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Cet ouvrage reprend les enseignements d’une expertise scientifique collective coordonnée par l’Inra. Elle a été conduite par 26 experts de disciplines scientifiques complémentaires et réalisée à la demande conjointe des ministères en charge de l’Environnement et de l’Agriculture, et de l’Ademe. 

Impacts et services issus des élevages européens

Cet ouvrage reprend les enseignements d’une expertise scientifique collective coordonnée par l’Inra. Elle a été conduite par 26 experts de disciplines scientifiques complémentaires et réalisée à la demande conjointe des ministères en charge de l’Environnement et de l’Agriculture, et de l’Ademe.

Publié le 05/09/2019

Depuis le milieu des années 2000, l’élevage fait l’objet de vifs débats en raison de ses impacts sur le climat et l’environnement, accentués par la hausse de la consommation mondiale en viandes et produits laitiers. Les impacts et services issus des élevages sont ici étudiés à l'échelle de l’Europe, en examinant leurs effets sur les marchés, l’emploi et le travail, la consommation d’intrants, l’environnement et le climat, ainsi que les enjeux sociaux et culturels associés à l’élevage. Puis les interactions entre ces volets ou « bouquets de services » sont analysées simultanément. Ces bouquets sont déclinés dans une typologie et cartographiés selon six classes de territoires d’élevage européens à partir de deux critères : la densité en animaux et la part de prairies permanentes dans le paysage agricole.  

 

Coordination éditoriale : 

Bertrand Dumont est directeur de recherche à l’Inra (UMR Herbivores, Inra-VétagroSup, Clermont-Ferrand). Son expertise porte sur l’écologie prairiale, l’élevage et l’agroécologie.

Pierre Dupraz est directeur de recherche à l’Inra (UMR Structures et marchés agricoles, ressources et territoires, Inra-Agrocampus Ouest, Rennes). Son expertise porte sur le comportement économique des exploitations agricoles et l’évaluation des politiques publiques appliquées à l’agriculture. 

Catherine Donnars est ingénieure de recherche à la Délégation pour l’expertise, la prospective et les études (Inra, Paris).  

 

Impacts et services issus des élevages européens

Editions Quae - Matière à débattre et décider, 182 pages, septembre 2019 - 29,50 euros

Voir aussi l'expertise

EXTRAITS

• « L’élevage traditionnel » contribue à la création de paysages reconnus comme culturels. Certains paysages ont une valeur identitaire nationale, comme le bocage irlandais, les alpages suisses ou les landes écossaises. La valeur culturelle des paysages a conduit à les « protéger ». L’Unesco a ainsi labellisé en 1996 la Laponia en Suède (paysage pastoral des Samis) ou en 2011 les Grands Causses en France. L’exposé des motifs explicite clairement le rôle de l’élevage pastoral dans la construction de l’esthétique de ces paysages. 

D’autres classements nationaux et régionaux peuvent également protéger et valoriser des paysages liés à l’élevage, comme l’illustrent certains parcs naturels en France. Des collectivités territoriales cherchent aussi à les maintenir, à les protéger et à les valoriser. En effet, les paysages pastoraux sont de plus en plus attractifs pour une société européenne largement urbanisée. Ils sont facteur d’attractivité territoriale tant pour les habitants permanents que pour les loisirs ou le tourisme. 

En Europe, le pastoralisme fait aussi l’objet d’autres formes de reconnaissance patrimoniale et d’intérêt sociétal, même si cela ne permet pas toujours de maintenir ces pratiques. La littérature scientifique souligne que l’Europe est un des rares endroits au monde où les pratiques pastorales ne sont pas déclassées, mais au contraire valorisées. Cette reconnaissance concerne notamment les savoirs naturalistes des éleveurs et leurs liens à l’animal domestique (traditionnal ecological knowledge), sans oublier les fêtes de la transhumance, qui se multiplient et rencontrent un grand succès. Le pastoralisme trouve d’ailleurs de nouvelles justifications dans l’agroécologie car il permet un ajustement entre besoins des troupeaux et ressources fourragères. Mais son maintien se heurte à des difficultés d’équipement, à des conflits d’usage, à des contradictions entre politiques environnementales et à une précarité des emplois. 

(...) Cette patrimonialisation rencontre néanmoins des critiques. Plusieurs pratiques traditionnelles sont dénoncées au titre du bien-être animal. C’est le cas du gavage des oies et des canards, de l’élevage des chapons, des corridas et des combats d’animaux... Les courses de chevaux sont aussi remises en cause. La mise en scène de certaines pratiques d’élevage peut aussi être qualifiée de folklorisation dans le sens où elles sont figées et ne profitent pas nécessairement aux éleveurs. Ces représentations pittoresques contribuent de fait à un mythe pastoral, mais ne coïncident plus avec la réalité des pratiques d’élevage. Les politiques nutritionnelles critiquent également des traditions bouchères ou fromagères trop riches en sel et en graisses. Enfin, le foncier est source de conflits entre les droits d’usage collectifs et l’appropriation individuelle : les routes de transhumance en Espagne ont par exemple du mal à se maintenir, la complémentarité des estives entre le haut et le bas se fragilise. 

D’autres problèmes surgissent : la demande élevée en produits locaux peut amener à des contrefaçons. Les signes de qualité y remédient, mais eux aussi font l’objet de controverses. Malgré des réussites qui peuvent être localement exceptionnelles en nombre d’emplois et en volume de production, ils n’ont pas toujours les effets attendus et peuvent ne profiter que faiblement aux petites exploitations et entreprises artisanales. Les labels apparaissent parfois aussi comme un moyen de normaliser les pratiques et produits. Par ailleurs, une appellation d’origine peut devenir un véritable emblème et éclipser les autres produits locaux. La littérature montre en effet que le modèle du panier de biens est loin de fonctionner partout. 

 

• La relation étroite entre choix techniques et durée du travail a justifié l’effort de recherche sur des pratiques d’élevage simplifiées. Celles-ci ciblent l’alimentation, le rythme de traite ou la synchronisation des cycles physiologiques des animaux, et modifient le rapport que les éleveurs entretiennent avec leur travail et avec leurs animaux. Les conclusions divergent. Des auteurs montrent que les systèmes où les animaux pâturent améliorent les conditions de travail (Brummel et Nelson, 2014), tandis que d’autres, à l’inverse, font le constat que les éleveurs préfèrent le travail en système « zéro pâturage » (Meul et al., 2012). S’il est communément admis que l’intensification des élevages augmente la productivité du travail, plusieurs auteurs soulignent qu’elle détériore les conditions de travail du fait de la charge par travailleur et du déni de la part affective du travail avec les animaux, ce qui malmène à la fois le sens, la symbolique et les règles du métier. Pour certains, la recherche d’autonomie et plus largement l’agroécologie valorisent le travail des éleveurs, pour d’autres, ces orientations se traduisent par un accroissement de la charge et de la technicité, voire de la pénibilité du travail. Le bénéfice des techniques sur la productivité économique ne fait pas consensus non plus. Pour les uns, elles sont au pire neutres sur la productivité du travail (par exemple l’usage du GPS au pâturage ; l’alimentation en libre-service) ; pour d’autres, elles réduisent certes le temps de travail mais aussi le revenu (par exemple dans le cas de l’adoption d’un robot de traite ; Kvapilik et al., 2015). 

L’élevage dit « de précision », qui bénéficie d’une forte médiatisation, illustre ces débats. Il se définit par l’utilisation coordonnée d’automatismes et de capteurs pour gérer la conduite des animaux. La plupart des auteurs mettent en avant le temps gagné grâce à ces nouvelles technologies, mais d’autres font remarquer que l’introduction des auto- mates et du numérique induit de nouvelles tâches de gestion, de maintenance et d’ana- lyse des informations issues de ces outils. Ces opérations contrebalanceraient le gain de temps brut consécutif à la suppression de la tâche elle-même. De manière générale, les conséquences de l’élevage de précision sur le travail et le métier des éleveurs sont peu instruites dans la littérature scientifique.