpv1, (1)) et un gène de résistance majeur à l’oïdium (Run1, (1)),  après croisements avec Muscadinia rotundifolia (une vigne sauvage américaine) et de multiples rétrocroisements par des variétés cultivées. Certaines variétés Bouquet donnent un raisin intéressant pour faire du jus de raisin. D’autres sont très intéressantes pour le vin sur le plan gustatif.

- Variétés Inra Resdur à résistance polygénique, obtenues par croisement entre des variétés Bouquet, des variétés allemandes et des espèces américaines et asiatiques cousines de la vigne sauvage et portant d’autres facteurs de résistances, puis rétrocroisements et sélection assistée par marqueurs. Les variétés Resdur possèdent deux ou trois facteurs de résistance pour chaque maladie selon les générations de sélection. Plus récentes, elles sont actuellement moins bien caractérisées que les variétés Bouquet au niveau gustatif.

- Variétés allemandes, suisses, italiennes, résultant de croisements entre Vitis vinifera et autres Vitis, avec des degrés de rétrocroisements divers. Pour celles qui sont caractérisées, la plupart ont des résistances « monogéniques » ou monolocus (variétés allemandes Regent, Prior, Bronner), avec des gènes de résistance différents des variétés Bouquet. Certaines variétés suisses, allemandes et italiennes sont en expérimentation chez des viticulteurs français.

 

(1) On devrait plutôt parler de « locus », c’est-à-dire un emplacement sur un chromosome qui peut porter soit un seul gène, soit plusieurs gènes très proches.