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Diaporama Vie d’agnelle. Reportage à La Fage. Elevage en plein-air de brebis. Comportement maternel des brebis et comportement social sont liés. © Alain Boissy

La vie d’Agnelle

A 800m d’altitude, sur le plateau du Larzac, 350 brebis vivent en plein-air intégral sur le domaine Inra de La Fage. Dans ce milieu rude, le comportement maternel des brebis est un facteur clé pour la réussite de l’élevage. L’Inra montre qu’il est possible de détecter précocement les aptitudes maternelles des agnelles.

Par Pascale Mollier
Publié le 31/10/2017

Si c’était un film, ce ne serait pas « La vie d’Adèle », mais « La vie d’Agnelle » … Ce ne serait pas non plus « L’Histoire d’Adèle H », mais plutôt « L’Histoire d’Agnelle M » … M comme maternelle… Car dans le casting du très photogénique domaine de La Fage, les stars sont les agnelles les plus maternelles, une qualité nécessaire à la survie et à la croissance des agneaux. Les soins que prodiguent les mères à leurs petits, en les léchant, en les allaitant et en les réchauffant, leur permettent de résister à une météo parfois difficile. En effet, sur ce plateau du Larzac situé à 800 m d’altitude, la neige est fréquente au moment de la mise-bas en fin d’hiver. Dans les toutes premières heures après la naissance, la mère développe des liens privilégiés avec ses agneaux qu’elle apprend très vite à reconnaitre, d’abord par l’odeur, puis par la voix et la vue. Un programme de recherche conduit à la Fage a montré qu’il est possible de sélectionner dès leur plus jeune âge les agnelles qui seront les plus maternelles à l’âge adulte.

 Hypothèse : les agnelles les plus sociables deviendront les brebis les plus maternelles

Les chercheurs ont montré que la motivation sociale chez les moutons est fortement héritable. Des travaux antérieurs ont aussi révélé qu’aux alentours de la mise-bas, la motivation des brebis pour leurs congénères se reporte sur les agneaux. Les chercheurs ont alors émis l’hypothèse que les agnelles les plus sociables deviendront à l’âge adulte les brebis les plus maternelles. Si cette hypothèse est vérifiée, on pourrait gagner un temps précieux dans les schémas de sélection qui visent à renforcer le comportement maternel des brebis. En effet, les agnelles évaluées très tôt comme étant les plus sociables pourraient être retenues comme génitrices sans attendre leur première mise-bas. Cette sélection permettrait de réduire le taux de mortalité des agneaux à la naissance, un résultat particulièrement précieux en conditions de plein-air où l’intervention de l’éleveur est forcément réduite.

Les tests de sociabilité et d’aptitudes maternelles

Depuis 2010, les agnelles sont testées à deux étapes de leur vie :

- A 3 mois, juste après le sevrage : test de sociabilité entre congénères de même âge.

- A 23 mois, lorsqu’elles deviennent mères : 2 tests d’aptitudes maternelles :

  • test sur le site 2h après  la mise-bas
  • test en milieu standardisé 24 heures après la mise-bas.

Résultat : il existe bien une corrélation génétique entre la sociabilité précoce et les aptitudes maternelles

Deux lignées de brebis aux comportements contrastés ont été sélectionnées en choisissant les reproducteurs : une lignée très sociable et une lignée peu sociable. Grâce à cette approche originale de sélection divergente, la corrélation entre sociabilité précoce et aptitude maternelle a été montrée pour la première fois sur plusieurs générations successives. Cette démonstration est le résultat de l’évaluation d’un grand nombre d‘agnelles, menée à bien grâce à une collaboration étroite entre les chercheurs de l’Inra de Toulouse et de Clermont-Ferrand et les techniciens animaliers de La Fage. La sélection précoce des aptitudes maternelles des agnelles est un facteur clé pour la réussite de ce type d’élevage en plein-air.

Graphique illustrant la forte corrélation qui existe entre la sociabilité précoce entre congénères (10 jours après sevrage) et l’attachement de la mère à ses agneaux.. © Inra, Dominique Hazard
Graphique illustrant la forte corrélation qui existe entre la sociabilité précoce entre congénères (10 jours après sevrage) et l’attachement de la mère à ses agneaux. © Inra, Dominique Hazard

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Génétique animale, Physiologie animale et systèmes d’élevage
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Toulouse, Auvergne - Rhône-Alpes

Calendrier de la vie d’une agnelle

  • Naissance : avril de l’année n
  • Sevrage : fin juin de l’année n (âge : 2-3 mois)
  • Première insémination artificielle : novembre de l’année n+1 (âge : 18 mois)
  • Première mise bas : avril de l’année n+2 (âge : 23 mois)
  • Durée de vie sur le domaine : 5-6 ans.

Des tests très calibrés pour évaluer les comportements

Les tests mis au point à La Fage pour « quantifier » les comportements sociaux et maternels des brebis sont à la fois très simples et très précis.

- Test sur le site 2h après la mise-bas :

L’expérimentateur s’approche jusqu’à une distance de 2 mètres du couple brebis-agneaux : on mesure l’éloignement éventuel de la brebis et le temps mis pour revenir au contact de ses agneaux. Ensuite, les agneaux sont transportés par l’expérimentateur sur une distance de 10 mètres : on évalue alors la motivation de la brebis pour garder le contact avec ses agneaux.

- Test de comportement maternel en milieu standardisé.

Ce test est réalisé sur des agnelles de 23 mois. Le protocole est le même pour évaluer la sociabilité des jeunes agnelles. Dans ce cas, les congénères remplacent les agneaux de la portée.

Identifier les gènes impliqués dans la régulation des comportements sociaux

Parallèlement aux tests comportementaux, l’ADN des brebis est analysé sur des puces comportant 50 000 marqueurs SNP (1) afin de rechercher des corrélations entre les comportements sociaux ou maternels et des QTL (2) et identifier par la suite des gènes candidats (lire l’article).

Les chercheurs ont ainsi mis en évidence des QTL et des gènes candidats liés aux comportements sociaux. Parmi ces gènes candidats identifiés, certains ont des fonctions déjà connues pour participer au processus d’attachement, comme le récepteur à l’ocytocine impliqué dans la relation mère-jeune. D’autres gènes identifiés à proximité des QTL ne sont pas décrits à ce jour dans la régulation des réponses comportementales.

Les recherches portent maintenant sur l’identification des QTL associés au comportement maternel. Pour valider les QTL et affiner la recherche de gènes candidats, des travaux complémentaires sont en cours comme la création de lignées divergentes pour le comportement social.

(1) Marqueurs SNP :single nucleotide polymorphism : portion d’ADN comportant des variations sur un seul nucléotide.

(2) QTL (locus de caractère quantitatif)  région du génome dont le polymorphisme explique une part importante de la variabilité d’un caractère mesuré.

Référence : Hazard, D., Moreno, C., Foulquié, D., Delval, E., François, D., Bouix, J., … Boissy, A. 2014. Identification of QTLs for behavioral reactivity to social separation and humans in sheep using the OvineSNP50 BeadChip. BMC Genomics, 15(1), 778. http://doi.org/10.1186/1471-2164-15-778