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L’adoption des plantes génétiquement modifiées par les pays en développement 

Suscitant toujours des interrogations et des controverses importantes dans de nombreux pays, les cultures génétiquement modifiées pourraient cependant être l’une des solutions pour contribuer à la sécurité alimentaire dans les pays en voie de développement.

Visuel Regards d'expert épigénétique PGM
Article de présentation de la revue de l’Académie d’agriculture : « L’adoption des plantes génétiquement modifiées par les pays en développement » par Claudine Franche, 16 pages, 7 janvier 2016.. © Inra, Véronique Gavalda
Mis à jour le 15/06/2016
Publié le 13/05/2016

Cet article présente la revue réalisée par Claudine Franche pour l'Académie d'agriculture de France.

Pour la première fois en 2012, les surfaces cultivées en plantes génétiquement modifiées (GM) sont plus grandes dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Les plantes GM cultivées actuellement sont essentiellement des variétés de  maïs, de soja et de cotonnier tolérantes aux herbicides (principalement glyphosate) et/ou aux insectes (stratégie Bt (1)).

Cultures GM dans le monde (chiffres 2012)

170,3 millions d’ha cultivés (+6% par rapport à 2012), dont :

  • Pays en développement, 20 pays : 88,5 millions d’ha (Brésil surtout, Argentine, Inde, Chine)
  • Pays développés, 8 pays : 81,8 millions d’ha

17,3 millions d’agriculteurs, dont plus de 90 % sont de petits agriculteurs de pays en développement (15 millions cultivent du coton Bt en Inde, Chine, Afrique du Sud).

 

Adoption rapide des cotonniers-Bt en Chine, Inde, Afrique du Sud

 

Cotonnier. © Creative Commons
© Creative Commons

L’adoption des cotonniers Bt (1) a été rapide dans les pays du sud, surtout en Chine, Inde et Afrique du Sud, qui reçoivent un fort soutien de leur gouvernement pour développer ces technologies.

En Chine, Les premiers cotonniers Bt ont été obtenus en 1993, commercialisés en 1997, et dès 2001, ils étaient plantés à grande échelle dans le nord et l’est. Ils permettent le plus souvent une augmentation des rendements, une diminution de l’usage des pesticides et des revenus accrus pour les cultivateurs. Le coût de production est globalement réduit de 20% à 33%, selon la variété et la localisation des champs. Fait notable, l’impact positif est généralement plus marqué pour les cultivateurs les plus pauvres possédant des terres de moins de 1 hectare.

En Inde, deuxième producteur de coton après la Chine, les cotonniers Bt représentent en 2012 93% de la production de coton. A ce jour, ce sont les seules plantes GM commercialisées en Inde. D’après plusieurs études, ils permettent une réduction de l’usage des insecticides d’environ 50% et une augmentation des rendements d’environ 30%. Des analyses portant sur les années 2002 à 2008 montrent que les cotonniers Bt auraient permis d’éviter 2,4 millions de cas d’empoisonnements causés par l’utilisation massive de pesticides dans les plantations. Ces impacts positifs fluctuent cependant selon les années, en particulier si les populations de ravageurs sont faibles : dans ce cas, l’augmentation de rendement ne compense pas le surcoût lié au prix des graines GM et les cultivateurs de cotonniers non transgéniques font des bénéfices plus importants. Il en est de même les années où une sécheresse marquée peut affecter le niveau d’expression des gènes Bt et leur faire perdre leur efficacité face aux ravageurs.

Lente adoption des PGM en Afrique

Le canal de Dioro, en cours de restauration, permettra d'assurer l'irrigation des cultures de riz, coton et canne à sucre dans la région comprise entre Markala et Ségou (Mali, Afrique).. © © INRA, PAILLARD Gérard
© © INRA, PAILLARD Gérard

L’Afrique, qui a moins bénéficié de la « révolution verte » (2) que l’Asie, semble, au vu de la diversité des essais au champ en cours dans ce continent, déterminée à bénéficier des nouvelles possibilités d’amélioration génétique offertes par la transgenèse végétale. Pourtant, seulement quatre pays sont actuellement impliqués dans des cultures à des fins commerciales, et les phases d’essais au champ sont souvent très longues. Le plus grand obstacle résulte sans doute des études coûteuses nécessaires à l’évaluation et à l’autorisation de ces nouvelles variétés (plusieurs millions de dollars). Les financements récents apportés par les fondations Gates et Buffet dans le domaine des biotechnologies végétales, le développement de partenariats public-privé, la mise en place de législations appropriées et de Comités de Biosécurité, pourraient conduire dans les prochaines années à un essor des cultures GM en Afrique, sous réserve qu’elles apportent un réel bénéfice aux agriculteurs.

Quelques projets emblématiques :

  • maïs tolérant à la sécheresse et résistant aux insectes, partenariat public-privé (Kenya, Ouganda, Mozambique, Afrique du Sud et Tanzanie).
  • manioc résistant aux virus (collaboration Kenya, Ouganda, Etats-Unis).
  • niébé résistant à la pyrale (collaboration Australie, Etats-Unis, Zimbabwe)

Evaluation bénéfices-risques complexe et au cas par cas

 

Paysanne vietnamienne dans une plantation de riz dans le nord du Viêt-Nam. Région de Haiphong.. © Inra, FOURNEAU Josiane
© Inra, FOURNEAU Josiane

Plusieurs types de PGM tardent à être développées faute de bénéfices prouvés. C’est le cas du riz en Chine, dont l’objectif est pourtant d’augmenter la production de riz de 25 % en 2020. Bien que plusieurs techniques de transformation génétique du riz aient été mises au point dans les années 90, il n’y a pas de riz transgénique cultivé à grande échelle en Asie, le bénéfice apporté par ces cultures n’étant pas toujours établi par rapport aux variétés traditionnelles (3), et en raison des risques du flux de gènes vers des formes sauvages.

D’autres obstacles peuvent retarder l’adoption de PGM, comme c’est le cas pour le riz doré. Ce riz, à bénéfice potentiel pour la santé (4) et conçu dans un cadre humanitaire (5), est disponible depuis 2002, mais les essais en champ dans les pays du Sud n’ont débuté qu’en 2008. Sont principalement en cause les difficultés d’obtention de crédits pour la phase de développement et le climat hostile qui entoure les OGM. Le riz doré devrait parvenir aux Philippines dans les années qui viennent, à l’issue d’une longue procédure d’évaluation : tests agronomiques locaux, études de marché, études nutritionnelles.

Ainsi, l’évaluation des PGM est complexe et doit prendre en compte, au cas par cas, la plante, les caractères introduits, les pratiques culturales, les pays et les différentes régions au sein d’un même pays. Les aspects agronomiques, environnementaux, économiques et sociaux doivent être examinés, ces aspects étant par ailleurs liés et variables selon les années. Il faut donc rester prudent face à des données bibliographiques parfois contradictoires, et qui évoluent au cours du temps. Quel que soit le pays, il est indispensable de suivre sur le long terme le monopole exercé par les fournisseurs de graines, qui peut modifier la balance bénéfices/ risques. Dans le cas des variétés tolérantes aux herbicides et/ou résistantes aux insectes, qui constituent la grande majorité des cultures GM actuelles, il faut aussi surveiller l’apparition éventuelle d’insectes ou d’adventices résistants (6).

Indispensable formation des agriculteurs

Culture du riz dans le cadre de l'Office du Niger, irriguée grace au barrage de Markala (Mali, Afrique).. © © INRA, PAILLARD Gérard
© © INRA, PAILLARD Gérard

 Informer les millions de paysans impliqués dans ces cultures constitue un défi majeur. Une étude réalisée en Inde a mis en évidence que 50% des cultivateurs de cotonnier Bt ne respectent pas les recommandations de zones refuges (7) qui permettent de limiter l’apparition d’insectes résistants. Autre exemple, dans certaines régions du nord de la Chine, des cultivateurs continuent à traiter leur cotonnier Bt avec des formulations de toxines Bt, principalement par ignorance des caractéristiques exactes de la variété GM.

 Pour les pays en développement, au-delà de l’aspect alimentaire, l’agriculture est un moteur essentiel du développement, source d’emploi et de revenus. Des impacts économiques positifs ont été mis en évidence avec le développement des cultures GM en Amérique latine, en Asie et en Afrique, mais il est difficile d’anticiper si ces bénéfices seront durables, en particulier pour les petits paysans. Il est évident que les plantes transgéniques ne suffiront pas à elles seules à résoudre la faim et la pauvreté dans le monde, mais, dans le cadre d’une utilisation raisonnée, elles peuvent être une pièce du puzzle.

 

(1) Les variétés Bt sont protégées contre plusieurs ravageurs grâce à l’expression du gène de toxine cry1Ac de Bacillus thuringiensis.

(2) Révolution verte : bond technologique réalisé en agriculture dans les années 60-90.

(3) En particulier pour le riz tolérant à la sécheresse et à la salinité.

(4) Le riz doré a été créé en 1999 et optimisé en 2005. Il produit actuellement 37 microgrammes de béta-carotène par gramme de riz. Le béta-carotène est un précurseur de vitamine A, dont la carence est responsable de cécité infantile affectant plus de 500 000 enfants chaque année.

(5) Les graines devraient être cédées sans surcoût aux riziculteurs.

(6) Il existait en 2011 cinq adventices résistantes au glyphosate au Brésil et 24 dans le monde.

(7)  Il est recommandé de réserver 20% de la surface des champs à des zones refuges, où sont cultivées des semences non GM, pour limiter la pression de sélection et retarder l’apparition insectes résistants.

La revue complète

Lire la revue de l’Académie d’agriculture : « L’adoption des plantes génétiquement modifiées par les pays en développement » par Claudine Franche, 16 pages, 7 janvier 2016 :

Revue de l’Académie d’agriculture : PGM

Sommaire :

  • Résumé
  • Surfaces cultivées en 2012 en Amérique latine, Asie et Afrique
  • Plantes transgéniques cultivées au Sud et gènes d’intérêt
  • Une adoption rapide des cotonniers « Bt » en Chine, Inde et Afrique du Sud
  • Au-delà des cotonniers Bt, quels bénéfices associés aux plantes transgéniques pour les Pays du Sud ?
  • Les risques associés aux plantes transgéniques dans les pays du sud
  • La lente adoption des plantes transgéniques en Afrique
  • Conclusions
  • Références

Avancées de l’Inra dans le domaine

OGM, définition, techniques

- Qu'est-ce qu'un OGM ? Comment fabrique-t-on un OGM ? Lire l’article

- Transgénèse et recombinaison homologue. Lire l’article.

- Modifications ciblées des gènes : l’ère post-OGM ? Lire le dossier.

- Panorama du secteur des semences dans le monde, notamment des semences transgéniques. Lire l’article.

Coexistence OGM - non OGM

- Prédire le taux de pollinisation entre deux parcelles de maïs.  Lire l’article.

- Le défi de la spatialisation : GENESYS et MAPOD. Lire l’article.

- Selon la recherche européenne, la coexistence entre les produits GM et non GM est possible. Lire l’article.

- Quels modes de gouvernance des territoires entre OGM et non-OGM ?  Lire l’article.

OGM et société

- Position de l’Inra en matière de biotechnologies. Lire l’article.

- OGM : la recherche publique travaille en toute transparence. Lire l’article

- La recherche publique dans la tourmente des OGM. Lire l’article.

- Procès des faucheurs volontaires de Colmar : une issue judiciaire ; un nécessaire débat. Lire l’article.

- L'illégalité de la destruction de l'essai de Colmar sanctionnée : l'INRA rassuré. Lire l’article.

- L’Inra met fin à un essai OGM en plein champ. Lire l’article.  

- Esprit de coopétition. Lire l’article.

- Pourrons-nous vivre sans OGM ? Parution.

Portrait Claudine Franche
Claudine Franche est directrice de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Sa carrière a évolué de la microbiologie des sols à la biologie moléculaire végétale, en suivant pour thématique générale l’étude des symbioses fixatrices d’azote chez les non-légumineuses.. © IRD

L’auteur

Claudine Franche est directrice de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Sa carrière a évolué de la microbiologie des sols à la biologie moléculaire végétale, en suivant pour thématique générale l’étude des symbioses fixatrices d’azote chez les non-légumineuses.