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Aquaculture : introduction d’espèces ou domestication ?

Une revue de l’Académie d’agriculture de France rétablit un équilibre par rapport aux idées reçues sur l’aquaculture : les introductions d’espèces exotiques ne sont pas toutes néfastes, tandis que la domestication d’espèces sauvages autochtones, qui a meilleure presse, n’est pas la panacée.

Visuel de l'article de présentation de la revue de l’Académie d’agriculture : « Les paradoxes et les questionnements soulevés par l’exploitation de la biodiversité (autochtone et introduite) en aquaculture », par Jérôme Lazard, 13 pages, 28 octobre 2013.. © Inra
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 01/04/2016
Publié le 31/03/2016

Bassins d'élevage de l'unité expérimentale d'écologie et d'écotoxicologie aquatique de Rennes.. © Inra, MAITRE Christophe
© Inra, MAITRE Christophe

L’aquaculture est en plein boum depuis trente ans, avec un accroissement de la production mondiale d’environ 10 % par an. Le gros de la production est assuré par un petit nombre d’espèces, dont une large part d’espèces introduites. On s’interroge depuis plusieurs années sur l’impact de ces introductions sur les plans environnementaux et économiques. Vaut-il mieux domestiquer des espèces sauvages autochtones ? La réponse n’est pas si simple…

Chiffres :

  • En 2010, on mange autant de produits aquacoles issus d’élevage qu’issus de la pêche.
  • L’aquaculture est amenée à se développer : en 2050, on prévoit un déficit de 150 millions de tonnes en produits aquacoles, alors que les captures de la pêche ont atteint leur niveau maximal.
  • L’aquaculture concerne plus de 250 espèces, animales et végétales (FAO, 2010)

Une majorité d’introductions est bénéfique sur les plans environnementaux et économiques

La carpe commune s'est répandue depuis la Mer Noire et la Mer Caspienne dans toute l'Europe au Moyen-Age, puis vers l'Afrique du Sud et l'Amérique du Nord au 18è-19è siècles.. © Inra, MAITRE Christophe
La carpe commune s'est répandue depuis la Mer Noire et la Mer Caspienne dans toute l'Europe au Moyen-Age, puis vers l'Afrique du Sud et l'Amérique du Nord au 18è-19è siècles. © Inra, MAITRE Christophe

Une étude de 2007 montre que la plupart des introductions d’espèces (800 à 900) sont sans effets écologiques ni socioéconomiques constatés. En outre, environ 300 introductions ont des effets socioéconomiques positifs (contre 8 négatifs). Sur le plan environnemental, environ 50 introductions ont des effets bénéfiques, et 80 des effets négatifs (1).

Certaines introductions à impact négatif ont été particulièrement médiatisées, la plus emblématique étant l’introduction de la perche du Nil dans le Lac Victoria. Autre exemple, l’introduction de l’écrevisse américaine est sans doute la pire actuellement enregistrée, puisqu’elle a apporté un champignon pathogène responsable de la quasi-disparition de l’écrevisse européenne.

On observe fréquemment des impacts des introductions sur la diversité génétique des populations naturelles. Il a été montré dans l’exemple du poisson chat que l’introduction d’une espèce exotique africaine en Thaïlande avait « dilué » le pool de gènes de l’espèce autochtone. Cependant, on a pu observer des impacts négatifs aussi avec des espèces autochtones : en Thaïlande toujours, un stock d’espèces de barbeaux argentés domestiqués a détérioré la diversité génétique des populations sauvages.

La domestication : une panacée ?

Distribution de l'alimentation pour les truites.. © Inra, MAITRE Christophe
© Inra, MAITRE Christophe

Face à certains impacts négatifs des introductions d’espèces exotiques, et dans un contexte de préservation de la biodiversité, la tendance actuelle penche vers la domestication d’espèces autochtones dans leur milieu naturel. Cependant, cette « voie royale » est largement remise en cause par des travaux récents conduits en particulier sur les saumons : les populations d’élevage auraient un impact négatif sur les populations sauvages, en termes de génétique, de comportement reproducteur, de transmission de pathogènes. Dans les élevages norvégiens, moins de 1 % des saumons captifs s’échappent, mais le nombre de poissons échappés est supérieur au nombre d’adultes sauvages qui remontent dans les rivières, ce qui pourrait affecter ces populations naturelles (chiffres 2004).

De plus, la diversification des espèces semble être une option intéressante dans un marché international qui est amené à exploser. Le poids du poste budgétaire « alimentation » amène en effet à s’intéresser à de nouvelles espèces à chaîne alimentaire courte (2), plutôt que des espèces carnassières qui ont cependant une forte valeur ajoutée.

Vers des approches plus scientifiques

Table de triage permettant de classer les poissons en lot selon les observations réalisées.. © Inra, MAITRE Christophe
© Inra, MAITRE Christophe
Introductions ou domestication d’espèces autochtones ? Dans les deux cas, les besoins de recherche se font sentir.

Nous manquons d’indicateurs objectifs et performants pour évaluer les impacts écologiques des introductions. Les estimations existantes sont basées sur des analyses « coût-bénéfice » partiellement argumentées et plus qualitatives que quantitatives.

Quant à la domestication, elle repose encore aujourd’hui largement sur des approches empiriques, tant au niveau du choix des espèces que de la maîtrise des élevages. Certains scientifiques en viennent à avancer que les impacts induits de la domestication sur les populations sauvages pourraient se révéler plus graves qu’avec des espèces exotiques. Là aussi, il est nécessaire d’inventer de nouveaux outils, qui pourront tirer parti des apports de la génétique moléculaire, de la génomique et de la bioinformatique. L’identification de convergences entre espèces pourraient permettre d’identifier plus rapidement les espèces d’intérêt aquacole et d’extrapoler les connaissances des unes aux autres. Le nombre d’espèces domesticables est en effet très élevé, et la domestication d’une espèce nouvelle est une opération coûteuse et chronophage : 10 à 20 ans !

1- Etude DIAS/FishBase FAO/DIAS (Database on Introductions of Aquatic Species), FishBase (10/2007). Froese, R., Pauly, D. (eds). World wide web electronic publication.

2- Niveau trophique compris entre 2 et 3.

La revue complète

Lire la revue de l’Académie d’agriculture : « Les paradoxes et les questionnements soulevés par l’exploitation de la biodiversité (autochtone et introduite) en aquaculture », par Jérôme Lazard, 13 pages, 28 octobre 2013.

Revue de l’Académie d’agriculture : « Aquacul

Sommaire :

  • Résumé
  • Introduction
  • L’importance jouée par l’introduction d’espèces exotiques
  • Espèces exotiques/espèces autochtones : quelle politique conduire en termes de mise en valeur ?
  • La domestication
  • Vers des approches plus « scientifiques »
  • Conclusion
  • Références bibliographiques

Avancées de l’Inra dans le domaine

Aquaculture écologiquement intensive :

- Diagnostic par analyse de cycle de vie, scénarios d’évolution, eau recirculée, services écosystémiques. Lire l’article.

- Analyse des impacts environnementaux de la pisciculture par analyse de cycle de vie. Lire l’article.

- Elevage de truites en aquaponie avec valorisation des effluents piscicoles par des cultures associées. Lire l’article.

- Un pilote d’élevage de salmonidés réduisant de 90 % les besoins en eau. Lire l’article.

Santé des poissons

- Etude des populations bactériennes du tube digestif pour améliorer la santé du poisson et l’hygiène des structures d’élevage dans le contexte de l’aquaculture durable. Lire l’article.

- Ouvrage sur les parasites des poissons. Lire l’article.

- Etude de l’émergence de bactéries pathogènes résistantes aux antibiotiques dans les élevages de truite. Lire l’article.

Alimentation des poissons

- Sélection de truites adaptées à une alimentation végétale. Lire l’article.

- Programmation nutritionnelle des truites à des stades précoces de leur développement pour les adapter à une alimentation végétale ou enrichie en glucides. Lire l’article.

- Poissons 100 % végétariens : remplacer les farines et huiles de poissons par des aliments végétaux pour les truites. ITW Sandrine Skiba unité Numea Bordeaux, Salon International de l'Agriculture 2014 :

Reproduction des poissons

- Sélection sexuelle et changement climatique chez la truite. Lire l’article.

- Identification d’un gène, par ailleurs impliqué dans la réponse immunitaire, comme déterminant majeur du sexe chez la truite. Lire l’article.

- La reproduction en pisciculture (omble chevalier) :

Economie

Évaluer et améliorer la durabilité de la filière piscicole française : programmes  et ProPre, Aurélien Tocqueville, Ingénieur, Service Technique Aquaculture, ITAVI, rencontre SIA 2012, 15 min :

Portrait de Jérôme Lazard, directeur de Recherche, Cirad France, membre de l’Académie d’agriculture de France.. © Lazard

L’auteur

Jérôme Lazard est directeur de Recherche, Cirad France, membre de l’Académie d’agriculture de France.