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L’Inra engagé dans le nouveau plan Ecophyto

Ecophyto 2, le nouveau plan gouvernemental pour la réduction de l’usage de produits phytosanitaires, est soumis à la consultation publique du 8 au 29 juin 2015, avant sa publication et son déploiement au second semestre 2015. Nous faisons le point sur ce plan et le précédent avec deux chercheurs Inra : Jean Boiffin et Christian Huyghe.

Obsrevations d'agriculteurs dans les yvelines.. © Inra, WEBER Jean
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 20/04/2017
Publié le 12/06/2015

Jean Boiffin a présidé le Comité d’experts du plan Ecophyto et contribué à l’élaboration du rapport de recommandations du député Dominique Potier.

Christian Huyghe est directeur scientifique adjoint Agriculture à l’Inra.

 Quels sont selon vous les grands enjeux de recherche et d'innovation pour Ecophyto 2 ?

  Séminaire de restitution du programme ECOGER.,Jean BOIFFIN.. © © INRA, MAITRE Christophe
© © INRA, MAITRE Christophe
Jean Boiffin : Pour élargir la gamme des solutions de protection disponibles, les domaines technologiques et agronomiques où il faut investir sont bien connus : agroéquipements, biocontrôle, génétique, écologie des bioagresseurs et tout particulièrement des adventices, systèmes innovants de production et de gestion de l'espace. Ces différents aspects font l'objet de recommandations spécifiques dans le rapport du député Potier, qui préconise un accroissement considérable du soutien à la recherche et à l'innovation par rapport à la première période du plan.

En fait, les domaines thématiques à couvrir sont si divers, et les besoins sont si urgents, qu'il y a de façon transversale une sorte de super-enjeu d'innovation dans l'innovation, que d'autres secteurs d'activité sont parvenus à relever en réduisant de façon drastique les coûts et délais de conception et test des prototypes. En agriculture et gestion de l’espace, il s’agit de faire en sorte que l’innovation agro-écologique ne soit pas étouffée par sa propre complexité. Cela implique une coopération plus stratégique et mieux organisée entre les différents secteurs de R & D (public, professionnel, privé), et un accroissement de l'efficience des démarches d'évaluation de l'innovation. C’est  pourquoi l'évaluation des risques et impacts associés aux pratiques phytosanitaires constitue un enjeu vital de recherche méthodologique, y compris du point de vue de la compétitivité.

En arrière-plan et d'un point de vue plus général, il faut marier l’ingénierie écologique et l'agronomie dite systémique, celle qui analyse et conçoit les itinéraires techniques et systèmes de culture. C'est de là que viendra une protection intégrée vraiment innovante et efficace.

Comment l’Inra est-il impliqué dans Ecophyto 2?

Colloque des Carrefours de l'innovation agronomique 2007 : Protection intégrée en arboriculture et viticulture.,Christian Huyghe, directeur de recherche, chargé de mission à la direction scientifique Plante et produit du végétal, Inra.. © © INRA, MAITRE Christophe
© © INRA, MAITRE Christophe

Christian Huyghe : Le nouveau plan proposé présente une grande cohérence en réaffirmant une ambition de réduction forte de l’utilisation des produits de synthèses et souligne la nécessité de performance économique. Il est en continuité avec le plan précédent, notamment au travers de dispositifs d’ampleur considérable. Le plan 2 introduit aussi quelques inflexions ou ruptures majeures, parmi lesquels la plus emblématique est sans doute la mise en œuvre à titre ‘expérimental’ des CEPP (Certificats d’Economie de Produits Phytosanitaires), construits sur le modèle des Certificats d’Economie d’Energie.

Dans ce nouveau plan, et avec la prudence requise du fait des étapes de validation, consultation et consolidation à venir, l’Inra interviendra à différents niveaux en cohérence avec ses missions de recherche et d’appui aux politiques publiques et en interaction avec ses partenaires économiques et du développement. Tout d’abord dans le dispositif Déphy Ferme, qui passera de 2000 à 3000 fermes, l’Inra intervient à la fois dans la maintenance et l’évolution du système d’information Agrosyst et dans la cellule d’animation nationale. Parmi les grands dispositifs structurants d’Ecophyto 1, le dispositif Déphy Expé est appelé à se poursuivre avec des expérimentations « système » dont un grand nombre sont gérées par ou avec l’Inra, et sont à la base de la production de références technico-économiques de systèmes économes et performants.

Le besoin de recherche et de recherche opérationnelle ayant été fortement souligné, l’Inra sera bien évidemment un acteur clé de cet axe. De nombreux projets sur la protection intégrée de cultures ou sur les analyses d’impacts seront mis en œuvre, consolidant nos efforts de recherche en cours, souvent en partenariat au niveau européen. Ce sera aussi un investissement en R&D opérationnelle. Les orientations du Ministère identifient différentes cibles prioritaires de cette R&D et nous serons particulièrement présents sur le biocontrôle, grâce au Consortium Biocontrôle de recherche publique - privée que nous construisons, mais aussi sur la gestion des adventices.

Nous serons sans doute amenés aussi à collaborer pour des domaines importants identifiés dans le plan comme les Jardins, Espaces Verts et Infrastructures (JEVI), pour laquelle la Loi Labbé de 2014 a fixé un objectif de réduction des plus ambitieux.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Contact(s) presse :
Christian Huyghe
Traitement pesticide sur un verger pendant la floraison.. © © INRA, MORISON Nicolas

Reconnaître les pratiques vertueuses

« La mise en œuvre des CEPP (1) va s’appuyer sur un Comité d’Evaluation Indépendant. L’Inra sera appelé à mobiliser, avec des experts d’autres organismes, son expertise scientifique et technique au sein de ce Comité dont l’action consistera à qualifier des fiches de pratiques et de systèmes, pouvant relever de nombreux domaines (biocontrôle, agroéquipement, résistance génétique, aide à la décision) dont la mise en œuvre doit générer une réduction d’usage, avec une réduction à hauteur de 20% en 2020. Il s’agit alors, par la réglementation, de reconnaître la mise en œuvre de pratiques vertueuses », explique Christian Huyghe.

(1) CEPP : Certificats d’Economie de Produits Phytosanitaires. Dans un premier temps et de façon expérimentale, ils concerneront les distributeurs, coopératives et négoces, qui devront diminuer de 20 % le nombre de doses vendues d’ici 2020, faute de quoi ils devront payer une amende de 11 euros par Nodu manquant. Nodu : nombre de doses unités.

Les grandes lignes d’Ecophyto 2

Sept principes :

  • Maintenir le cap d’une réduction de l’usage des produits phytosanitaires de 50% selon une trajectoire en deux temps (25 % en 2020 puis 50 % en 2025)
  • Une vigie des impacts à 360°
  • Une inscription au cœur du projet agro-écologique
  • L’entreprise au centre du dispositif
  • Jouer collectif
  • Territorialiser
  • Une culture positive

Voir le document

Ecophyto : les nouvelles orientations du plan

En savoir plus sur le site du Ministère.

Acquis d’Ecophyto 1

Ecophyto est un plan gouvernemental lancé en 2008 à la suite du Grenelle Environnement.  Il vise à réduire progressivement l’utilisation des produits phytosanitaires en France tout en maintenant une agriculture économiquement performante.

Le premier plan, Ecophyto 1 a été piloté par le ministère en charge de l’Agriculture et s’est concrétisé par la mise en place d’une batterie d’outils, dont :

  • La formation des agriculteurs à une utilisation responsable des pesticides : le certiphyto (certificat individuel produits phytopharmaceutiques)
  • La création d’un vaste réseau de fermes pilotes, les fermes Dephy, pour mutualiser les bonnes pratiques
  • La mise en ligne dans chaque région, de bulletins de santé du végétal (BSV) qui alertent les producteurs sur l’arrivée des parasites
  • Un programme de contrôle de tous les pulvérisateurs qui sont utilisés pour l’application des produits phytosanitaires