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Cet ouvrage permet d’envisager des leviers de réduction des émissions d’origine agricole, et ce dans toute la diversité des activités agricoles, ainsi que dans un contexte réglementaire très contraint et en pleine évolution.

Agriculture et qualité de l'air

Cet ouvrage permet d’envisager des leviers de réduction des émissions d’origine agricole, et ce dans toute la diversité des activités agricoles, ainsi que dans un contexte réglementaire très contraint et en pleine évolution.

Mis à jour le 16/09/2019
Publié le 03/10/2019

L’agriculture contribue à la dégradation de la qualité de l’air tout en étant elle-même altérée par les polluants atmosphériques. Les polluants considérés dans cet ouvrage sont donc, d’une part, les polluants d’origine agricole, comme l’ammoniac, les produits phyto-pharmaceutiques, les oxydes d’azote et, d’autre part, les polluants atmosphériques qui impactent l’agriculture, en particulier l’ozone. Après la présentation de ces composés et de leurs effets, cet ouvrage détaille les outils développés pour mesurer et modéliser les échanges de polluants entre l’atmosphère et les parcelles cultivées, les bâtiments d’élevage et les paysages agricoles ainsi que leur devenir dans l’atmosphère.  

 

Les auteurs 

Carole Bedos est chercheur à l’Inra Île-de-France - Versailles-Grignon sur les émissions de produits phytopharmaceutiques vers l’atmosphère par volatilisation.

Sophie Génermont est chercheur à l’Inra Île-de-France - Versailles-Grignon sur la volatilisation d’ammoniac au champ.

Jean-François Castell est maître de conférences à AgroParisTech sur les impacts des polluants atmosphériques sur les cultures.

Pierre Cellier est directeur de recherche à l’Inra. Il est chef de département adjoint Environnement et Agronomie depuis 2014. 

 

Agriculture et qualité de l'air

Comprendre, évaluer, agir

Editions Quae - coll. Synthèse - 304 pages, octobre 2019 – 32 euros

EXTRAITS

• Naturellement incolore et inodore, l’air nous est indispensable. Bien que l’on observe une amélioration générale de la qualité de l’air en France depuis plusieurs années, la pollution de l’air y est encore à l’origine d’une baisse de l’espérance de vie et d’environ 48 000 décès par an, 7 millions à l’échelle mondiale. Les impacts importants sur la biodiversité, les rendements agricoles (avec des baisses pouvant aller jusqu’à 20 %) et le bâti sont également prouvés. Cette pollution engendre un impact économique considérable : la Commission des comptes et de l’économie de l’environnement a chiffré en juillet 2012 le coût de la pollution de l’air extérieur à une valeur comprise entre 20 et 30 Mds € par an pour la France métropolitaine (un rapport sénatorial de 2015 a même porté ce chiffre à une valeur comprise entre 68 et 97 Mds €). Selon un sondage Opinion Way réalisé en 2018 par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), la pollution de l’air est l’un des trois enjeux environnementaux préoccupant le plus les Français, avec le réchauffement climatique et la dégradation de la faune et de la flore, d’autant plus que les polluions aériennes ne connaissent pas les frontières, quoi que l’on ait pu penser en 1986. 

Depuis mai 2018, la France est portée devant la Cour de justice européenne pour non-respect des valeurs limites dans l’air ambiant pour le dioxyde d’azote (NO2). À ce contentieux européen vient s’ajouter un contentieux devant la juridiction française (décision du Conseil d’État de juillet 2017 et nouvelle attaque de l’État en octobre 2018 par 78 associations écologistes et de médecins pour insuffisance d’exécution de ladite décision). Au total, ce sont 15 territoires implantés dans 6 régions qui sont concernés par ces contentieux. Les activités humaines polluantes sont nombreuses. Si certaines sont bien identifiées, comme l’industrie, le transport, les activités domestiques (chauffage, brûlage...), d’autres le sont moins. C’est pourquoi cet ouvrage fait le choix de se focaliser sur les relations entre agriculture et qualité de l’air. 

Impactante et impactée, l’agriculture est à la croisée des chemins en matière de pollutions :


− impactante, car elle participe aux émissions vers l’air (et les autres milieux) de contaminants tels que l’ammoniac, les composés organiques volatils et les produits phytosanitaires ainsi qu’à la formation d’ozone et de particules secondaires ; 

− impactée, car l’accumulation d’ozone affaiblit les plantes et entraîne des pertes de rendements, le dépôt d’éléments métalliques peut affecter la qualité des productions. Une trop forte accumulation d’ammoniac et de particules dans les bâtiments d’élevage peut aussi affecter les conditions de travail des éleveurs ainsi que la santé des animaux et leur bien-être. 

En mai 2017, la France s’est dotée d’un Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (Prepa), qui établit les lignes directrices permettant de réduire les émissions atmosphériques de cinq polluants majeurs (le dioxyde de soufre, SO2, les oxydes d’azote, NOx, les composés organiques volatils non méthaniques, COVNM, les particules, ou particulate matter, de diamètre inférieur à 2,5 μm, PM2.5, et l’ammoniac, NH3). Ce plan combine les différents outils de politique publique : réglementations sectorielles, mesures fiscales, incitatives, actions de sensibilisation et de mobilisation des acteurs, action d’amélioration des connaissances. Il inclut la mise en œuvre d’actions de réduction sur l’agriculture, en particulier dans l’objectif de réduire de 13 % les émissions d’ammoniac issues des fertilisants minéraux et des effluents d’élevage à l’horizon 2030. Ainsi, sont notamment prévus un guide national des bonnes pratiques, un plan d’action visant à interdire l’usage des épandeurs les plus émissifs, une étude sur la réduction des émissions liées aux engrais azotés.

 

• Au cours des dernières décennies, on a pu observer des évolutions très sensibles et rapides des méthodologies employées pour évaluer les émissions de polluants atmosphériques dans le domaine de l’agriculture, quantifier les divers impacts sanitaires et environnementaux de la pollution de l’air, proposer des solutions de réduction des émissions en appui aux politiques publiques et évaluer en retour l’efficacité de leurs mises en œuvre.

(...) Le champ d’action du déploiement de pratiques moins émettrices est relativement large. De nombreuses méthodes sont aujourd’hui disponibles, et les capacités d’innovation du secteur agricole sont très prometteuses. Il faut toutefois se projeter sur un temps plus long dans ce secteur d’activité que dans d’autres : les capacités d’investissement des agriculteurs ne sont pas toujours compatibles avec les besoins et souvent en décalage dans le temps avec les gains potentiels escomptés, s’il y en a. De plus, la forte dépendance des activités agricoles aux conditions environnementales rend les applications des mesures environnementales et agricoles souvent délicates et incertaines en termes de résultats. L’évaluation doit donc se faire sur des temps longs et considérer, si possible, le contexte territorial dans lequel se situe l’exploitation agricole. Des pistes d’action à des échelles plus intégratives (paysage, filière...) commencent à voir le jour et à être intégrées dans les raisonnements des acteurs agricoles, mais elles ne pourront être implémentées qu’avec une vision à long terme, en situant les activités agricoles dans le contexte plus large de la gestion des territoires, intégrant à la fois leur environnement naturel et leurs liens avec les autres activités anthropiques et leurs acteurs, notamment dans les zones urbaines et périurbaines. Les politiques incitatives doivent en tenir compte, tout en s’articulant avec ce qui est une autre caractéristique de l’agriculture : la multiplicité des poli- tiques publiques et réglementations qui la concernent. 

De plus, l’évolution vers des pratiques moins polluantes ne pourra se faire unique- ment par le biais de contraintes réglementaires. Elle ne sera effective qu’en faisant des évaluations économiques précises et régulièrement actualisées des coûts des pratiques de réduction des émissions, qui montrent à la fois les investissements nécessaires, les coûts de fonctionnement, mais aussi les gains susceptibles d’être obtenus en réduisant les pertes d’intrants ou en adoptant des pratiques alternatives (voir par exemple Martin et Mathias, 2013, pour le cas de l’ammoniac).