Verrat Meishan.. © Inra, BEGUEY Alain

Les races de porc franco-chinoises

Neuf porcs chinois sont importés en 1979 et accueillis au domaine expérimental de l'Inra du Magneraud. Après de nombreuses années de recherches, les professionnels sont séduits par les qualités des nouvelles lignées obtenues par croisement avec les races européennes.

Publié le 27/05/2016

En novembre 1979, neuf porcs et truies de races chinoises arrivent à l’aéroport d’Orly et sont transportés jusqu’au domaine expérimental de l'Inra du Magneraud. Il ne s’agit pas seulement d’un cadeau offert par la Chine à la France dans le cadre du renforcement des relations franco-chinoises, mais aussi des prémices d’un long programme de croisement et de sélection entre races européennes et races chinoises. Le choix des animaux importés ne doit rien au hasard mais a été préparé par la mission en Chine d’un généticien de l’Inra, Christian Legault, qui a observé en 1974 une quinzaine de races chinoises et en a choisi trois.

Meishan, Jiaxing et Jinhua, des cochons de caractère !

Christian Legault choisit la race Meishan pour sa prolificité exceptionnelle (14 à 18 porcelets par portée contre 9 à 12 pour les truies occidentales) et la race Jinhua pour son nombre de tétines ! (1). Quant aux porcs de  la race Jinhua, encore appelés « cochons noirs aux deux bouts » à cause de leur aspect bicolore caractéristique, ils sont réputés pour la qualité de leur jambon sec.

Dès les premiers croisements avec les porcs européens (Large White, Landrace, Piétrain) (1980-1984), on obtient des truies encore plus prolifiques que les mères : 26 à 30 porcelets sevrés par truie et par an... Les vingt années de recherche suivantes permettent de choisir le meilleur mode de croisement pour profiter des avantages de chaque race.

Les truies composites sont les meilleures !

Porcelets croisés "Large White" et "Meishan".. © Inra, BEGUEY Alain
Porcelets croisés "Large White" et "Meishan". © Inra, BEGUEY Alain

La création de lignées composites, qui présentent des mélanges variables des caractères des deux parents, s’avère le mode de croisement le plus prometteur (2).

Car si les truies chinoises se distinguent en matière de prolificité et de qualités maternelles, leur viande est plus grasse, ce qui constitue un handicap dans le système de paiement des carcasses qui se fait en fonction du taux de muscle (3). Les lignées composites sont donc réalisées à partir de mâles européens « musclés » et sont sélectionnées sur l’efficacité de la croissance musculaire.

 En collaboration avec l’Inra, la plus avancée de ces lignées composites, la truie Naïma, est commercialisée avec succès par une entreprise française, " Pen Ar Lan ", depuis 1994. Près de 40 000 jeunes truies sont diffusées en 1998 contre 3 000 en 1994.

Une autre entreprise de sélection porcine française, " Gène+ ", développe une lignée différente (Meishan x Large White), qui combine l’hyperprolificité et la qualité de la viande.

Les chiffres du succès

  • 1980 : la production française couvre seulement 82 % des besoins nationaux en viande porcine
  • 2000 : 103 % des besoins sont couverts.

Les chercheurs estiment en 1995 que 50 % des truies parentales porteront des gènes chinois en 2005.

Les porcs chinois ne sont pas seulement utiles aux formes d’élevage intensives. En effet, ils sont capables de s’adapter à des milieux très difficiles, ce qui les rend attractifs pour les pays en développement. Dans le contexte français, ils constituent un atout pour l'élevage dit " alternatif", où la priorité est accordée au respect de l’environnement, à la diversification et à la haute qualité des produits.

 

(1) Les truies de race Jinhua possèdent en moyenne vingt tétines fonctionnelles, contre douze à quatorze pour les races européennes, d’où de bonnes qualités laitières et de sevrage des porcelets.

(2) Lignée composite ou synthétique : on fait un croisement entre les races parentales, puis on accouple entre eux les descendants, à chaque génération, en gardant les animaux conformes aux objectifs. Après plusieurs générations, quand une certaine homogénéité est créée, on considère qu’une nouvelle race est créée. Ce mode de croisement est particulièrement intéressant quand on recherche pour plusieurs caractères une position intermédiaire entre les deux races parentales. Dans le cas des croisements entre races porcines chinoises et européennes, ce type de croisement est plus intéressant que les croisements discontinus.

(3) Système généralisé en 1986.

Référence

Christian Legault. 1998. Génétique et prolificité chez la truie : la voie hyperprolifique et la voie sino-européenne. Productions animales, vol.11, n°3, 5 pages.

Connaissance du génome du porc

Les races chinoises jouent, tant en Europe qu'aux Etats-Unis, un rôle déterminant dans l'établissement de la carte génétique du porc : localisation des gènes sur les chromosomes, distance entre les gènes, etc. Disposer d’une carte génétique assez détaillée permet d’envisager le repérage de génotypes particuliers, de renforcer éventuellement l’efficacité de la sélection et de transférer plus rapidement des gènes intéressants d’une race à une autre. Parmi les travaux en cours, un certain nombre de loci à effets quantitatifs (QTL, 1) ont été détectés grâce au croisement entre les races porcines Large White et Meishan. Ces QTL déterminent des caractères pour lesquels ces races diffèrent de façon importante. Les résultats les plus marquants concernent les chromosomes 1 (épaisseur de lard dorsal), 4 (croissance), 7 (croissance, composition corporelle, teneur en androsténone du gras, teneur en lipides intramusculaires, réactivité neuroendocrinienne), 8 (nombre de globules rouges) et 9 (survie embryonnaire).

Le génome du porc a été entièrement décodé en 2012 par un consortium dont l’Inra fait partie. Lire l'article.

Les races chinoises représentent aussi un outil expérimental extrêmement original pour les physiologistes, les nutritionnistes et les comportementalistes, avec des applications notamment dans le domaine biomédical.  

(1) QTL (Quantitative trait locus) : région du génome dont le polymorphisme explique une part importante de la variabilité d’un caractère mesuré.