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Une sélection exemplaire : le gazon anglais

En 2013, une étude d’envergure montre que le ray grass anglais, le gazon des jardins et des stades de football, a été significativement amélioré par un travail de sélection mené sur cinquante ans.

Gazon du jardin du Luxembourg à Paris. © Inra, MAITRE Christophe
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 09/06/2017
Publié le 10/06/2016

Un réel progrès pour l’aspect esthétique et la résistance au piétinement

Machine à piétiner les gazons pilotée par le technicien responsable des essais gazons à Lusignan, Rémi Dupuis. Elle est destinée à imiter le piétinement des joueurs de football et à tester la résistance des gazons installés sur les terrains de sport.. © Inra, Stéphane Fourtier
© Inra, Stéphane Fourtier

Une belle pelouse résistante, c’est ce que l’on demande au ray grass anglais pour son usage en tant que gazon. Une étude publiée en 2013 montre que le travail des sélectionneurs pendant cinquante ans a permis d’atteindre ces objectifs : les qualités esthétiques et de résistance au piétinement du gazon ont été significativement améliorées. Les sélectionneurs ont en effet privilégié ces critères, alors même qu’ils peuvent s’opposer à leur intérêt immédiat, puisqu’ils amènent à choisir des types végétatifs à faible pousse et donnant moins de graines. On peut voir dans ce résultat rassurant l’influence bénéfique des critères VATE (1) requis par le CTPS (2) pour l’inscription des variétés gazon au Catalogue national.

Evaluer la sélection sur une période longue : un travail d’envergure rarement entrepris

Une étude de ce type requiert des moyens considérables. Jean-Paul Sampoux (3), l’auteur principal de la publication, explique : « nous avons mesuré, pendant trois ans et en cinq lieux d’essais répartis sur l’ensemble de la France, les critères relatifs à l’aspect esthétique du gazon (densité, finesse, couleur, résistance aux maladies), notés visuellement par des experts à différentes périodes de l’année ». Quant à la résistance au piétinement des variétés, une machine spéciale a été conçue pour la mesurer. Cette « machine à piétiner » reproduit l’action des crampons des joueurs sur le gazon.

« L’étude a mobilisé un réseau d’obtenteurs (4), qui sont coauteurs de la publication, poursuit Jean-Paul Sampoux. Ils ont apporté leur expérience, et pour certains d’entre eux, proches de la retraite, leur mémoire sur les variétés anciennes. Il a ensuite fallu retrouver ces variétés et en multiplier les graines pendant trois ans ».

Une publication à fort impact

. © Inra
© Inra

L’article de Jean-Paul Sampoux et de ses collaborateurs a été le troisième le plus téléchargé sur le site de la revue spécialisée Grass and Forage Science. Ce fort impact s’explique car l’analyse de la sélection sur un pas de temps long apporte des renseignements précieux pour optimiser les schémas de sélection afin de faire face à de nouveaux enjeux. Un travail similaire a été réalisé pour évaluer le progrès génétique du ray-grass anglais pour un « usage fourrage » cette fois. Dans le futur, il s’agira de développer des variétés adaptées à des cultures en mélange d’espèces, qui présentent des avantages agronomiques importants en fourrage comme en gazon, tout en tenant compte des besoins d’adaptation au changement climatique.

 

(1) VATE : Valeur Agronomique, Technologique et Environnementale, établie sur un ensemble de caractéristiques pour lesquelles une nouvelle variété doit démontrer une valeur suffisante pour pouvoir être inscrite au Catalogue national.

(2) CTPS : Comité Technique Permanent de la Sélection, comité consultatif sur lequel s’appuie le Ministère de l’Agriculture pour les décisions d’inscription de nouvelles variétés végétales au Catalogue national.

(3) Unité de Recherche Pluridisciplinaire Prairies et Plantes Fourragères, URP3F, centre Inra de Lusignan

(4) ACVF : Association des Créateurs de Variétés Fourragères; FNAMS : Fédération Nationale des Agriculteurs Multiplicateurs de Semences.

Lusignan, centre de ressources génétiques

En Poitou-Charentes, le site de Lusignan abrite le centre de ressources génétiques des espèces fourragères et à gazon de l’Inra. Ce centre réunit à la fois des populations naturelles et des variétés anciennes, dont des variétés de ray-grass anglais sélectionnées pour l’usage gazon ou pour l’usage fourrage. Le centre est réputé pour ses travaux sur l’amélioration génétique des variétés de graminées et de légumineuses destinées à l’alimentation des animaux d’élevage ou au gazon sportif. C’est pourquoi le milieu professionnel des gazons sportifs a sollicité l’unité de recherche pluridisciplinaire Prairies et plantes fourragères (URP3F) pour comprendre et enrayer la dégradation des surfaces de jeux. Lire l’article.

Un outil d’aide à la gestion a été développé et baptisé Logiciel d’analyse du microclimat (Lami). A ce jour le tout récent stade Pierre Mauroy de Lille (qui accueillera plusieurs rencontres de l’Euro 2016 dont un match de l’équipe de France et un quart de finale) a déjà été équipé.. © DR, DR

Tapis vert pour l’Euro 2016

Le récent stade Pierre Mauroy de Lille, qui accueillera plusieurs rencontres de l’Euro de football 2016) fait figure de pilote. Il a été équipé, en collaboration avec les chercheurs de l’Inra de Lusignan, d’un dispositif permettant de maintenir la qualité du gazon, soumis à rude épreuve par le piétinement des joueurs et l’ombre portée des tribunes. Ce dispositif de pilotage permet d’optimiser la position des rampes lumineuses et leur temps d’exposition, de façon à maintenir la croissance et le développement du gazon.

Voir l'article et la vidéo.